Une nuit d’occupation à Lyon II ? ça a servi à quoi ?

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Mouvement sur les retraites 6 compléments

Dans la nuit de mardi à mercredi, une partie du campus de Bron est occupée suite à un vote de l’AG du même jour. Une occupation, donc, pas un blocage, mais qui servira d’excuse à la présidence pour mettre fin aux aménagements prévus (absences non comptabilisées pendant AGs et manifs) comme à la « tolérance » du mouvement étudiant.

Lire aussi des témoignages de la soirée :
- Occupation de Bron, la gueule de bois
- Occupation de Lyon 2 : blasé mais pas désespéré

Et un retour sur l’utilisation médiatique de l’évènement :
- De la fabrication d’un mythe : la présidence de Lyon 2, la presse et les barbares

Précisons d’emblée qu’il n’est pas question ici de chercher l’approbation de la présidence pour la lutte. Lorsque cette dernière n’est pas l’agent servile des politiques gouvernementales, elle agit de toute manière sous la pression, politique, économique, d’un jeu de représentations du milieu universitaire, de plus en plus visible avec la mise en concurrence des structures universitaires. Donc, rien à faire que la présidence tolère ou non le mouvement étudiant, la question n’est pas là.

Par contre ce matin du mercredi 3 novembre, elle a en mains les éléments rêvés pour lancer une répression sur un mouvement qui pourtant n’existe presque pas sur les campus. Les dossiers d’étudiants cramés, entre autres, serviront de prétexte à mettre fin, avec l’aide de la police, à toute prochaine tentative d’occupation. D’ailleurs quel intérêt de mettre le feu à des dossiers d’étudiants et des chercheurs ? Quel intérêt à démonter les appareils incendies ? De plus l’absence de communication de la part des occupants nous empêche d’avoir d’autres éléments que ceux, évidemment biaisés, proposés par la présidence.

Si ces évènements sont confirmés (ou dans le cas contraire, si aucune autre communication de vient contrecarrer celle de la présidence), on imagine facilement le mouvement de défiance vis-à-vis du mouvement dans une partie de la communauté universitaire. Les étudiants jusque-là peu mobilisés n’auront certes pas l’envie de rejoindre une occupation présentée uniquement comme destructive.

Idem pour les employés de l’université (administratifs, IATOSS, enseignants, accueil, etc) qui pourtant ne sont pas insensibles à la lutte en cours (et je ne parle pas ici des retraites, mais d’une lutte plus globale [1]).

Bien sûr, les formes de la mobilisation étudiante n’ont pas pour rôle unique d’étendre le mouvement au reste de la communauté universitaire, et je ne nie pas le droit à une minorité d’agir sans attendre le reste de la communauté ; je me pose juste la question de l’intérêt de ces actions, qui ne servent en rien la lutte, mais qui pousseront une partie des étudiants et travailleurs à se désolidariser du mouvement. En plus de quelle casse on parle là ? Ce n’est pas du sabotage, ce n’est pas un outil de travail qui est visé, ce n’est pas non plus une boutique de luxe, mais le lieu de savoir ou certains d’entre nous étudient, travaillent, enseignent...

blocage ou occupation ?

Je suis assez étonné de voir dans les forums de Rebellyon un nombre important de commentaires, dès l’annonce de l’occupation, dénonçant une occupation « sans intérêt » pour promouvoir un blocage plus « symbolique » et pertinent pour la lutte.

Pour avoir vécu un certain nombre de mouvements étudiants, entre autre sur les campus de Lyon II, je reste persuadé que l’occupation est plus pertinente que le blocage.
D’abord parce qu’une occupation, à l’instar d’un piquet de grève, est l’occasion de se rencontrer et de débattre au delà des strictes questions des AGs (projections, débats, etc), de mettre en place des alternatives en actes (bouffes organisées en autogestion, création d’un journal de lutte, etc).

L’argument principal du blocage est que, en stoppant les cours, il permet aux étudiants de participer aux manifestations. Pourtant nous sommes les premiers à affirmer que la lutte ne se gagne pas uniquement par les manifestations traditionnelles, mais par la construction d’autres rapports, d’espaces d’autonomies politiques, d’espaces de constructions d’alternatives. Alors blocage des cours, oui, mais pour mieux construire une alternative collective, autogestionnaire, dans les locaux occupés, pas pour déserter les campus.

Pendant certains mouvements étudiants l’université occupée était devenue un véritable lieu d’échanges et de constructions. Un lieu occupé mais avant tout ouvert à tous ceux qui désiraient venir débattre, expérimenter, et pas uniquement profiter de ce blocage pour participer aux manifestations...

