Quelques réflexions après un nouveau meurtre policier

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Mardi 14 août dernier à Paris, un flic a tué quelqu’un au volant de sa voiture alors qu’il cherchait à éviter un contrôle. Ce texte vise à donner quelques éléments d’analyse sur la défense des policiers dans ce type de situation.

Mardi 14 août, un policier a tué un homme au volant d’une voiture d’une balle dans le thorax tirée à travers la vitre. L’affaire a fait grand bruit et on pourra facilement retrouver les détails de cette triste histoire sur n’importe quel grand site d’information. On retiendra notamment que le policier a sauté sur la place arrière d’un scooter et ordonné au conducteur de prendre en chasse la voiture jusqu’à que celle-ci soit bloquée par un barrage de flic. Voulant l’éviter, le conducteur aurait tenté une marche arrière et s’est fait tirer dessus à ce moment là par le flic descendu du scooter.

Le but n’est pas ici de démêler précisément ce qu’il s’est passé mais de mettre en lumière la façon dont peut se construire aujourd’hui une défense policière après une affaire comme celle-ci.

Le lendemain du meurtre de Romain, le policier, membre de la BST du 1er à Paris, est placé en garde à vue ; il ressortira évidemment dès le jeudi avec un contrôle judiciaire. Entre temps, la défense policière s’est construite. Le secrétaire national Ile de France du syndicat Alliance Police Nationale, Loic Lecouplier, invité à la télévision ou à la radio plaide, dans le plus grand des calmes, la légitime défense. Depuis que la réforme de la loi de la légitime défense est en vigueur, il suffit qu’un flic juge qu’une personne mette en danger la vie d’autrui pour avoir le droit de l’abattre. Et c’est à chaque fois ce même argument qui est ressorti. Déjà en juillet, lors du meurtre de Aboubacar dans des conditions similaires, les flics avaient soutenus que des passants se trouvaient à proximité de la voiture en fuite pour justifier les tirs contre le conducteur, ce qui s’est avéré au demeurant totalement faux.

C’est la même défense qu’on voit se mettre en place ici, un policier courageux et plein de sang froid décide de mettre à mort quelqu’un car celui-ci allait probablement écraser un passant. C’est la continuation attendue de la logique proactive du maintien de l’ordre en vogue ces dernières années. Comme dans une caricature de Philip K. Dick, il s’agit d’arrêter les potentiels criminels avant qu’ils ne passent à l’acte ; et pour ce faire on laisse libre appréciation aux flics. Se dévoilent ici les contours de la société de gestion préventive des risques où toutes actions policières est justifiables au nom de la sécurité des personnes. Le terrain est glissant, à chaque meurtre policier correspondra bientôt de prétendus citoyens sauvés in extremis par les forces de l’ordre. Les flics tuent, mais c’est pour nous sauver.

Au delà de cette loi qui a permis aux cow-boys en bleu de dégainer 54 % de plus entre 2016 et 2017, il y a le terrifiant imaginaire policier qui se relégitime sur tous les plateaux télés à chaque nouvelle affaire. Porté par les membres des syndicats ou certains avocats, comme le fanatique des armes Me Laurent-Franck Liénard ; il dépeint une insécurité grandissante totalement fantasmée et des conditions de travail terribles qui nécessitent parfois d’ abattre ceux que l’on traque. La réponse critique classique vise alors à démontrer l’innocence et l’innocuité de la victime, ce qui constitue un véritable piège.

D’abord parce qu’à ce jeu là le couple police-justice sera toujours plus fort. Si un juge ou l’IGPN doit statuer sur la dangerosité de quelqu’un pour couvrir des violences policières qui lui ont été infligée, il le fera la majeure partie du temps. C’est leur métier de criminaliser les gens et ils le font bien.
Ensuite parce que cela renvoie toujours à cette étonnante distinction entre bonne et mauvaise police, entre maintient de l’ordre courageux et bavure grossière. Les flics ont la loi de leur côté, il faut partir du constat qu’elle s’adapte à leur pratique et ne pas se contenter de dénoncer l’illégalité qui émaille leurs actions. Les pratiques policières licites, ou pas, visent dans leur ensemble à écraser les micro subversions et maintenir par la force et la peur l’ ordre établi.

Voilà la force du slogan que tant de manifestants ont scandés ces dernières années et que nous reprenons ici à notre compte,
TOUT LE MONDE DÉTESTE LA POLICE !

P.-S.

Sur le même thème, voir cet article : https://paris-luttes.info/autopsie-des-techniques-policieres-9334?lang=fr

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