Le LEAN management tue doucement

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Selon la définition admisse, le LEAN management (anglicisme comme toujours) est une méthode dite de type approche systémique pour atteindre l’excellence opérationnelle. Le but afficher est de « mettre fin au gaspillage » et aux « opérations qui n’apportent pas de valeur ajoutée au client ». En clair : c’est la mise en place d’une relation de type capitaliste et marchande dans toutes les sphères de la vie. Oui, car le LEAN management est aujourd’hui appliqué de partout, en particulier dans les services publics et les grandes entreprises.

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Quelle est la cible de ce type de dressage ? Officiellement, le LEAN management s’attaque à sept points précis : la surproduction, les attentes, les rebuts-retouches / corrections, les gammes et processus opératoires mal adaptés, les transports / ruptures de flux, les mouvements inutiles et les stocks (productifs ou administratifs). Ces points sont appelés, de façon assez prosaïque, « formes de gaspillage ».

Vous l’aurez compris : le but est le flux tendu permanent (donc la course à la production et la flexibilité, comme diraient nos têtes d’ampoules), la diminution de personnel (ce qui est appeler « mouvements inutiles » est en fait une notion très étrange, qui se traduit sur le terrain par mouvement financiers inutiles, ce qui peut être fait par un en compressant et accélérant doit l’être au lieu d’être fait par deux) et le prix de production le plus bas possible pour le profit le plus haut possible.

Dans la définition officielle, le LEAN management doit, pour être efficace, s’appuyer sur l’amélioration continue avec une forte implication de tout le personnel impliqué dans les processus à optimiser. Oui, vous avez bien lu : pression continue et permanente, et surtout, tout le monde est impliqué, de l’exécutant au directeur, du patron à l’ouvrier. En théorie en tout cas, car sur le terrain c’est autre chose. D’ailleurs, pour en mettre plein la vue au prolo et donner une impression de supériorité (et de science) aux « team manager » comme on dit, ce LEAN management s’appuie sur un outil précis, le PDCA (Plan-Do-Check-Act) … Outil inventé par un nommé Shewhart, basé sur les travaux d’un statisticien du nom de Deming. On sent tout de suite le côté humain de la chose.

Quel but a cet outil ? L’infantilisation d’un côté, en mettant de belles couleurs et de jolis graphismes circulaires, et de l’autre la mise en perspective individuelle, c’est-à-dire, la mise en accusation. Car si la « roue » se déroule pour le service, par exemple, elle est aussi bien souvent individualisée. Au travers d’entretiens d’objectifs ou autres noms, on met la pression individuellement à chacun pour « arriver à l’excellence ». Et surtout se met en place le tous contre tous. Un tous contre tous orchestré, qui touche avant tout le plus bas niveau de l’échelle.

A cette « roue » un peu débile s’ajoute un outil fun, le KAIZEN (issu du japonais pour une fois, contraction de Kaï (changement) et Zen (bon)). Oui notez qu’on aime dans le LEAN management les formules alambiquées et pleines de sous entendus. Alors c’est quoi le KAIZEN ? Et bien c’est l’amélioration continue. En gros, vous êtes mauvais, vous le serez toujours car on peut toujours s’améliorer… Ne voyez vous pas là dedans une forme d’absolu un peu flippant ?

Cette théorie des petits pas est mise en pratique dans énormément de secteurs : l’industrie lourde, l’hôpital, la poste, des PME, etc… Sa méthodologie est simple : mise en accusation et faire de l’opérateur concerné son propre bourreau. Comment cela peut-il se traduire ? Et bien je vais essayer de donner un exemple concret.

Prenons monsieur Bertin, ouvrier dans l’automobile, sur une chaîne de montage de portières. Il doit mettre 8 vis en 1 minute et 15 secondes aujourd’hui. Seulement voilà, son poste a été identifié comme « glouton » (oui ce genre de mot est souvent employé, infantilisation oblige) au sein de la chaîne. Au cours de l’entretien annuel cela lui est signifié. Bien entendu, on laissera sous entendre qu’il n’y est pas pour rien, ce cher Bertin.

