Quel avenir dans les C.A.T. ?

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Avec les projets employeurs de refonte de la CCN 66, la fonction de monitrices et moniteurs d’ateliers des CAT passerait dans la filière « production et commercialisation de biens et de services ». Les orientations patronales réduisent notre identité professionnelle de travailleurs sociaux à des impératifs industriels au service des entreprises « donneurs d’ordres » et altèrent gravement le type d’accompagnement éducatif proposé aux personnes, transformées en clientèle de services eux-mêmes marchandisables.

Depuis quelques années avec l’embauche systématique de cadres issus de l’industrie au détriment du personnel d’accompagnement, le secteur dit du travail protégé, connaît une orientation de plus en plus libérale. Le chiffre d’affaire et le service aux entreprises semblent devenus les objectifs de ces dirigeants qui accompagnent les mutations organisationnelles que les donneurs d’ordre exigent dans les normes et procédures de travail, les cadences et le seuil de rentabilité des travailleurs déficients. Au-delà du débat médiatique (livre de Pascal Gaubry « l’enquête interdite » ou l’émission de Daniel Mermet sur France Inter) qui retombe comme un soufflé, nous aimerions susciter la parole et les témoignages de celles et ceux qui travaillent au quotidien afin de confronter nos points de vue, et d’élaborer ensemble une compréhension de nos pratiques face à la logique financière qui tente de s’imposer avec la casse de la CC66 à la suite des autres conventions de la branche et de tout le secteur social conformément aux visées du MEDEF.

Un des objectifs du MEDEF

Depuis leur création en 1936, les conventions collectives se situaient dans un cadre de négociation national et elles permettaient au patronat d’égaliser les conditions de la concurrence entre les entreprises par les grilles de salaires. Dans le cadre d’une concurrence ouverte à l’échelle mondiale et dans un contexte d’affaiblissement des syndicats de salariés, les conventions sont devenues pour le patronat un modèle social structurel obsolète et un carcan économique dont il veut se débarrasser, en renforçant la notion de contrat individuel entre le salarié et l’entreprise.

Avec la prime d’objectif et le salaire au mérite prévus dans le projet, nous allons droit vers la liquidation de la convention et vers la marchandisation du secteur du handicap.
Régulièrement apparaissent dans la presse des articles sur les CAT ; ces publi-reportages atteignent quelques fois des sommets ! Ainsi dans le Progrès du 31 mars 2005, à propos d’un CAT fabricant de palettes, nous pouvions lire que : « les employés (handicapés) disposent tout de même d’une certaine autonomie car ils travaillent sur des machines dangereuses » ! On connaissait le tragique slogan « le travail rend libre » qui surplombait le portail d’Auschwitz. On découvre ici : « le danger induit l’autonomie ! » Le risque comme vecteur de la formation et de l’autonomie, seul la logique patronale pouvait avoir l’audace d’y penser : « Autour du risque se divisent deux grandes formes d’existence, ceux qui acceptent le risque, assument leur condition d’animal voué au risque et ceux qui le refusent, l’évitent, cherchent à s’en protéger. » D. Kessler (ancien vice-président du MEDEF) Mais au-delà de la mauvaise galéjade philosophique de ceux qui offrent l’insécurité et la misère aux autres et se garantissent avec des revenus mensuels qu’une vie de salarié moyen ne suffit pas à gagner, souhaitons que le travail exercé ne rajoute pas du handicap au handicap. Travailleurs et moniteurs n’auraient-ils pas leur mot à dire ? Mais l’entreprise est précisément le lieu de l’impératif économique, où l’on crée le type d’individu sans conscience ni esprit critique, dressé à la collaboration, indépendamment de tout jugement sur la nature et la finalité de son travail. Le zèle dont chacun doit faire preuve est un substitut de conscience morale qui évite de s’interroger pour savoir si l’on produit des bombes ou des paniers à salades ! C’est le modèle intériorisé de l’entreprise et de la marchandise qui est aujourd’hui infligé à tous et que dans nos professions à caractère social, les employeurs et les pouvoirs publics veulent conjointement nous imposer : « Est-ce qu’il faut promouvoir tout le monde à l’ancienneté minimale ou (...) seulement les éléments les plus dynamiques ? » (ASH n° 2412 du 17 juin 05 : JP Hardy, inspecteur de l’action sanitaire et sociale, rédacteur du nouveau décret budgétaire et comptable invite « les gestionnaires associatifs à assumer leur fonction d’employeurs » tout en dénonçant « le népotisme »,
« les gratifications extra-conventionnelles », « les intérêts bureaucratiques » et « les réseaux de pouvoirs » des dirigeants employeurs.)

