La communisation et l’abolition du genre

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Nous proposons ici la traduction d’un texte de Maya Andrea Gonzalez paru en 2012 en langue anglaise dans un ouvrage édité par Benjamin Noys : Communization and its discontents [Malaise dans la communisation, non traduit]. Ce texte paraît aux Etats-Unis alors que la problématique du genre refait massivement surface dans les milieux d’Ultragauche et post-Ultragauche, par exemple dans le premier numéro de Théorie Communiste dédié à la question (2011, TC 23), ou dans la revue internationale Endnotes. Dans un premier temps, l’autrice s’attache à remobiliser les questionnements classiques de la théorie de la communisation pour mettre en lumière et dégager des non-dits et des oublis. Par la suite, la partie I commente la construction de la catégorie « Femme » pour ensuite, dans la partie II, proposer une ligne politique visant à l’abolition du genre.

1. La construction de la catégorie « Femme »

La femme est une construction sociale. La catégorie même de femme se situe à l’intérieur et à travers un ensemble de relations sociales, lesquelles sont indissociables d’une scission de l’humanité entre deux éléments : femme et homme – et pas seulement femelle et mâle. La différence sexuelle se voit ainsi conférer une importance sociale particulière qu’elle n’aurait pas autrement. La différence sexuelle a cette signification déterminée dans les sociétés de classes dès lors que la catégorie de femme en vient à être définie par la fonction que la plupart (mais pas toutes) des femmes humaines exercent pendant une période de leur vie : la reproduction sexuelle de l’espèce.

La société de classes donne donc une finalité sociale au corps : parce que certaines femmes « ont » des bébés, tous les corps qui pourraient « produire » des bébés sont soumis à une régulation sociale. Les femmes deviennent les esclaves de leurs contingences biologiques de naissance. Au cours de la longue histoire de la société de classe, les femmes sont nées dans un monde organisé uniquement pour les hommes – principaux « acteurs » de la société, et seules personnes capables de posséder des propriétés. Les femmes sont ainsi devenues la propriété de la société dans son ensemble.

Parce que les femmes ne sont pas, par définition, des hommes, elles sont exclues de la vie sociale « publique ». Pour Théorie Communiste (TC), cette circonscription du domaine des femmes signifie que non seulement les hommes s’approprient leur corps, mais aussi l’ensemble de leur activité. Leur activité, autant que leur être même, est par définition « privée ». De cette façon, l’activité des femmes prend le caractère du travail domestique. Ce travail ne se voit pas défini comme un travail fait à la maison, mais comme un travail de femme. Si une femme vend du tissu au marché, elle est tisserande, mais si elle fabrique du tissu à la maison, elle n’est qu’une épouse. L’activité d’une femme est donc considérée comme s’il s’agissait d’une simple activité, sans aucune des déterminations concrètes qu’on lui donnerait si elle était exercée par une autre entité sociale plus digne. La distinction de genre femme / homme prend ainsi une signification supplémentaire en tant que distinction public / privé, social / domestique.

Le travail non rémunéré des femmes (y compris éventuellement la « production » d’enfants) correspond t-il donc, pour les hommes, à une relation de classe, ou même à un mode de production (Christine Delphy parle de mode de production domestique) ? TC définit la société de classes comme une relation entre producteurs de plus-value et extracteurs de plus-value. La division sociale entre ces groupes est constitutive des relations de production, qui organisent les forces productives dans le but de produire et d’extraire un surplus de valeur. Fondamentalement, ces relations doivent produire la reproduction de la relation de classe elle-même. Cependant pour TC – et nous les suivons sur ce point – chaque mode de production est déjà une totalité, et dans les faits la pertinence sociale du rôle des femmes dans la reproduction sexuelle change avec le mode de production. Cela ne signifie pas que les relations entre hommes et femmes sont dérivées des relations entre les classes. Cela signifie plutôt que les relations entre les hommes et les femmes constituent un élément essentiel de la relation de classe et ne peuvent être considérées comme un « système » distinct se rapportant au système fondé sur les classes.

La suite à lire sur : https://agitationautonome.com/2019/03/20/la-communisation-et-labolition-du-genre

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