L’étape suivante est subtile, elle consiste à mettre en place un « climat de confiance » entre les managers et leurs équipes. Deux moyens, souvent employés en même temps, existent. Le premier consiste à jouer la carte de la compétition. Vous est donc mis en évidence le fait que d’autres sites, d’autres entreprises sont meilleures que vous. Notez au passage que la notion est tellement subjective que pour le coup, aucun manager ne sera en position de vous prouver ses dires. Mais cela doit reposer sur la « confiance » qu’il inspire et « l’esprit de corps » qu’il met en place. La seconde méthode, c’est le sous entendu envers un ou une collègue. Souvent quand il / elle n’est pas là. C’est fait subtilement, en « mettant en évidence le problème » en « présentant de façon objective et anonyme (tout le monde sait que c’est impossible) des cas ». Souvent, ce / cette ou ces collègues deviennent les boucs émissaires faciles de tout ce qui cloche. Pas assez rapide, pas assez consciencieux, pas assez… Et on monte la meute contre eux. Avant d’en isolé d’autres …

Une fois ce climat installé, c’est la mise en place de « team learning » ou équipe apprenante. Cela consiste en une chose assez simple : on vous prend, individuellement, et on vous demande d’évaluer votre poste (espace de travail, cadence, positions, etc…) et de « proposer des améliorations dans l’esprit du KAIZEN (vous voilà samouraï). La première copie que vous allez rendre (ou les premières suggestions orales) sera certes reconnue mais classée comme insuffisante… surtout vis-à-vis de ce que d’autres ont fourni (comme par hasard). C’est là que monsieur Bertin (revenons en à lui) va se pencher là-dessus, donner de quoi accélérer encore la cadence de son poste (en plaçant autrement les outils par exemple) et permettre que la chaine avance plus vite, que le stock diminue du coup… Et là, bingo, félicitations et mises en place en grande pompe de ce qui est trouvé.

Seulement, l’année suivante, monsieur Bertin se retrouve seul à sa machine, là où il avait avec lui un autre collègue. Le travail augmente et on licencie. On flexibilise encore en demandant parfois des semaines de 44 heures et d’autres fois de 28 heures. Pas de stock, donc production à la demande. Plus de rapidité au poste, donc plus de fatigue et de stress, mais surtout moins de salariés. C’est le cercle infernal qui se met en place. Et puis surtout, l’entretien d’évaluation arrive et on lui demande encore d’améliorer son poste… Et c’est reparti.

Voilà donc comment on transforme n’importe qui (ou presque) en son propre bourreau. Le LEAN management n’a que ce but : faire de vous la clef de voute de votre propre servitude. Mais en décuplant en prime l’individualisme, afin de briser toute envie d’unité dans la lutte.

Cette technique de management par l’affect (souvent, elle se double d’un management « psychologique », surtout lors des entretiens annuels) est des plus redoutables car elle est souvent, au départ du moins, plébiscité par une majorité de salariés, voir par certains syndicats. Elle va avec le tutoiement d’entreprise, vous savez ce « tu » à toutes les sauces, entre tous les niveaux hiérarchiques.

Et c’est là que le bas blesse. Loin d’être une simple lubie nouvelle à la mode, le LEAN management est un outil assez terrible qui brise bien au-delà du simple corps social prolétaire, mais qui brise aussi l’esprit et les corps. Il est plus qu’urgent de combattre cela avec vigueur et force, de le dénoncer et de faire reculer le patronat.

Fablyon

P.-S.

PS : vous aurez remarqué que je répète énormément « LEAN management » dans ce texte. Et bien vous avez face à vous une des techniques pour faire accepter ce dernier : la répétition d’un concept, même absurde, mais à l’infini.

