Lutte contre la précarité à l’Université Jean Monnet

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Communiqué de la CNT Education de la Loire, suite à un conflit entre l’administration de l’université et les chargés de cours du département de sociologie.

Un an et demi après un premier conflit sur l’organisation des examens et l’absence de toute concertation dans l’application anticipée (et précipitée) de la énième réforme de l’université, les étudiants du département de sociologie ont du de nouveau attendre plusieurs jours avant de connaître leurs résultats et de pouvoir, dans la précipitation, passer les épreuves dites de « rattrapage ». Ce retard est dû à un conflit entre l’administration de l’université et les chargés de cours du département, soutenus par l’ensemble des enseignants titulaires.

Le département de sociologie est de création récente (cinq ans), et au milieu de la baisse générale des effectifs de l’ensemble de l’université de Saint-Etienne, il connaît une augmentation constante de ses étudiantes et étudiants (plus de 250 en première année). Insuffisant, le nombre de postes d’enseignants titulaires ne permet pas de faire face à cette augmentation et le département doit faire appel à des « chargés de cours », une quinzaine pour l’année qui se termine. Ces chargés de cours ne sont pas des mercenaires (particulièrement mal payés en l’occurrence). Pour la quasi totalité d’entre eux il s’agit d’étudiants-chercheurs inscrits en thèse et qui font partie du CRESAL, le laboratoire du CNRS auquel est lié le département de sociologie. Ils se préparent à la recherche et à l’enseignement supérieur et ils constituent ainsi un apport essentiel à la formation que les étudiants et étudiantes de Saint-Etienne et de sa région peuvent plus particulièrement attendre de la sociologie et de l’anthropologie.

Les conditions qui sont faites à ces chargés de cours sont scandaleuses : paiement tardif de leurs heures de cours ; refus de rembourser leurs frais de placement ; non paiement des corrections de copies et des surveillances d’examen, etc.

Constitués en « Collectif des précaires du site Tréfilerie », ces chargés de cours ont demandé à rencontrer le directeur de la Faculté des sciences humaines et sociales pour lui soumettre des revendications dont personnes ne conteste la légitimité : mensualisation des rémunérations, paiement des frais de déplacement pour ceux que l’on fait venir d’ailleurs, prise en compte des activités non payées. Le directeur de la faculté, après avoir reconnu la légitimité de ces revendications, a indiqué aux chargés de cours qu’il était effectivement possible d’augmenter le budget des frais de déplacement pour les dédommager (des enseignants et des étudiants sont ainsi défrayés), et, dans l’impossibilité d’une mensualisation du paiement de leurs heures, de trouver des ressources pour au moins pouvoir effectuer des avances sur ce paiement. Dans l’impossibilité de ne pas reconnaître le caractère fondé de cette revendication, il ne lui restait plus qu’à attendre le feu vert de ses supérieurs hiérarchiques. La réponse tardant à venir et les actes valant mieux que des promesses, les chargés de cours et les enseignants titulaires du département ont alors décidé, - après en avoir informé les étudiants -, de retenir les notes du second semestre. D’où le retard actuel.

La réponse n’a pas tardé. Négative sur toute la ligne, avec menaces à l’appui sur les conditions de renouvellement des emplois pour l’année prochaine. Le paradoxe des universités c’est qu’elles sont gérées par les enseignants eux-mêmes (à travers un système d’élection), mais en entraînant ainsi une soumission totale et volontaire aux contraintes et aux inégalités qu’impose la logique économique et administrative. C’est vrai un peu partout en France, mais à Saint-Etienne on en rajoute, en devançant les exigences, en gérant au plus près la pénurie, en la faisant sienne et en ne tolérant aucun mouvement revendicatif qui pourrait rappeler aux uns et aux autres la servitude dont ils sont les gardiens anxieux et scrupuleux. Qui pourrait penser un instant que les revendications des chargés de cours, - paiement régulier de leurs heures de travail, remboursement de leurs frais de déplacement (quelques centaine d’euros !) -, ne puissent pas être satisfaites ? Ce que les gestionnaires de l’université n’acceptent pas c’est la moindre résistance, la moindre volonté de lutter contre une logique économique et administrative qui s’impose avec d’autant plus de rigidité qu’elle exige souplesse, docilité et servilité de ceux qui en sont les victimes ou les agents, et alors même qu’elle produit toujours plus de précarité, de misère, de désespoir et d’exclusion.

Le syndicat CNT de l’Education de la Loire est solidaire du Collectif des précaires du site Tréfilerie, solidaires de son action courageuse, dans un contexte où tout conduit à la passivité et au découragement. Manque de moyens, soumission à la marchandisation de l’université, démantèlement du statut des personnels techniques et administratifs, difficultés croissantes pour les étudiants, l’Université n’échappe pas à ce que l’on peut observer partout autour de nous, dans nos familles, chez nos amis et voisins.

Personnel technique et administratif, enseignants, chercheurs et étudiants, nos intérêts ne sont pas contradictoires. Et si la lutte des uns peut constituer une gêne provisoire pour les autres, ce sont bien toutes ces luttes qui, en s’associant, pourront nous permettre de nous défendre efficacement et de ne plus subir passivement la détérioration accélérée de nos conditions de vie.

Le 14 juin 2005

Syndicat CNT de l’Education de la Loire.

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