Promotion pour Albert Doutre, le responsable de la « prison Bellecour »

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Petit rappel du parcours exemplaire de celui qui, après quelques années d’anthologie à Bordeaux, invita le GIPN à Lyon pour les manifs des retraites et mit en place la prison Bellecour, au moment où il nous quitte pour une promotion à l’IGPN, l’Inspection Générale de la Police Nationale…

On apprend ce lundi qu’Albert Doutre, jusqu’ici directeur départemental de la Sécurité Publique du Rhône vient d’être promu à l’Inspection Générale de la Police Nationale, la police des polices. Une bien belle récompense pour ce « fidèle serviteur de l’État », après notamment ses brillants faits d’armes durant le mouvement des retraites de 2010 à Lyon, alors qu’il venait de débarquer entre Rhône et Saône.

Un article paru quelques mois après la « prison Bellecour » dans Outrage n°10 (dans la rubrique « On a les vedettes qu’on mérite ») retrace son parcours exemplaire.

« Bulldozer Doutre »

Trente ans qu’il est un fidèle serviteur de l’État. 30 ans qu’il assure « la tranquillité et le maintien de l’ordre public » dans les rues. 30 ans qu’il est flic, ou plutôt qu’il les dirige, car Albert Doutre est avant tout un chef. Chef de la Sûreté Urbaine au Havre et à Nîmes, commissaire central à Grenoble, Caen puis Bordeaux, et enfin – le couronnement de sa carrière – Directeur Départemental de la Sécurité Publique dans le Rhône. En gros, la DDSP a sous son contrôle tous les commissariats de lyon et sa périphérie ; elle gère plusieurs milliers de keufs.

C’est à Bordeaux qu’il est surnommé « le bulldozer » par ses collègues, charmant petit nom, pour souligner son autoritarisme et sa manière subtile de commander ses troupes. Certains CRS à Bordeaux ne sont pas assez répressifs à son goût ? Il les vire sans autre forme de procès. L’affaire qui l’a rendu « célèbre », c’est l’histoire de ces deux gamins de 6 et 10 ans embarqués devant leur école jusqu’au poste de police pour un soi-disant vol de vélo. Un acte qui manifestement ne lui pose aucun problème puisqu’il trouve même l’interpellation « très judicieuse ». Et puis de toute façon, les gosses « n’ont pas été rudoyés, ni même menottés ».

Si Doutre incarne la figure du patron droit mais ferme avec ses employés, il sait aussi voler à leur secours quand ses flics deviennent la cible d’accusations publiques. Il y a par exemple l’histoire de ces deux fliquettes qui ont mis en garde-à-vue une cycliste un peu trop bourrée et qui lui auraient fait un toucher vaginal forcé. La morale de Doutre dans cette affaire, c’est qu’il faut sévir avec « ces cyclistes qui se croient tout permis et ne respectent pas le code de la route ». Des prostituées nigérianes, soutenues par RESF, décident de porter plainte après s’être fait tabasser, humilier, contraintes de se mettre à poil et de se promener nues devant des policiers du Centre de Rétention Administratif de Bordeaux ? Le sang d’Albert Doutre ne fait qu’un tour et c’est lui qui, « insupporté par des donneurs de leçons prétendument humanitaires, des gens qui, sous couvert de
bons sentiments, se permettent de mettre en cause les forces de police », menace de porter plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre le collectif. (…)

Pour défendre ses flics, Doutre a mis en place un grand plan. Il tente d’inculquer la « culture de la justice et de la sécurité » à
qui veut l’entendre. à Bordeaux par exemple, il a régulièrement organisé des portes ouvertes, avec démonstrations du GIPN et de la Brigade Canine à l’appui, qui ont permis à 2 800 scolaires du département de visiter le commissariat central. Pour les plus âgés – à partir de 17 ans –, il a fait en sorte que la Gironde soit le département pilote en matière de « citoyen volontaire »... En somme, un modèle de concrétisation des relations entre police et éducation nationale.

Alors qu’il vient de débarquer à Lyon depuis un mois, c’est le branle-bas de combat : octobre 2010, ses manifs, ses blocages, et surtout ses hordes de lycéens aux « comportements totalement atypiques qui ressemblaient plutôt à de la guérilla urbaine qu’à une manifestation qui dégénère ». En tant que nouveau grand chef de la police sur Lyon, c’est lui qui prend la direction des opérations : l’hélicoptère qui survole en permanence le centre-ville, les 200 flics en renfort pour mater la révolte, le GIPN et son blindé. Et c’est évidemment lui qui a décidé de l’opération de quadrillage de la place Bellecour le 21 octobre. « On a considéré qu’il valait mieux les figer [les manifestants], de figer la situation à un moment donné, plutôt que de les laisser partir et d’avoir des dégradations. D’ailleurs nous n’avons pas eu de dégradations ce jour-là, il n’y a eu que des jets sporadiques de projectiles sur les forces de l’ordre ».

Doutre sait ce qu’il fait, il applique froidement sa logique de maintien de l’ordre, il la rend implacable. Demain, Doutre sait qu’il pourra vendre ses techniques partout là où les révolutions grondent, et que son marché a de l’avenir.

Mais peut-être cette promotion est-elle une sanction déguisée, l’IGPN étant considéré en interne comme le cimetière des éléphants ? Doutre y rejoint en tout cas le supérieur de Michel Neyret qui a déjà été muté chez les bœufs-carottes l’automne dernier, emporté par les quelques soucis de son subordonné. A l’IGPN, chargée de « veiller au respect, par les fonctionnaires de police, des lois et des règlements et du code de déontologie de la police nationale », on recrute visiblement les meilleurs parmi les meilleurs !

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