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  • Le 25 avril à 17:59, par

    Bravo à Fablyon pour son post que je lis très tardivement. Oui, le Lean c’est l’horreur sous les habits du bonheur : « supprimer tout ce qui n’apporte pas de valeur au client » résume bien la situation. Si un robot peut faire mieux qu’un salarié pour le client, il faut supprimer le salarié. S’il faut transformer le salarié en robot pour le client on le fera ! Aucune clause explicite du Lean ne reconnait au salarié le droit de dire « sa » limite, c’est à dire de dire « non » ; au contraire, il devra toujours justifier son manque de propositions « positives » cad qui apportent au client ; en final, les clauses arbitrales seront toujours et uniquement tournées vers le client.

    De plus, celui qui parle pour le client, ce n’est pas le client, c’est l’encadrement et le système de concurrence entre clients ainsi que la profitabilité ; quand le client se plaint c’est quand un concurrent fait mieux ou qu’il ne gagne pas assez ; ce qui est « bien » aujourd’hui pour un salarié, sera mauvais demain si la concurrence l’impose ; ce sont les naïfs comme « agirjuste » qui croient l’inverse ; ces coachs ne croient qu’en la personne comme auteur et déterminant de ses propres pensées, ses propres humeurs, sa propre âme. Leur vision est idéeliste (= l’essence de la pensée est purement psychologique, cad les discours ou l’introspection suffisent à la faire évoluer) et ils ne comprennent rien au matérialisme (= l’essence de la pensée consiste dans les conditions de vie et plus précisément dans les rapports sociaux - rapports qu’il ne faut pas confondre avec les relations humaines comme le font évidemment tous les coachs qui ne comprennent strictement rien non plus aux liens entre l’être et la pensée).

    J’ai fréquenté beaucoup de coach ; école Vincent Leynart. La pire engeance que j’ai jamais rencontrée. Tous habités d’un délire de toute puissance bien qu’ils s’en défendent et que Leynart en fasse un critère de refus d’inscription. Positivisme d’ingénieur (ce n’est pas un compliment dans ma bouche) cad ne croyant qu’aux contrats, qu’aux objectifs (soi-disant librement négociés : ha ! ha ! ha la bonne blague). Toujours payés par l’entreprise, ils veulent nous faire croire qu’ils défendent Le salarié qu’il s’agit de remettre dans le droit chemin à la demande de la direction. L’Humain ! ils se gargarisent à coups d’Humains ! Quel culot et quelle prétention de prendre comme pseudo « agirjuste » ; c’est typiquement dans le délire du coaching ce genre de pseudo.

    Un de leur livre de chevet c’est Eric Berne et l’analyse transactionnelle qui réduisent les rapports sociaux aux relations Parents-Enfant-Adultes et aux conversations de salon. Il va sans dire que dans l’entreprise les Adultes sont les chefs et les Enfants sont quasiment toujours les salariés à qui il faut expliquer et encore expliquer (méthode Macron). D’ailleurs à Air France, à force de prendre les salariés pour des cons en leur expliquant sans cesse la nécessité « client », le DRH a failli se faire casser la gueule (malheureusement, les salariés ont été trop gentils et lui ont laissé son pantalon !).

  • Le 3 août 2015 à 17:00, par Fablyon

    Bonjour,

    Trois ans après cet article, je suis encore plus persuadé que le LEAN management est avant tout un outil d’asservissement généralisé.

    Le mettre en place en SCOP ? Ben déjà la SCOP est par définition un endroit différent, pourquoi vouloir y appliquer les méthodes de l’entreprise lambda ?

    De plus, le LEAN demande des leaders.... Ce qui n’est pas sensé être en SCOP.

    Faites comme vous le sentez, mais pour moi mettre le doigt dans cet engrenage c’est risquer avant tout d’être broyé par le mécanisme.

    On peut penser les choses autrement, sans passer par des outils d’individualisation extrême et de mise à mal de l’individu ;)

    Cordialement,

    Fablyon

  • Le 3 août 2015 à 16:05, par Ben

    Bonjour Fablyon,

    Merci pour votre partage.

    J’ai bien lu votre article et suis sensible à votre signal d’alarme. Cependant je me pose une question à laquelle vous serez peut-être en mesure de répondre.

