25 novembre 2020 - 87 paires de chaussures rouges, autant de mortes depuis le 1er janvier 2020

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Ce matin, 25 novembre 2020, comme l’année dernière à la même date, des militantes de Superféministe ont disposé des chaussures peintes en rouge sur les marches du Palais de Justice à Lyon. 87 paires de chaussures qui représentent les 87 féminicides recensés depuis le 1er janvier 2020. En cette Journée internationale pour l’éradication des violences faites aux femmes, cette action est l’occasion de rappeler comment, loin d’être des faits divers, les féminicides s’inscrivent dans un continuum de violences, aggravées voire orchestrées par l’Etat.

Le patriarcat nous tue. Des hommes nous tuent.

Nous étions déjà présentes le 25 novembre 2019, sur ces mêmes marches, à prononcer ces mêmes mots : aujourd’hui, le 25 novembre 2020, en pleine crise sanitaire, en plein confinement, nous sommes toujours présentes, et nous ne décolérons pas.

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Chaque jour, partout dans le monde, des femmes sont tuées par des hommes parce qu’elles sont des femmes. Tous les deux jours une femme est tuée en France, le plus souvent des mains de son partenaire ou ex-partenaire. Tous les deux jours en France un homme tue sa compagne ou son ex-compagne, se fait l’auteur d’un féminicide.

A ce jour et depuis le 1er janvier 2020, on comptabilise 87 femmes tuées par leurs conjoints ou ex- conjoints. Ce compte militant est « a minima ». D’autres personnes ont été victimes mais échappent au comptage, d’autres femmes parmi lesquelles des femmes trans, des travailleuses du sexe ou personnes en situation de prostitution, ou encore toutes ces disparues dont les corps ne sont jamais retrouvés, qui n’entrent pas dans ces chiffres.

Aujourd’hui, 25 novembre, journée internationale pour l’éradication des violences faites aux femmes, nous avons à nouveau choisi à Lyon de rendre visible l’absence de ces 87 femmes tombées dans cette guerre que le patriarcat mène contre nous, aujourd’hui encore, comme hier, en France et partout ailleurs.

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Ces chaussures sur les marches de la Cour d’appel de Lyon représentent chacune d’elles. Le choix de ce lieu n’est pas anodin. La justice de notre pays, comme la police, comme l’école, comme toutes les institutions représentant l’État, ne remplit pas ses missions, elle n’assure pas son devoir de protection envers les femmes et les filles. De nombreuses enquêtes le démontrent, y compris celles menées par la justice elle-même.
Ces femmes sont tuées par l’inaction des institutions, qui par leur manque de volonté pour agir, participent activement à ces meurtres. Tout cela, nous le dénonçons et nous l’affichons.

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Afficher la violence machiste par tous les moyens : sur les murs, par nos cris, sur les réseaux sociaux, lors de rassemblements, de manifestations et aujourd’hui devant les magistrat-e-s et la presse. Voilà ce que nous faisons depuis des années et ce que nous continuerons inlassablement de faire.

Afficher ses ressorts et ses causes : la domination économique, administrative, politique, culturelle, psychologique, sexuelle des hommes sur les femmes, l’idée qu’ont les hommes que « leur femme » leur appartient, le droit de vie ou de mort qu’ils prennent sur celle qu’ils sont supposés chérir. Afficher et nommer aussi ceux qui perpétuent ces dominations et les violences de genre, voilà ce que nous faisons depuis des années et que nous continuerons inlassablement de faire.

Les auteurs de violences sont souvent présentés à tort comme des individus « déviants », issus de classes populaires, « malades » ou sous l’emprise du chagrin. Or, nous ne le répéterons jamais assez : un féminicide n’est pas un geste d’amour désespéré, ni un acte isolé. C’est un phénomène qui n’épargne aucun milieu, c’est le fruit d’un système. Un système qui, dès la petite enfance, autorise voire encourage les petits garçons à violenter les petites filles, et qui, plus tard, laisse faire. Un système où la violence touche toutes les personnes minorisées de genre : pas seulement les femmes, mais aussi les personnes non-binaires, les hommes trans, les personnes intersexes. Ces meurtriers bénéficient de complicités à tous les niveaux de la société : famille, collègues, voisinage, police, justice, jusqu’aux plus hauts sommets de l’État. Les promesses ne suffisent pas, nous demandons des actes, des moyens, une mobilisation concrète de long terme.

Or, que constatons-nous aujourd’hui ?

Comme en 2019, nous ne comptons plus le nombre de refus de dépôts de plaintes pour violences conjugales par des policiers qui renvoient droit vers la mort des femmes venues demander de l’aide dans un commissariat. Une aide que l’Etat leur doit. L’Etat choisit de tourner le dos à ces femmes.

En 2020, malgré le contexte de crise sanitaire, le gouvernement n’a pas abandonné une réforme des retraites qui fragilise les femmes et les rend encore plus pauvres qu’elles ne le sont déjà. Au contraire, il continue de détruire nos acquis sociaux et de multiplier ses attaques contre l’école, l’Université, les hôpitaux.
En 2020, les confinements et couvre-feu ont mis en danger toutes les femmes victimes de violences conjugales, ont précarisé encore plus qu’elles ne l’étaient déjà les travailleuses du sexe ou personnes en situation de prostitution, les femmes sans-papier, les femmes sans abri, sans qu’aucune solution concrète ne soit proposée.
En 2020, le remaniement de la honte, a montré avec violence le mépris de la classe politique pour les femmes victimes de violences sexistes et conjugales : nommer au ministère de l’intérieur Gérald Darmanin, à ce jour poursuivi pour viol, nommer à la justice Eric Dupond-Moretti, avocat connu pour ses nombreuses déclarations sexistes et antiféministes, c’est bien décrédibiliser, mépriser, insulter les luttes que nous menons au quotidien.
En 2020, au mépris des mouvements massifs dénonçant les meurtres et violences policières et le racisme d’Etat, le gouvernement n’a eu de cesse, comme soi-disant réponse aux attentats terroristes, de répandre un climat de racisme et d’islamophobie et de stigmatiser les femmes racisées et en particulier les femmes musulmanes, par des discours et des mesures que nous ne pouvons qualifier que d’extrême-droite.
En 2020, le gouvernement tarde encore à rendre accessible et réel le droit et le choix de la parentalité ou non pour toutes et tous, et contribue ainsi activement à la stigmatisation des femmes lesbiennes, bies et des personnes trans.

2020 nous a non seulement prouvé que « la grande cause nationale du quinquennat » n’était que des vaines promesses, mais surtout que ce gouvernement, au lieu de défendre les droits des femmes, piétine ces droits allégrement.

Face aux violences patriarcales, face à l’inaction complice de l’Etat, contre ses actions complices, nous continuerons de nous battre.

Aujourd’hui, nous crions aux femmes notre solidarité. Nous sommes fortes, nous sommes unies et nous continuerons notre lutte contre les violences et contre la précarité économique qui les cimente.

Les SuperFéministes (Planning familial 69)

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P.-S.

Nous serons présentes et appelons à participer au rassemblement de ce soir à 18h30 devant le MacDonald’s de Charpennes à l’appel du Collectif Droits des femmes 69, pour dénoncer le harcèlement sexuel et le sexisme au travail.

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