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MET’, le magazine de la Métropole de Lyon, un dépliant publicitaire sous acide

Le « magazine d’information de la Métropole de Lyon » ne se contente pas de porter un nom de drogue [1]. Ses contenus transmettent une vision hallucinée et très éloignée de la réalité que connaissent la plupart des habitant-e-s de l’agglomération. Des contributeurs de Rebellyon ont lu le numéro de septembre-octobre. Planant.

La couverture annonce la couleur de ce concentré d’auto-congratulation municipal métropolitain. Sur un fond vert acidulé, deux jeunes gens font des acrobaties avec des livres. Ils préfigurent un traitement « en photos » du thème « plus belle la vie étudiante ! » On trouve aussi en couverture l’annonce d’un dossier « Plan Oxygène : la Métropole respire », une autre sur le « changement de décor » de la rue Garibaldi et une mise en avant de la formidable « rentrée culturelle » de l’agglo (biennale de la danse, festival Lumière, fête de la science…). Dans le coin supérieur droit, on apprend que ce magazine, dont c’est seulement le 4ème numéro, a reçu le « premier prix de la presse territoriale » du festival Cap’com 2016. On s’en doutait déjà à la lecture des slogans qui servent de titres, on en a la confirmation : MET’ est un chef d’œuvre labellisé de communication politique.

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MET’, une publicité certifiée qualitative (Source : MET’, n°04, p.9)

Précisons que les deux personnages de la couverture sont des mannequins bénévoles, en l’occurrence Kheira et Cédric. Et oui, ça doit sans doute à la fois entrer dans la logique dite « participative », faire moderne et ne pas coûter cher : les habitant-e-s peuvent poser pour apparaître en couverture de tel ou tel numéro. Classe, non ? Il paraît même que cette idée a séduit le jury de Cap’com.

La quatrième de couverture vante le fait que « la métropole s’engage pour ses collèges ». Ça tombe bien, il s’agit d’une de ses compétences (héritées de feu le département du Rhône) et il n’y a donc pas de quoi se gargariser. On n’y apprend que 2 nouveaux collèges vont être construits dont, précise le texte, « 1 ouvrira d’ici 2020 ». Pour l’autre, on repassera pour les infos. 11 collèges seront rénovés d’ici 2020 . Dommage que l’on ne sache pas si dans le même temps des collèges vont être fermés ou détruits, où seront construits les nouveaux,, et lesquels des 113 collèges de l’agglo [2] seront rénovés. Pour finir, le Grand Lyon s’engage à distribuer 10 500 tablettes et ordinateurs d’ici 2020. Comme au plan national, faire entrer l’industrie numérique et l’addiction aux écrans apparaît localement comme un but pédagogique.

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La Métropole se bouge pour les collèges (Source ; MET’, n°04, p.32)

Novlangue, embellissement de la réalité et délires narcissiques

Nous ouvrons les 30 pages qui composent l’intérieur du MET’. L’éditorial donne le ton en égrainant les habituels références de la langue de bois inconstitutionnelle : « intégration et bien-être » (traduction : bonnes dispositions à consommer), « moments exceptionnels de découverte et de plaisir partagé » (trad. : grandes messes culturelles bien encadrées et ni trop populaires ni trop spontanées), « rendez-vous festif et citoyen » (trad : défilé en ville des artistes subventionnés de la biennale de la Danse), etc. Et de citer en exergue Gérard Collomb, l’omniprésent président du Grand Lyon, déclarant que « le défilé porte en lui des valeurs fortes : celles du vivre ensemble ». Là, on sèche pour la traduction tant le terme « vivre ensemble » est creux.