    Peut-on, selon vous, adopter une démarche LEAN dans une SCOP ?

    En partant sur le modèle « une tête, une voix », pensez vous que l’on pourrait imaginer essayer d’améliorer les processus et éviter les gaspillages*, tout en posant des limites en terme de pression sur les salariés si ceux ci sont impliqués dans la création des modalités de leur action collective ?

    Dans ce cas précis, l’approche LEAN serait-elle aussi dangereuse que vous l’entendez ?

    Merci d’avance pour votre réponse et bonne journée !

    * Je ne partage pas votre avis sur la qualification de prosaïque la notion de gaspillage en règle générale, même si je saisis bien l’objet de votre critique concernant l’ambiguïté du terme.

  • Le 24 juillet 2012 à 08:55, par Agirjuste

    Cher Fab,

    Si je vous ai amusé, c’est excellent ! Beau compliment que vous me faites , même s’il y a un peu d’ironie, voir de la malice derrière cette affirmation.

    Merci pour le lien qui est intéressant et qui ne m’étonne qu’à peine. Quand une personne mesure sa valeur et sa supériorité à la grosseur de son portefeuille, cela la conduit à trouver tout bon pour le faire grossir encore et les lois ne s’appliquent qu’aux autres et pas à elle.

    Sur ces bonnes paroles et ces beaux échanges, faut que j’aille au turbin, car je n’ai pas encore été gâté par la fortune,
    Bonne journée.

    Damien coach

  • Le 23 juillet 2012 à 10:01, par Fablyon

    Ha, cher Damien (agirjuste) comme vos écrits m’ont amusé !

    Je vois comment vous pouvez gagner votre vie à coup de concepts foireux en vous lisant. Sans hiérarchisation, déscendre la poubelle est un problème aussi violent que subir le travail ! Trop fort ! Et bien entendu, si on est pas bien, c’est parce qu’on en s’est pas élevé ! Et pas parce qu’on nous asservit ... Et bien, c’est plus de l’humour à ce niveau là, c’est carrément du nouille age et de la religion en stock !

    Pensez vous réellement que le problème des salariés de ce pays c’est de se sentir « bons » et « appréciés » seulement ? Le capitalisme à la papa, paternaliste, ils ont connu, et pourtant ça ne leur suffisait pas à ces gueux ! Et oui, pensez donc, être subordonné était le problème, et non libre (et l’est toujours).

    En gros, vous proposez quoi ? Qu’on s’élève (là je me marre sec) pour tous être dans la cohérence humaine et dans l’entreprise « où chacun trouve sa place tout en gardant son rôle hiérarchique » comme le pronne votre gourou ? Non sans déconner, vous en êtes là ?

    Au fait, je vous invite à lire Kropotkine au passage, vous savez, ce mec qui a réussit à démontrer que non, tous les êtres humains n’étaient pas égocentrique et égoïste, mais que oui, pour « grimper dans la hiérarchie » il fallait l’être (cf aussi une expérience scientifique qui démontre que plus on est riches, moins on a de moral et d’éthique : http://www.planet.fr/dossiers-de-la-redaction-science-plus-on-est-riche-moins-a-d-ethique-morale.172918.1466.html ).

    Donc en gros ce que vous demandez (et vendez j’en suis certain) c’est de faire passer des loups pour des agneaux, qu’on se disent que « non, celui qui asservit ne le fait pas exprêt il s’est juste pas assez élevé, et moi non plus c’est pour cela que je le coprends pas »... Diantre !

    Sans déconner, l’abolition de la lutte des classes par l’élévation de la conscience, fallait oser quand même :)

    Sans rancune ;)

    Fab

  • Le 22 juillet 2012 à 16:42, par Agirjuste

    Bonjour Fab,
    Pour le lien vous aviez raison, c’est bien ’L’enfumeur’ dont j’apprécie les idées.

    Sinon je précise « Âme ». Par exemple, le théâtre où je prends des cours à une Âme qui vient de la façon dont le prof. anime les cours.