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Priorité à la production de marchandises
Avec l’intensification de la production, la dégradation des conditions de travail, le développement des normes et certifications ISO, le flux tendu et le juste à temps, les employeurs s’abritent derrière les contraintes économiques et jouent ainsi sur du velours, en abandonnant toute déontologie professionnelle et toute conscience morale. Les procédures ISO, futur indépassable pour les directions, ne concernent plus seulement la production de marchandises mais aussi l’accompagnement des personnes, considérées comme objets de soins, lesquels sont définis sous forme d’actes nomenclaturés et de prestations de services bientôt soumis à la concurrence des entreprises de services à domicile par exemple.
En ce qui concerne les Ateliers Protégés, dont les budgets ont été amputés de 10% en 2004, certains sont liés à la convention de la métallurgie, c’est-à-dire hors de tout souci socio-éducatif.

TOUS RENTABLES, voilà l’objectif. ET POURTANT ?
Dans un CAT lyonnais, depuis 2003, le temps de travail des travailleurs handicapés a été augmenté de 25 minutes au quotidien et la direction leur a supprimé 2 semaines de congés annuels. Chaque travailleur fournit donc 156 heures de travail supplémentaire par an ; ce qui pour un effectif de 45 travailleurs génère 7000 heures de travail gratuit, qui cependant n’arrivent pas à enrayer le déficit chronique. Depuis dix ans, malgré un volume de production et un chiffre d’affaire en hausse constante, le déficit s’est installé en raison de la chute des prix à la production qu’imposent les entreprises aux sous-traitants en exerçant un chantage à la concurrence avec les marchés asiatiques ou le travail dans les prisons. Ce sont les entreprises qui empochent la plus-value fournie par l’exploitation accrue de la force de travail des personnes handicapées et des moniteurs d’ateliers.
Mais pour les directions gestionnaires, il est scandaleux de parler d’exploitation, concept qui ne concerne que leurs bonnes intentions et ne trouve aucun fondement objectif dans la réalité d’une économie dont pourtant ils se sont fait paradoxalement les serviteurs zélés.
Les financeurs publics exigent aujourd’hui des « contrats d’objectifs » comprenant des « indicateurs d’activités » comme le taux de présence des personnes établi à 95% auxquels est suspendu le nombre de postes de travail du personnel. Dans la plupart des CAT, les activités de soutien socio-éducatives ont disparu, malgré les textes de loi. Mais les CAT changent de nom et les ESAT seront plus conformes aux impératifs budgétaires, seul critère tangible et non romantique de la réalité. Dans ce contexte, l’institution ne vise plus qu’à assurer son propre fonctionnement sécurisé, au détriment des services humains qu’elle prétend remplir. La réalité singulière, la souffrance et les besoins positifs de chaque personne n’existent plus. Seuls comptent les critères statistiques et les évaluations comptables d’une réalité réduite à des abstractions.

Ou priorité à l’humain ?
La lutte pour le retrait total et définitif des projets patronaux concerne aussi tous les salariés de la branche et du secteur (plus de 350 000 s.) car il s’agit bien à travers la défense de nos conditions de travail, de maintenir la conscience professionnelle et le sens de notre travail avec les personnes que nous accompagnons. Contre la défaillance des employeurs, des financeurs et des politiques prêts à livrer l’ensemble de nos professions à la sauvagerie du marché, avec la CNT, nous affirmons que nous pouvons être les porteurs d’une autre volonté de transformation sociale, créatrice de nouveaux projets améliorant nos conditions de travail inséparablement de la qualité de vie et de la place reconnue aux personnes accompagnées. C’est en nous mobilisant à ce niveau d’exigences unitaires que nous pourrons enfin faire reculer partout le patronat !

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