Athènes, la destruction du vieux monde attendra

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Le drapeau rouge de la collaboration de classe est ressortie et il frappe de nouveau. Non pas le rouge du « Jolly Roger » des premiers pavillons pirates ou celui de la Commune de Paris, mais son usurpation par les traditions révolutionnaires avant-gardistes, autoritaires et étatiques. Non seulement il tape, mais il collabore avec la flicaille, dénonce et lui livre celles et ceux qui s’opposent à ses desseins.
Il hurle avec les loups de la presse bourgeoise les rumeurs sur la mort de ce syndicaliste du PAME. Pas de chance, c’est de nouveau la flicaille qui assassine. Une insulte de plus, une manipulation de plus, une négation de plus. Les mort-e-s ont tous la même peau.

Pendant ce temps, au parlement, on peut écouter la douce rhétorique du ministre des finances qui répond, presque désolé, à celles et ceux qui ont pris le chemin de la rue : « Nous savons que nous faisons du mal en votant ces mesures, mais c’est un devoir de patriotisme national. »

Le peuple grec sera saigné de nouveau par l’unité national, la « nécessité historique » comme on dit et la rationalité économique. Il n’y a plus de lutte des classes, plus d’idéologie, seulement l’urgence devant l’histoire. Verdict : le nouveau plan d’austérité est voté.

« Le sang des innocents retombera sur la tête des communistes, fous furieux enivrés par le pouvoir. »
Pourquoi alors, le KKE (parti communiste grec) qui détient environ 8% des sièges et qui en fait la troisième force politique au parlement (il est vrai loin derrière le parti socialiste au pouvoir le PASOK et l’opposition de droite Néa Dimokratía), et le syndicat qu’il contrôle, le PAME, ont protégé le Parlement et se sont opposés aux anti-autoritaires et autres manifestant-e-s ?

Il serait presque étonnant de les voir en milice de la bourgeoisie ; historiquement, ce sont bien les groupes fascistes en Italie qui venaient à son au secours et qui cassaient du prolo gréviste ou occupant-e d’usine. Rappelons-nous le Front Populaire en 1936 et que l’ennemi de classe peut se trouver parmi le mouvement révolutionnaire.

Fascisme rouge ? lls nous rejouent Barcelone ou Kronstadt ? Allons, l’amalgame est tentant, mais est-ce vraiment une surprise venant de la racaille stalinienne ? Le temps est passé et il serait dommageable de tomber dans un folklore facile et de nier les réalités contemporaines.
Laissons l’indignation aux amateurs de médias et gardons-nous de faire à front aux prochaines offensives idéologiques.

Fauteur de troubles. Saloperie de jeunes. Anarcho-fascistes.

L’information-spectacle nous vend déjà la mort syndicaliste comme le fruit de la violence d’un groupe de « fauteurs de troubles ». Qu’importe qu’il soit mort asphyxié par les nuages répressives des milices salariales de l’État. Qu’importe son cadavre, autant cracher dessus. Qu’importe, c’est la faute à ceux en noir, s’ils n’avaient pas commencé...

Une large fraction de la presse bourgeoisie qualifie ces manifestant-e-s de « casseurs », « délinquants » ou simplement de « jeunes » qui veulent seulement aller à l’affrontement physique avec la police et se rendre coupable de pillage, crime de lèse-propriété pour la bourgeoisie [1]. Notons tout de même que dans le même temps, on use du vocable « anarchiste » pour qualifier les groupes qui furent opposés au service d’ordre du KKE/PAME, sans toute fois leur rendre un propos politique. C’est ainsi que dans le JT de ce jeudi soir sur France 3, appuyé de diverses images d’affrontements, on nous vend l’agonie et la chute de l’ordre démocratique dans ce magnifique tableau : « Batailles rangées dans les rues d’Athènes : anarchistes contre communistes. Ils s’affrontent violemment autour du parlement ; gaz lacrymogènes, cocktails molotov, jusqu’au corps à corps. »

Dans un communiqué qui rappelle les grandes heures de la propagande stalinienne à propos des « hitléro-trotskistes » ou de la cinquième colonne [2], le KKE nous offre le qualificatif « anarcho-fascistes » pour caractériser les anti-autoritaires qui auraient comme « objectif de disperser l’énorme manifestation des travailleurs et du peuple au square de Syngtamae ».
Et de conclure sur un hommage à Dimitris Kotzaridis, le syndicaliste du PAME assassiné par les flics tout en se gardant d’énoncer les raisons de sa mort et de suggérer au lecteur que le coupable est habillé en noir, jeune et qu’il lance des cocktails molotov. Après servir de bâton de répression de la contestation devant le Parlement, il aide grandement la presse de la classe dominante dans son procès contre le mouvement anti-autoritaire grec.

Classes laborieuses, classes dangereuses.

Une fois de plus, le mouvement anarchiste est dépolitisé, arraché aux structures sociales et économiques qui lui donnent sa légitimité pour finir qualifié de mouvement violent. De nouveau, on va légitimer la violence d’un système et de ses fractions dominantes sur celle de la juste révolte de celles et ceux d’en bas.
Une fois de plus, celui ou celle qui passe hors de la loi est disqualifié-e dans son action. Le même processus d’exclusion de la contestation, à Athènes comme à Rome en passant par toutes les places remplies d’indigné-e-s quand celui-ci n’est pas en plus racialisé comme cela arrive à chaque mouvement social dès qu’il y a des voitures renversées et quelques magasins pillés.

Ce n’est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière que nous sommes discrédité-e-s, lancé-e-s en pâture de la sorte par la bourgeoisie. Il devient urgent de s’organiser et de participer aux structures collaboratives comme Rebellyon afin de créer cette riposte médiatique et de lancer l’offensive sur les sujets qui tiennent à cœur chacun-e d’entre nous pour développer cette espace d’expression collectif.

Qu’on arrête d’accepter les franges les plus autoritaires du mouvement révolutionnaire à nos côtés. Non pas qu’il faut leur déclarer la guerre car il se passera demain la même à Lyon mais les nier dans leur existence et dans leur expression politique, si celle-ci existe.
Et définitivement, qu’on en finisse avec ce système globale de domination, d’exploitation et d’oppression par la rupture avec ces pratiques autoritaires, avant-gardistes et étatiques.

Et Mikhaïl de se retourner de nouveau dans sa tombe...

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  • Le 26 octobre 2011 à 09:58, par Chezfab

    Merci ! Merci pour cette article lucide et clair, merci pour ce coup de gueule qui fait du bien.

    de tout temps l’anti-autoritarisme s’est heurté à la presse bourgeoise et à l’esprit petit bourgeois des bureaucraties. De tout temps l’anti-autoritarisme a été la cible de ceux qui pensent qu’un pouvoir bon est possible. Ceux qui se pensent éclairés au point de pouvoir imposer leur vision forcément juste, et par la force s’il le faut.

    Alors oui tu as (j’ose le tu) bien raison : bougeons nous pour faire avancer nos idées, et vite !

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