49.3 c’est le barça ! Ça passera pas !

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Loi travail

Témoignage partiel de la manif sauvage du 10 mai de dix-huit heures quinze à vingt-deux heures.

Appel à rassemblement de proche en proche à place des terreaux à 18 heures. Quand on arrive il y a des drapeaux de la CGT, CGA, CNT, front de gauche et des 2 JC mais surtout beaucoup de sans drapeaux. Peu de gens habillés style black bloc même si pas mal ont leur écharpe ou masque de chantier.
Des gens se posent avec une banderole « 49.3 c’est le barça, ça passera pas » en référence à une chanson de kery james « 94 c’est le barça, ça passera pas ». Ceux qui tiennent cette banderole sont ceux qui lancent la manif sauvage avec des potes à eux. On met du temps à partir puisque les gens sur la place sont hésitants, ils s’attendaient à ne faire qu’un rassemblement (ce qui est chelou d’un côté, faut quand même marquer le coup). Dès le début des gens rien à voir nous ont rejoint.
Pour moi c’est ma meilleure manif sauvage, pas une interpellation, pas de gazage, ni de charge et l’impression que c’était pas seulement une stratégie des keufs pour éviter d’envenimer la situation mais aussi et surtout parce qu’ils sont dépassés par les événements. Trop de passants et de manifestants au début, trop de petites ruelles et de manifestants à la fin...

Au début ils croient gérer en nous empêchant de rejoindre le centre (république, bellecour, confluence : l’extrémité de la presqu’île). A chaque fois qu’on tombe sur une ligne de flics, on trouve une route où se barrer ou on fait demi-tour, on se fait jamais coincer. Les directions se prennent à la va-vite avec quelques embrouilles mais une relative cohésion quand même.
On repasse deux fois par la place des terreaux, à chaque fois on gueule à ceux qui y sont restés de nous rejoindre et à chaque il y en a un peu qui se laisse convaincre si bien qu’on finit avec des drapeaux de toutes les orgas. Après avoir un peu visité les quais de Saône et vu des flics près à nous viser à la tête on la traverse pour aller de l’autre côté, sur les quais du Rhône en passant par l’opéra (le spot des bboys). Là on fait un peu tourner les flics en bourrique en commençant à aller vers les quais puis en revenant sur nos pas quand on voit qu’ils essayent d’anticiper, puis en y retournant rapidement. A chaque fois que les flics nous bloquent, qu’ils sont un peu trop nombreux ça crie « cassez-vous ! », « tout le monde déteste la police » et « la police déteste tout le monde » et ça fait des doigts d’honneur. Lorsqu’ils sont que 2 ou 3, on s’avance vers eux et ils fuient non sans essuyer quelques tentatives de jet de bouteilles. On bloque aussi systématiquement la circulation, norrrmal.

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Sur les quais du Rhône on se dirige vers le pont le plus proche, en face de la place de l’opéra, mais des éclaireurs nous informent que de l’autre côté c’est bloqué. Pour pas se faire nasser on retourne place de l’opéra où trône un commissariat un peu trop intact. Il se fait légèrement allumé.
On revient place des terreaux puis on file direction croix-rousse. Là c’est bien parce que c’est des petites ruelles, souvent en sens unique et que c’est le quartier des canuts, des anars, y a quand même une culture de la lutte sociale attachée à ce quartier et en tout cas c’est comme ça que j’explique les nombreux signes de soutien qu’on a vu. Là, on voit pas un seul flic sur la majeure partie du trajet. Par contre on croise un commissariat qui se fait déglinguer. En continuant on tombe sur une ligne de flics et on hésite à les affronter, certains tentent même de les contourner par des traboules mais ils reviennent en courant. Finalement on place des barrières pour leur bloquer la route et on fait demi-tour. On gueule « 49.3 ça passera pas », « P comme pourri et S comme salaud, à bas, à bas, le parti socialo ».
Puisqu’on en parle c’est justement vers leur local qu’on se dirige à présent. Et autant les vitres du comico on voyait plus à travers mais elles étaient encore debout, autant les vitres du local PS devaient être de piètre qualité en comparaison parce qu’elle ont pas tenu longtemps. Quelques manifestants s’indignent de cette violence mais certains d’entre eux se ravisent en apprenant que c’est le local PS (ce qui n’était pas hyper visible). On sort les chaises, les meubles et la plante qu’on trouve à l’intérieur et on les disperse un peu sur la suite du trajet.
On arrive à l’esplanade de la grande côte où s’est déroulée une partie de la première nuit debout avec manif sauvage. On monte sur le plateau de croix-rousse, on revoit des flics qui nous manquaient depuis un certain temps. Tout le long de la manif des gens (bon pas beaucoup mais c’est pas mal) nous rejoignent, des jeunes surtout qui veulent « tout niquer ». On redescend dans les pentes. Partout où on passe dans la croix-rousse des gens nous font des signes de leurs fenêtres, certains sortent des casseroles, il y en a même un qui nous joue un air de trompette (ça fait « tut tut tut tut tut tut tut tut tududuuuuuut » et on répond « oléééé ! »).