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Vivre ensemble (de) la langue de bois ? (Source ; MET’, n°04, p.3)

On tourne la page pour tomber sur les brèves, essentiellement des infos sur les projets d’aménagement de la Métropole (transport, urbanisme). On y trouve une pub, intitulée « Positive attitude » [3], pour un concours dans lequel des foyers s’affrontent pour être ceux qui font baisser le plus leurs consommations énergétiques par rapport à l’hiver passé (objectif minimal : 8%). Utiliser la compétition pour inciter les gens à consommer moins d’énergie, en voilà une idée qu’elle est belle. Dommage qu’on ne s’intéresse pas plus à ceux dont les consommations -sont stables car très faibles, voire nulles. Ça permettrait pourtant de causer aussi des milliers de foyers qui n’ont pas les moyens de se chauffer décemment ou n’ont tout simplement aucun espace à chauffer. Une occasion de manquée.

On tourne encore la page et on se ravise : si, les pauvres sont bien présents dans MET’. Mais pas question de parler des maigres politiques métropolitaines de solidarité. Non, l’enjeu est d’inviter les lecteurs à s’emparer du sujet et à remédier aux absences des pouvoirs publics par le bénévolat associatif, par exemple en distribuant des repas ou en aidant aux devoirs. Dans une colonne parallèle, la métropole vous incite encore à vous lancer… cette fois dans le « coworking », ce terme à la mode qui signifie se rassembler entre petits entrepreneurs aux dents longues pour développer les start-ups qui feront de vous les futurs Mark Zückerberg ou Bill Gates. Pour cette cause là, le Grand Lyon a trouvé des ronds et réalisé un guide de 60 pages pour « répondre à toutes les questions » que vous vous posez sans doute. Ou pas.

Compteurs « intelligents », pollution de l’air, vie étudiante : quand la métropole casse les « idées reçues »

On se tape encore quelques colonnes de pub pour les projets de l’agglomération et on arrive sur la rubrique « connexion ». Outre deux encarts de publicité pour MET’ lui-même, on apprend que les tunnels du périphérique seront fermés cet automne de 21h à 6h. Surtout, la rubrique titre en grand « Compteurs intelligents : stop aux idées reçues ». Les rédacteurs nous servent une fois de plus le même discours chargé de nous convaincre que ces appareils connectés (pour l’eau, l’électricité ou le gaz) ne permettent aucunement de nous ficher mais sont uniquement une aide au consommateur pour « connaître [ses] consommations réelles et les modifier pour faire des économies d’énergie et réduire [ses] factures ». Et qu’importe si les compteurs Linky (EDF) et Téléo (eau du Grand Lyon) n’ont rien à voir en termes de technologie. Le second permet simplement un relevé par l’extérieur du logement par télédétection. Le premier permet d’analyser le signal électrique émis (donc d’identifier les appareils utilisés), potentiellement en temps réel. Linky permet ainsi techniquement de faire facilement du fichage, même si on essaye de nous faire croire que des garde-fous légaux suffisent à nous protéger. Téléo ne le permet pas ou, en tous cas, beaucoup plus difficilement. En introduisant la confusion entre deux choses qui se ressemblent mais sont loin d’être identiques, MET’ ne casse en tous cas pas les « idées reçues » sur la médiocrité de la presse officielle des collectivités territoriales.

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La surveillance, voyons, ça n’existe pas (Source ; MET’, n°04, p.9)

Suit le dossier sur la mise en œuvre du plan Oxygène, qui vise à améliorer la qualité de l’air. On n’y apprend pas grand-chose mis à part que les propriétaires de logements vont avoir des aides pour les rendre moins gourmands en énergie et acheter des cheminées labellisées « flamme verte ». Pour les locataires d’appartements mal isolés, rien ne va vraiment changer : ils et elles vont continuer de grelotter ou de se ruiner pour payer les factures démentielles engendrées par les grille-pains antédiluviens qui vous servent de radiateurs.
À nouveau, MET’ lutte contre les « idées reçues ». Le magazine nous informe par exemple que l’idée selon laquelle « le bois c’est écolo, ça ne pollue pas » est fausse (non, sans blague ?) sauf si on a « une cheminée récente 5 étoiles » ; ou comment tenter de nous vendre comme scientifique une politique présentée dans la même page et, au passage, culpabiliser celles et ceux qui n’ont pas les moyens de changer leur vieux poêle. On apprend aussi que l’industrie, trop souvent stigmatisée aux yeux des rédacteurs de MET’ n’est responsable que de 30 % des émissions de particules fines, une paille. Plus marrant encore, quand MET’ lutte contre l’idée reçue « une grande ville pollue forcément », le magasine précise que « sa taille lui permet de développer des politiques ambitieuses en matière de transport et d’innovation ». Ce qui est à la fois un délire narcissique sur les ambitions du Grand Lyon et une ânerie sans nom : n’importe quelle activité humaine pollue par essence (donc un grande ville pollue forcément), le seul enjeu réside dans le choix des productions estimées comme justifiant ou non de polluer, le « choix » du type de pollution, l’affaiblissement de ses quantités et la réduction de ses conséquences.