    Avant de transférer une technique, il instaure un état d’esprit. Si bien que les élèves, même les plus timides, se sentent BONS ! Et chacun va sortir son propre talent, car il se sent en sécurité.

    Dans d’autres cours de théâtres, c’est l’inverse. Chacun reste sur la retenue de peur de paraître stupide. Car ces cours n’ont pas d’âme.

    Donc pour moi la notion d’âme est concrète. Et donner de l’âme à une présentation publique ou à un management d’entreprise peut s’apprendre.

    Tout ce que vous décriez est le fait d’une approche des salariés par un management sans âme. Ce qui donne lieu à des monstres qui foutent en l’air la planète par avidité.

    C’est pourquoi une autre direction est en effet nécessaire.

    Pour sortir de ce problème, de ce dilemme, même, pour moi la seule solution est d’élever son niveau de conscience. Ce n’est pas de l’enfumage !

    Pensez à quelque chose d’immédiat qui vous gonfle et que vous n’avez pas envie de faire ! Exemple pour vous aider :

    Descendre la poubelle, débarrasser la table, laver la tasse de café que vous venez de finir ou céder votre place dans le métro (si vous me lisez sur votre smartphone).
    Quoi que ce soit, observez votre tendance naturelle… ce naturel qui vous suggère que ce n’est pas urgent de descendre la poubelle, que quelqu’un finira bien par la laver cette tasse ou que vous êtes très bien assis, avec les dix stations que vous devez encore vous farcir avant d’arriver.

    Maintenant, résister à votre naturel en utilisant ce petit espace conscient où vous ne dépendez plus de votre naturel.
    Consciemment, levez-vous et observez combien votre naturel n’est pas content du tout et le manifeste en le criant comme un enfant gâté. Marchez vers la poubelle, prenez là et décidez de la descendre au vide-ordure pendant que votre naturel va être sidéré par cet acte.
    Plutôt que la déposer dans l’évier, passez devant votre naturel médusé en nettoyant votre tasse vous-même.
    Dans le métro, levez-vous et invitez la personne à prendre votre place, elle est un peu gênée, mais bien contente de relaxer enfin ses jambes douloureuses, pendant que votre naturel se tape la tête contre la porte du wagon.

    Vous voyez, la conscience, qui donne un supplément d’âme, ce n’est pas quelque chose de fumeux. Cet espace existe en chaque être humain. Et plus vous l’habitez, moins votre naturel égocentrique, avide et égoïste ne peut s’opposer aux actes justes que vous décidez.

    Par contre si vous ne voulez pas que votre naturel ne revienne au galop et qu’il ne reprenne le pouvoir sur vous, il faut le vouloir. Accepter de vivre avec de plus en plus de conscience !

    Mais comme vivre en conscience procure bien plus de paix et de joie que l’avidité qui finit par être écrasante, les personnes qui découvrent cette façon de vivre et d’agir font tout pour progresser dans cette voie. Et pour les plus conscients, tentent d’y convertir l’entreprise ou du moins de s’y comporter en conscience pour agir juste avec leurs collaborateurs.

    Ce n’est pas gagné, je vous l’accorde, mais avec la somme de problèmes que l’humanité a à résoudre avons-nous le choix ?

    Cordialement,
    Damien Coach

  • Le 2 juillet 2012 à 09:56, par Fablyon

    Cher Agirjuste,

    Il y a une nuance entre un outil (comme un couteau) et un système d’organisation. Si un objet peut être neutre (et là aussi cela se discute), ce n’est pas possible d’une organisation qui est forcément pensée dans une sens, et par un type de personnes.

    Donc, déjà, le coup de « ce n’est pas mauvais cela dépend de ce qu’on en fait » ne colle pas, car c’est un biais réthorique (un sophisme) plus qu’une ralité. Et cela sert à tout faire passer comme toujours en prenant des exemples qui ne veulent rien dire, comparant choux et carottes ...