Puis au détour d’un virage, alors qu’on s’apprête à rejoindre des gens qui seraient encerclés place des terreaux (même si ça m’étonnait qu’il y reste des gens) on croise un collège désaffecté. On nous explique qu’il est vide depuis 30 ans / plusieurs dizaines d’années, qu’on s’en fout de l’occuper, que des gens sans toit ont essayé mais se sont fait virer que c’est pour avoir un lieu pour le mouvement, etc... Après j’apprends que c’est en partie des conneries, il est vide depuis 3 ans mais là c’est un chantier (d’après l’agent de sécurité du site qui était sur les lieux mdr, il avait l’air un peu perdu miskine on a cassé la routine de sa garde mais il était cool). Mais le gros des manifestants semblait difficile à convaincre, à mon avis c’est plutôt parce que les gens qui tentaient de les convaincre restaient dans l’embrasure de la porte et que du coup on avait l’impression, vu de loin, que personne rentrait que ça marchait pas du tout. Je pense que s’ils étaient rentrés et que juste quelques uns étaient restés dehors à motiver les autres ça aurait fait un appel d’air mais là...
Mais une action héroïque d’un mec qui cache puis casse une caméra. Le collège bien tagué « le monde ou bien ? » et je sais plus les slogans, un petit foot improvisé avec un pot de fleur dans la cour. Spéciale dédicace au collégien qui était ravi que « y a pas de flics, on fait ce qu’on veut », « Allez viens [...] pour une fois on est au collège et on peut tout casser, faut en profiter », pour moi c’est la punchline de la soirée, une phrase sortie d’un dessin animé. Mais d’un bon dessin animé. Derrière les manifestants un groupe de bacqueux (si je n’m’abuse), ils chabent de loin mais tentent rien. Je me demandais même s’ils approuvaient pas un peu, ou qu’ils mettaient pas de la mauvaise volonté dans leur besogne répressive. Parce que d’un côté c’est vrai que Valls leur plante un peu un couteau dans le dos, déjà qu’ils sont salis dans les médias et qu’ils doivent s’affronter avec nous à chaque manif, et là Valls il se la joue solo en attisant la haine que eux vont avoir pour mission d’endiguer... Mais bon. Ils participent pas à la manif alors en attendant que ce soit le cas...

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Vu que trop peu de monde suit, on décide au bout d’une bonne demi-heure de quitter les lieux, on revient sur les terreaux où on retrouve un groupe qui, convaincu que des gens y étaient bel et bien nassés (alors que c’était une connerie m’a-t-on dit), y étaient retournés un peu à l’avance. Là y a pas mal de flics, pas mal de gens blasés aux terrasses de leurs resto / bar, d’autres pas blasés qu’on distrait (c’est déjà ça). Il est 22 heures, ça fait 3 heures 30 que la manif a commencé, je me barre mais elle continue. Pour la suite de la soirée je peux pas témoigner.

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