Ce texte est évidemment une réaction à chaud, et une analyse des évènements est évidemment nécessaire par la suite, avec plus de recul. Un récit, ou une analyse, par les occupants eux-même est également souhaitable. Proposez vos articles à rebellyon.info !

Ce matin l’évènement s’affiche déjà, par le biais de la vision de la présidence, dans les médias traditionnels... Il nous faut donc de toute urgence la version des occupants.

Un acteur de l’université.

Notes

[1Une très bonne citation à ce propos, dans une interview d’un étudiant de lyon II dans la presse traditionnelle : « On est dans la rue parce qu’on en a marre de Sarkozy. Et on en avait marre de Chirac et on en aura marre de Strauss-Kahn. (…) On est nous-mêmes les premiers hypocrites dans les manifs devant les journalistes. La réforme, on s’en fout, ce dont on ne veut plus c’est Sarkozy, le capitalisme, la mondialisation »

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  • Le 6 novembre 2010 à 00:22, par chat

    Bonsoir,

    Je souhaite parler de l’attitude des professeurs de Lyon II - Bron face au mouvement contre la réforme et aux blocages/occupations/dégradations.

    MARDI, 8h. Mme X, prof d’historiographie, en réponse à la question d’une élève à propos du contrôle des absences, a soufflé et s’est plaint d’avoir "galéré" dans les transports "à cause du mouvement".

    MERCREDI, 12h. Pas un seul prof présent à l’assemblée générale. Environ 600 étudiants et quelques membres de l’administration, mais pas un prof. D’accord.

    VENDREDI, 17h. Mr X, professeur d’histoire contemporaine, a évoqué l’espoir "qu’il n’y ait plus de blocage".

    Rien de radical, rien de sarkozyste dans ces propos et cette absence, me direz-vous ? Sauf qu’un mouvement de contestation, un mouvement pour la culture et contre la bêtise devrait logiquement se bâtir autour des professeurs, de l’autorité et de la "sagesse" qu’ils incarnent, non ? Or ils incarnent quoi, aujourd’hui, les profs de Bron ? Ils incarnent qu’ils s’en foutent, voilà ce qu’ils incarnent.

    Quant à ces profs d’histoire — notez l’importance : d’histoire ! et précisément d’histoire de la France contemporaine ! — qui osent juger quelques dégradations faites par des étudiants, cela donne la nausée. Pourquoi ?
    Parce que ces profs sont censés savoir que souvent, l’histoire est faite par la masse des déshérités, des pauvres. Or qui casse aujourd’hui ? Qui ? Tiens, pourquoi personne ne pose la question "qui ?" ? Ceux qui cassent sont des pauvres, qui ont bien compris que la réforme des retraites étaient l’occasion à saisir pour s’opposer à l’inégalité sociale GÉNÉRALE, au racisme, à l’individualisme. Ce sont es étudiants pauvres, pas toujours boursiers. Quant à ceux qui sont boursiers, leur bourse est souvent inférieure ou à peine égale à leur loyer. Et vous voudriez, vous, professeurs qui n’avez pas à vous soucier de ce que vous allez manger demain, vous voudriez, vous, qu’ils prennent "le temps de réfléchir avant d’agir", qu’ils soient "raisonnables", ces pauvres ? Qu’est-ce que c’est facile et lâche de prôner la modération et la raison, quant on n’est pas un étudiant précaire ou un jeune apprenti ouvrier du bâtiment, qui se tape 35h/semaine à 16 ans pour 45% du SMIC !

    Et enfin, à quoi cela avance-t-il de les condamner, ces jeunes ? Vous n’êtes pas la Justice. Qu’est votre voix, vous qui regardez le mouvement de loin, vous qui vous sentez peut-être concernés, mais de loin seulement ? Vous qui osez juger, vous n’empêcherez pas les "casseurs" de casser. Alors pourquoi juger ? Pour vous gargariser de votre sagesse et de votre "juste milieu" ? Ce n’est pas en jugeant que vous changerez les choses. Soyez des guides, impliquez-vous, et peut-être alors pourrez-vous prétendre à mener la contestation sans violence. Mais aujourd’hui vous semblez avoir abdiqué toute contestation. Pourquoi ? Parce que vous êtes adultes “donc raisonnables” ?

    Et vous qui jugez cette "violence", peut-être devriez-vous réviser vos leçons, pour vous rafraîchir la mémoire et y découvrir que souvent les droits sociaux n’ont pu être acquis que par la violence, et que la violence peut aussi être de la légitime défense.

    À ce qui n’ont rien, qui n’ont pas papa-maman derrière eux, qui sont esclaves à macdo PENDANT leurs études, et donc qui échouent à cause de cette injustice (oui, c’est une injustice, parce que d’autres n’ont pas cette obligation !), ne leur demandez pas d’être raisonnables ! Votre Raison sent mauvais ! Elle sent le fric, l’intolérance et le refus de comprendre, COMPRENDRE les nécessiteux.