    Je pense que ça ne va pas vous plaire, mais je vais répondre sur un ton moins « gentillet » que le votre.

    Doit on penser l’entreprise comme immuable ? Si c’est votre point de vue, et je pense que oui, l’entreprise est pour vous non pas un outil qui un jour devrait être dans la main des travailleurs, mais le lieu qui est et doit rester dans la logique d’exploitation de ceux ci (votre « sans cela comment survivre ? » le pose d’ailleurs fort bien). C’est assez logique : votre métier (coach) est un métier « passoir » : il est là pour tenter d’accouplir ce qui n’est pas réellement en faveur des salariés / travailleurs, et surtout de leur faire accepter (soit en formant les cadres à des méthodologies de passage de concept, soit en formant les salariés /travailleurs à accepter les choses, ou à partir comme j’ai pu l’entendre moi même, si o nest pas en accord avec l’entreprise, comme si cela relevait réellement d’un choix !).

    La notion d’âme m’amuse particulièrement : le langage métaphysique est le plus employé aujourd’hui, pour une raison simple : c’est de l’impalpable ! L’âme c’est quoi ? Non, laisser croire que ce serait pour le bien des salariés et qu’une âme existe relève du tour de passe passe.

    Tout comme l’affirmation que « Ces entreprises ont fini par remettre leurs salariés et leurs clients au centre ». C’est juste une affirmation vu de la vigie capitaliste du pachat du roi. Quelles entreprises ont fait cela ? Où et quand ? Globalement, le marché du travail (comme disent les banquiers) est en période de replis. Autrement dit, on sacrifie les travailleurs au profit des plus riches. Et c’est cela « remettre au centre » ? C’est un sacré déni de réalité !

    Partout ou le LEAN management, le toyotisme, les 5S, le Kanban, le Kaizen ont été mis en place, c’était pour obtenir les moyens de diminuer la « masse salariale », autrement dit virer du monde, au profit des actionnaires. Entrainant une pression toujours plus grande sur les travailleurs. D’ailleurs, les statistiques parlent d’elles même, et a même entrainé un mouvement de panique dans les sphère d’état, à l’époque pourtant à droite. Avec demande d’un rapport en urgence : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/104000081/0000.pdf

    Dois-je rappeler ici que les LEAN management est en place pour les caissières, call center et autres, cités comme « source de stress fort » dans ce rapport (qui ne va pas très loin pourtant) ?

    Je n’ai pas pu ouvrir votre lien qui ne fonctionne pas, mais si votre « entreprise consciente » se rapporte aux traveaux de l’enfumeur public Fred Kaufman, on est pas sorti de l’auberge ! Car comme base de travail, ses travaux sont juste une forme de réécriture et de l’histoire ouvrière, et de ce que sont les conditions réelles de travail.

    Pour finir, je suis désolé de le dire, mais toutes les multinationales ont fait ce que vous décrivez comme ce qui aurait du les tuer. Ce que vous sous estimez, c’est la capacité de prédation de ces firmes, du fait de marges, notemment obtenues par mise en place de management de type LEAN.

    Bonne journée.
    Fab

  • Le 30 juin 2012 à 10:47, par agirjuste

    Bonjour,

    Pour avancer sur un domaine, il est intéressant de sortir du cadre bon ou mauvais.

    Un couteau c’est bon ou mauvais ? Tout dépend de qui le tient, non ?

    En ce qui concerne le lean management si le seul but est rentabilité pour satisfaire l’actionnaire ou détriment du salarié, l’entreprise fait fausse route.

    C’est pourquoi en bon utopiste, je plaide pour une entreprise consciente qui œuvre pour :
    - équilibrer ses comptes en satisfaisant actionnaires, fournisseurs, clients, etc., sans cela comment survivre ?
    - permettre à ses salariés de s’épanouir et de travailler ensemble en bonne intelligence, sans cela comment résister aux crises si l’entreprise est dépourvue d’âme ?

