Des négationnistes turcs au centre de Lyon le 18 mars 2006

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Alors que se termine pacifiquement la manif anti CPE le samedi 18 mars, arrivent des négationnistes turcs...

La manifestation anti-CPE lyonnaise, qui avait commencé à 11h pour des raisons que l’on ignorait alors, se déroulait à merveille : une bonne mobilisation, moins de policiers en civils, une ambiance moins tendue que le jeudi précédent. Les slogans habituels, avec cette fois une touche de SNCF, en raison de ce slogan : De Villepin, si ce soir tu cèdes pas, on sera à Paris le 23 !

Après une courte marche, les manifestants se retrouvent place Bellecour, principale place lyonnaise. On entend les premiers sons de djembé, de trompettes. Bref, une ambiance bon enfant. Vers 13h30, les manifestants se dispersent, satisfaits. Le CNT et des bandes dîtes anarchistes, rejoignent la Croix Rousse, pour la journée de la Commune. Je reste encore sur la place Bellecour, avec une centaine de personnes, pour parler, chercher à manger et rester dehors : il fait beau...

Arrivent alors, au loin, une centaine d’autres manifestants, sous le drapeau turc. Comme tout jeune manifestant, excité par ces grands drapeaux rouges, je m’approche, et lis sur leurs banderoles leurs revendications. Mon sang se glace. « Le génocide arménien n’a jamais existé », « nous sommes fiers de notre passé »...

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Un peu paniqué, je retourne près des manifestants anti-CPE, qui regardent, médusés, ces nouveaux arrivants. Puis nous reprenons nos esprits, et fusent les premiers slogans anti-fascistes. De No Pasaran à « nous sommes tous des enfants d’immigrés »... en passant par « le fascisme ne passera pas ». Les nationalistes Turcs qui sont maintenant plus d’un millier (des cortèges arrivent sans cesse, avec de plus en plus de jeunes), se réunissent autours de la statue principale et chantent des hymnes, des slogans.

Les derniers militants anti-CPE se réunissent, appellent ceux qui sont déjà partis, nos rangs grossissent. Puis, évidemment, arrivent les CRS. Calmement, ils se mettent entre les deux groupes, afin d’empêcher tout affrontement direct. Mais on remarque un détail inquiétant : certains d’entre eux ont sur leur dos des fusils mitrailleurs. Je questionne un policier en civil, il me dit : « les Turcs ont peut-être des armes ». Ca change la mise. Les nationalistes turcs commencent à être agressifs, et hurlent dans notre direction, car nous crions de plus belle : « nous sommes tous Arméniens ! »

Nous comprenons ensuite pourquoi notre manifestation était à 11h : la manifestation que nous avons en face de nous est autorisée par la préfecture ! Ces négationnistes ont l’accord de la police, NOUS sommes donc en faute. Les CRS s’en rendent compte, et tirent les premiers lacrymos. Ensuite, ils s’en donnent à coeur joie : flash ball, matraque... Une guérilla urbaine, alors que les quelques deux mille manifestants d’extrême-droite turque continuent leur marche, encadrés par un mur de CRS, qui les protègent des méchants « "antifas" que nous sommes. Le cortège, encadré par un nombre alarmant de CRS, se dirige vers l’Hôtel de Ville de Lyon, suivi dans les rues parallèles par les militants anti-négationnistes, qui marchent dans les rues depuis bientôt cinq heures.

Les affrontements recommencent sur la deuxième place la plus importante de Lyon : les Terreaux. Les manifestants turcs sont maintenant trop biens encadrés, ce sont donc les CRS qui reçoivent les premiers projectiles venus de la Croix-rousse, colline qui surplombe les Terreaux. Les CRS courent dans les petites rues de la Croix-rousse, en tirant lacrymogènes et flashballs contre une population de jeunes des banlieues, d’anarchistes descendus de la Croix-Rousse, et de militants d’extrême-gauche de toutes sortes. On voit alors les premieres barricades, faîtes avec des poubelles et des barrières de chantier. Puis aussi vite qu’ils ont commencé, les incidents cessent. Les Turcs sont évacués dans des bus qui les emmènent on ne sait où, sous la protection de CRS, qui bloquent les ponts et les boulevards de la presqu’île. Nous sommes alors depuis sept heures dans la rue.

Il reste une question :
Comment la préfecture a-t-elle pu autoriser une manifestation de type extrême-droite, une demi-heure après une manifestation majoritairement de gauche ? A-t’elle voulu ces affrontements ?

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