    Pourtant vous n’avez pas tant de fric que ça, vous les profs, nous le savons, mais vous en avez suffisamment pour avoir toujours le temps de réfléchir et de faire des plans en trois partie avec trois sous-parties ! Arrêtez de juger les pauvres ! Ils sont 90% de l’humanité. Et dites-moi, quand les plus pauvres, ceux du Sud, se révolteront et voudront aussi leur part du “gâteau”, vous leur demanderez aussi d’être raisonnables, à ces hommes qui n’ont même pas d’eau potable et qui vivent avec un euro par jour ? La France doit être un exemple de solidarité. Ne prenons pas exemple sur les États-Unis, arrêtons de mépriser les pauvres. Regardez la vérité en face : la colère des pauvre est légitime. J’ai honte de devoir le rappeler. Des choses comme ça devraient être évidentes.

  • Le 5 novembre 2010 à 12:00, par m
  • Le 4 novembre 2010 à 17:22, par sioux

    Arrêtez de pleurer !! Il s’est passé quoi ? Deux cartons de papier brulés ? deux tables cassées ? C’est rien par rapport à deux années de travail supplémentaires pour une retraite minable, c’est rien par rapport à une politique de plus en plus dure vis à vis des étrangers, des étudiants, des pauvres tout simplement.

    Les casseurs, les casseurs, mais ils sont où les casseurs ??
    moi je vois venir la casse de la retraite, la casse de la sécu, la casse du pouvoir d’achat, LE CASSE des banquiers, ...

    La fsu lyon 2 « déplore » les « dégradations » et se met à crier après le président. Mais si ma mémoire est bonne, c’est pourtant eux qui l’ont élu ce président.

    je suis écoeuré par toutes ces vestes qui se tournent et qui se retournent, vraiment écoeuré.

  • Le 4 novembre 2010 à 16:17

    Je pense moi aussi que le blocage, tel qu’il a été mis en place ces dernières années à Lyon 2, n’est pas « productif » : bloquer les accès avec des barrages filtrants, empêcher d’aller en cours les étudiants qui ne se sentent pas concernés (il y en a beaucoup puisque les AG réunissaient au mieux 500, parfois 800 personnes sur 28 000 étudiants), par exemple, cela n’aide pas à a-obtenir le soutien (ne serait-ce qu’implicite) de celles et ceux dont on prétend défendre les intérêts.

    Campus occupés ? Pourquoi pas, si cela est fait intelligemment.
    Organiser des espaces de rencontres et de débats, des conférences, c’est bien. En ouvrant les portes à tout étudiant souhaitant y participer. Mais sans empêcher les autres d’aller en cours.
    D’une part parce qu’on ne tient pas à 28 000 dans un amphi. D’autre part, parce qu’un-e étudiant-e est là avant tout pour étudier ; et les 15 à 20 heures hebdomadaires qu’il ou elle passe en cours ne l’empêche pas d’avoir du temps pour débattre et s’informer par ailleurs.

    Je pense que le débat, les assemblées générales et toutes ces sortes de choses peuvent s’organiser sans qu’il soit besoin de bloquer les campus, si chacun y met du sien. Et le mouvement étudiant y gagnerait plus de crédibilité et de soutien.

    À méditer...

  • Le 4 novembre 2010 à 14:19, par Coff

    Salut,
    J’aimerai juste ajouter une info quand aux documents brûlés à Bron durant l’occupation : apparemment, aucun secrétariat de la fac n’a annoncé la destruction de document, selon certaine sources, les documents auraient été trouvé dans une poubelle de l’université, évidemment, c’est une info à vérifier.
    Coff

  • Le 4 novembre 2010 à 01:04, par zapatta

    Trés bonne analyse ...
    Je crois que toutes les personnes qui veulent un mouvement a lyon 2 sont aujourd’hui en « deuil » et particuliérement dégouter . J’aime le graffiti et casser un banque ou jeter une pierre sur les flics ne me choque pas mais la c’est jeter une pierre sur le mouvement ! Cet acte est anti révolutionnaire par conséquent les personnes ayant bruler ces dossiers sont du coter des Tirans. évidemment la présidence l’utilise contre les grévistes ! Par contre la fermeture me permet de participer à la manif de demain (je n’aurais pas pu ayant un TD a 14h) ce qui est peut etre le point positif pour certains...
    Il nous reste à espérer que les lycéens seront mobiliser dans les jours à venir ce qui je pense pourra redonner un peu de souffle au mouvement étudiant.

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