    Si cette philosophie prévaut, le lean management fait sens.
    Sinon, c’est un outil d’oppression, mais qui ne dure pas dans le temps.

    Le bon sens nous amènera vers une entreprise consciente. Par exemple, les entreprises qui se sont converties dans les années 80 à la production de valeur pour l’actionnaire en réduisant les frais de recherche et développement ou de test qualité se sont plantées.

    Au début, le titre explose en bourse, puis il s’écroule, car il n’est jamais bon de sacrifier le long terme au court terme. Ces entreprises ont fini par remettre leurs salariés et leurs clients au centre. L’actionnaire a compris aussi qu’il en allait de son intérêt.

    Damien - coach

  • Le 1er juin 2012 à 08:32, par Fablyon

    Bonjour Matthieu,

    Il faut toujours se permettre le débat, sans quoi nous serions dans pire situation que nous sommes.

    Tout d’abord, j’éclaricis une chose : non je ne pense pas écrire ce qu’il y a de meilleurs et je suis loin de le faire :)

    Donc, je vais déjà vous demander uen chose, c’est de me donner des exemple par milliers ou centaines ou nombreux... Exemple ou le LEAN a permis une amélioration des conditions de travail des salariés et de leur conditions de vie. Attention, ne venez pas me parler « compétitivité » ou « bénéfice » car cela ne porte pas sur ce que je souligne.

    Oui une entreprise doit faire des bénéfices en système capitaliste. Enfin selon vous... Sauf que non, en fait : une entreprise doit être en équilibre et permettre le réinvestissement nécessaire. Les bénéfices ne sont pas une obligation... Sauf à vouloir faier plaisir souvent à des actionnaires, ce qui est le cas aujourd’hui.

    Vous parlez comme un chef d’entreprise ou un cadre qui appliquerait le LEAN depuis des années. Genre, je ne me suis pas planté. Sauf que l’article ci dessus, j’ai eu l’idée de l’écrire parce que j’entendais parler autour de moi du LEAN en permanence, et que je me rendais compte d’une année sur l’autre que mes amis / connaissances voyaient leur vie se détériorer, à cause du travail, et de cette logique du « toujours plus par l’optimisation et la compétitivité ».

    Ce n’est d’ailleurs pas une surprise de voir que le LEAN s’appuie sur le Toyotisme ... Quand on voit les conditions de travail chez Toytota dans le monde et en France ...

    D’ailleurs, comment parler de « philosophie de vie » pour un outil de ... gestion du personnel ! C’est juste pour moi incompréhensible ! Désolé, mais le travail est une servitude et lié à une subordination, et le LEAN est tout sauf la mise en place de l’autogestion !

    Au passage, vous me demandez si je trouve anormal que les salariés soient impliqués dans leur poste. Non, mais pas comme cela est fait aujourd’hui ! Encore uen fois c’est une fausse implication, car tout est tranché non par le salarié, mais par ses suppérieurs au nom de « l’intéret suppérieur de l’entreprise »... Le salarié est floué car il est au départ impliqué non dans une émancipation vis à vis de son travail et de sa méthodologie, mais dans un processus d’optimisation qui concerne avant tout les bénéfices de l’entreprises et sa plus value, que les conditions de travail. Il n’est pas acteur de son entreprise dans le LEAN, ou alors acteur au sens cinématographique du terme.

    D’ailleurs, citez moi une seule entreprise qui aurait mis le LEAN en place et qui aurait dans le même temps amélioré les conditions de travail de ses salariés ? Ou diminué le temsp de travail par exemple ? Je ne parle pas que de rémunérations, c’est un autre aspect du problème.

    Il n’y a pas de mauvaise utilisation du LEAN. Cet outil, comme le Développement Durable, a été créé par et pour les capitalistes des grands groupes. C’est un rideau d’enfumage propre à donner une semblant d’humanité à une dégradation sans fin des conditions de travail. Au nom de la guerre économique. C’est un peu comme le concept de guerre propre...