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Idée reçue n°42 : la communication dit vrai (Source : MET’, n°04, p.15)

Comme souvent lorsqu’il est question de pollution, l’impact de l’industrie, l’enjeu des politiques de transport de marchandises ou la remise en cause du culte de l’automobile individuelle sont vite oubliées et un quart du dossier est consacré à répondre à la question « et moi, citoyen, qu’est-ce que peux faire ? ». C’est avec de biens jolies images, bien qu’un tantinet sexistes (cf. notre petit jeu ci-dessous), que les habituels « petits gestes » popularisés par les colibris sont égrainés : marcher, faire du vélo, covoiturer, réduire sa vitesse, s’acheter une bagnole électrique ou hybride, éviter les produits polluants à la maison, rénover sa cheminée ou son poêle à bois, préférer les barbecues électriques ou à gaz à leurs équivalents à charbon, etc. Dommage que la portée politique et écologique du « petits gestes » soit quasiment nulle et qu’elle oublie de considérer celles et ceux qui ne peuvent les faire ou pour qui ils ne sont pas adaptés pour des raisons économiques, physiques ou géographiques. Et tant pis si certains des gestes recommandés, comme l’achat d’une voiture électrique ou hybride, sont loin d’être si productifs sur le plan environnemental que MET’ le laisse entendre [4].

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Toi aussi, mélange petits gestes et sexisme ordinnaire avec Native Communications et MET’ (Source : détournement MET’, n°04, p.17)

Quand au dossier « plus belle la vie étudiante ! », il ne prétend pas explicitement lutter contre les « idées reçues » mais présente ce qu’être étudiant-e veut dire d’une manière bien particulière. En effet, il n’est pas question de conditions de vie quotidienne ou d’informations pratiques mais de vanter les qualités qui font du Grand Lyon un archétype de la ville offrant tout ce qui est nécessaire pour mener la bonne vie moderne. Il y est question de « grandes écoles, de formations connues et reconnues », de « lieux de vie sympas pour faire une pause entre les cours », de transports en commun, de « rendez-vous culturels », du fait que Lyon soit la « deuxième ville française du classement QS des villes étudiantes », de « séance footing au parc de Miribel » ou de la « très forte dynamique associative ». Bref, si tu viens étudier dans la métropole, tu seras vite un-e jeune cadre dynamique et tout ne sera bonheur, calme et volupté. Ou pas. Le traitement de la question estudiantine est à la hauteur de ce que le clin d’œil à la série télévisée « plus belle la vie » laissait présager : niais.

Le recours récurrent au terme d’« idées reçues » cache mal ce qu’il exprime réellement : un profond mépris pour les habitant-e-s, et des a priori clairs sur leur naïveté. On nous rejoue une énième fois le sketch du « vous n’avez pas bien compris, on va vous réexpliquer ». Si, si, nous, pauvres péquins, on a bien compris que Linky ne change rien à nos consommations électriques mais est une intrusion supplémentaire dans notre espace privé pour demain nous surveiller davantage ; on a bien compris que la pollution de l’air ne se réglera pas par des petits gestes individuels mais par la sortie de la culture de la voiture et de l’industrie ; et on a bien compris qu’être étudiant-e c’est bien souvent être pauvre, accepter des boulots de merde, et pas seulement profiter des Nuits Sonores, fêter et faire du footing.

