Le lendemain du 30 avril...

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Chanson publiée en 1894, de Jules Célès, poète lyonnais

Avant de rentrer à l’usine,
Viens prendre un verre remontant,
Hein ?... Tu ne vas pas, j’imagine,
T’opposer à ce voeu tentant ?...
La mastroquette est sur la porte ;
Viens lui commander un litron.
Le patron va grogner, qu’importe !...
Nous nous fichons bien du patron !

Puis les patrons ?... Moi je m’en charge !
Tu dis : Comment s’y prendra-t-il ?
Je connais un moyen viril...
Va, tous n’en mènent pas large
Le lendemain du 30 avril !

Les patrons ?... c’est chose inutile ;
On va les supprimer, d’ailleurs.
Au village comme à la ville,
L’outil doit être aux travailleurs.
Si nos élus n’étaient des moules,
Cela serait déjà voté...
Mais le candidat rit des foules
Sitôt qu’on l’a fait député !

Ah ! les députés ! Moi je m’en charge !
Tu dis : Comment s’y prendra-t-il ?
Je connais un moyen viril...
Va, tous n’en mènent pas large
Le lendemain du 30 avril !

Oui, mon vieux, va, c’est pas grand’ chose
Que tous ces fabriquants de lois :
Ça vote tout ce qu’on propose,
Quand c’est l’intérêt des bourgeois.
À vie, on nous fait militaires,
Non à cause de l’étranger,
Mais pour ces bons propriétaires
Qu’il est urgent de protéger !

Ah ! les proprios ! Moi je m’en charge !
Tu dis : Comment s’y prendra-t-il ?
Je connais un moyen viril...
Va, tous n’en mènent pas large
Le lendemain du 30 avril !

Tu verras si ma prophétie
N’a pas lieu dans les temps voulus...
Et ne crois pas que « pro fait scie » ;
Pro fait pro, pas moins, mais pas plus !...
Quoi ! notre bouteille est vidée !
En deux verres !... Quels flancs coquets !
C’est la capacité cotée
Par le code des mastroquets !

Ah ! les mastroquets ! Moi je m’en charge !
Tu dis : Comment s’y prendra-t-il ?
Je connais un moyen viril...
Va, tous n’en mènent pas large
Le lendemain du 30 avril !

Bientôt l’on ne pourra plus boire.
Tout est empoisonné, pardi !
Le jinglard, ça vous fout la foire,
Tout comme l’eau d’Hunyadi !
Le raisin, sulfaté de cuivre,
Recèle un feu dont nous mourons ;
Donc, si l’homme ne doit plus vivre,
C’est la faute des vignerons !

Ah ! les vignerons ! Moi je m’en charge !
Tu dis : Comment s’y prendra-t-il ?
Je connais un moyen viril...
Va, tous n’en mènent pas large
Le lendemain du 30 avril !

Les patrons, les propriétaires,
Les députés, les mastroquets,
Les civils et les militaires,
Ça sort tous des mêmes baquets.
Il faut tout mettre à la refonte ;
Allons-y des pieds et des mains...
Je sens le rouge qui me monte,
Quand j’entends parler des humains !

Ah ! l’humanité !... Je m’en charge !
Tu dis : Comment s’y prendra-t-il ?
Je connais un moyen viril.
Elle n’en mènera pas large
Le lendemain du 30 avril.

P.-S.

Jules Célès, de son vrai nom Célestin Gauthier, était liseur de dessins dans la soierie lyonnaise au 34, rue des Tables Claudiennes, et président d’honneur des « Amis de la Chanson », association croix-roussienne renommée créée en 1857 qui a fait chanter Pierre Dupont et bien d’autres... Au temps où la télé n’existait pas, il ne faut pas oublier que la chanson était un passe-temps populaire et créatif très important.

Le lendemain du 30 avril a été remise en musique récemment et chantée par Combor dans divers lieux alternatifs lyonnais parmi « Les Réalistes ».

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