    Et pour la phrase « malheureusement le système est ce qu’il est », elle marque bien l’idée qu’on ne peut, selon vous, pas faire autrement. Je pense exactement l’inverse, qu’on peut changer les choses, renverser la table pour aller vers mieux. Le LEAN est un outil d’individualisation qui cherche à éviter que la table soit renversée.

    Pour l’expression « poste gluoton » c’est du vécu personnel pour le coup :)

    Et vous vous plaigniez de la CAF, parce que vous avez eu des soucis. Mais ne savez vous pas que depuis 2006 le LEAN est appliqué à la CAF, mais aussi à Pôle Emploi, la Sécurité Sociale, etc... etc... Et vous ne voyez pas de lien ? Etrange ...

    Cordialement,

    Fablyon

  • Le 31 mai 2012 à 18:18, par Matthieu

    Je me permets d’intervenir et de vous demander de ne pas faire de certains cas une généralité. De nombreux exemples viennent contredire vos arguments notamment aux états unis où ils sont plus avancés que nous en la matière. Mais l’on en trouve aussi en France (cf favi) au prix d’une organisation totalement différente de ce qui est commun aujourd’hui.
    Bien sûr le Lean a pour but de faire économiser de l’argent aux entreprises en augmentant leur flexibilité et en supprimant les gaspillages. Pensez vous vraiment qu’une entreprise puisse survivre bien longtemps si elle ne satisfait pas pleinement ses clients, si elle n’est pas capable de répondre à leurs besoins ? Pensez vous qu’une entreprise puisse survivre si elle n’optimise pas ses processus et laisse l’argent s’écouler doucement (parfois à toute vitesse) de ses poches ?
    Ne vous parait il pas normal qu’un employé ait le droit d’agir sur son poste et ses conditions de travail ? Qu’il devienne acteur de son entreprise et non plus simple exécuteur d’ordres hiérarchiques ?
    Là où je vous rejoins c’est sur la mauvaise réaffectation des personnes, et la mauvaise compréhension de toute la philosophie de vie qu’il y a derrière le Lean, il n’est originellement pas fait pour licencier ! Et lorsque cela fonctionne, les récompenses sont bien souvent insuffisantes comparer aux efforts fournis.
    Pour moi, l’argent ne devrait pas être une fin en soi pour l’entreprise mais il devrait lui permettre de survivre et de s’épanouir, mais malheureusement le système est ce qu’il est.
    Bien sûr qu’il est toujours possible de s’améliorer ! Penser le contraire revient à se complaire dans sa médiocrité ou à avoir une bien haute estime de soi. Pensez vous ne plus rien avoir à apprendre ? Pensez vous écrire ce qu’il y a de mieux ? (à cela je vous demanderais de vérifier l’existence des « postes gloutons » dont je n’ai jamais entendu parler. Ne serait-ce pas goulot ?)
    Quant à la CAF je suis désolé de dire cela mais aux vues de ce que j’ai subi cette année avec eux, rajouter un peu d’efficacité la dedans ne ferais de mal à personne.

  • Le 26 mai 2012 à 15:24, par dimanche

    Bien sur le gouvernement/management ne se borne pas à la production industrielle de biens manufacturés. Dans les « services », y compris les plus institutionnels, il est aussi de rigueur, avec la logique comptable comme principe et l’instauration (toujours à recommencer) de la concurrence comme visée. Une salariée de Pôle emploi décrit et analyse l’organisation du travail dans sa boite : Pôle Emploi : La violence et l’ennui. Un texte du mouvement des chômeurs et précaires en lutte (Rennes) montre comment les effets de ces politiques touchent à al fois les salariés et les "usagers : Salariés de la caisse d’allocations familiales, chômeurs, précaires résistons à l’entreprise CAF !.
    On le sait, ces politiques exercent leur emprise bien au delà des murs de l’entreprise, comme le soulignait André Gorz : La personne devient une entreprise, note sur le travail de production de soi. Il est donc possible de les mettre en cause y compris lorsque l’on est salarié sans emploi, comme lors de l’action rapportée ci après : Le management tue !

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