Allez, tiens, à notre tour on casse « une idée reçue », celle selon laquelle la métropole serait une institution démocratique au service de l’intérêt général. C’est vrai qu’elle s’occupe des écoles, des collèges, des transports en commun et, quand elle a le temps, délivre les prestations sociales héritées des compétences du département du Rhône (RSA notamment). Mais la métropole sert aussi à concentrer, sur une aire géographique considérable, le pouvoir entre quelques mains pas franchement transparentes, lesquelles mains travaillent à ce que les projets du Grand Lyon, de l’urbanisme à la culture, servent d’abord les intérêts de leurs copains patrons de boîtes privées (promoteurs, organisateurs d’événementiels ou autres boîtes de transport en commun).

Un magazine métropolitain… centré sur la ville centre

C’est bien connu, l’usage de certaines drogues provoque des effets de focalisation et d’hyper-concentration sur des aspects particuliers d’un objet ou d’un problème. Cela pourrait expliquer qu’alors que le Grand Lyon est constitué de 59 communes, il ne soit finalement question dans MET’ quasiment que de la seule ville de Lyon.

Souvent, les rédacteurs du canard métropolitain ne s’embarrassent même pas de parler de métropole ou de Grand Lyon mais utilise le seul nom de la ville centre pour décrire le territoire dont ils traitent. Alors que le projet de renouvellement de la rue Garibaldi se voit consacré un article de deux pages, ceux équivalents des villes de la banlieue ne sont traités qu’en quelques lignes. La majorité des événements cités dans l’agenda se déroulent à Lyon même (9 événements strictement lyonnais contre 6 uniquement organisés dans d’autres villes, auxquels il faut ajouter 1 événement qui se déroule à la fois à Lyon, à Saint-Priest et à Villeurbanne).

Au delà de l’aspect quantitatif, un exemple illustre parfaitement comme est rédigé ce numéro. Dans l’édito, il est ainsi écrit que « la décision historique de déclassement de l’A6/A7 attendue à la fin de l’année, c’est un grand bol d’air pour tous les Grand Lyonnais ! ». Il aurait été heureux d’écrire de quel Grands Lyonnais on parle... car évoquer ce sujet sans parler du contournement de Lyon, le fameux TOP [5] (la Métropole appelle désormais ce projet « l’anneau des sciences »), c’est carrément malhonnête. Certes, certains habitants du centre-ville gagneront (un peu) en qualité de l’air mais d’autres, celles et ceux chez qui le trafic va être déplacé, vont voir celle-ci se détériorer. Et à l’échelle du territoire métropolitain, l’opération a de grande chance d’être nulle.

Le dépliant publicitaire de la métropole est tiré à 200 000 exemplaires. Il n’est pas rédigé en interne, malgré l’impressionnant service de communication du Grand Lyon, mais par In media res, une boîte privée. Combien coûte cette prose médiocre en quadricolor ? Sans doute très cher [6]. Mais rien n’est trop grand pour célébrer les réalisations de Gérard Collomb.

Jacques Burouse & Jean Ginsbé

Notes

[1La méthamphétamine, souvent simplement appelée met’, est une drogue de synthèse psycho-stimulante hautement addictive.

[277 publics et 36 privés.

[3Tiens, depuis Raffarin pendant le CPE, ça faisait des plombes qu’on n’avait pas cité du Laurie dans un contexte politique.

[5TOP pour Tronçon Ouest du Périphérique, à ce sujet lire notamment Béton ou Révolution ? Le tronçon Ouest du périphérique lyonnais (TOP) (article de 2012).

[6Dans ce numéro, il est annoncé qu’elle coûte 30% moins cher que l’ancienne publication, mais cela ne nous en dit pas grand chose sur le montrant réel.

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