Des universités aux bâtiments vides, multiplions les occupations

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Occupations en soutien aux migrant·es 2017-18

Des locaux universitaires aux bâtiments vides, quelques rêflexions autour du mouvement d’occupation en cours contre les politiques migratoires et le système qui les produit.

Depuis quelques semaines des locaux universitaires de différentes villes sont occupés par des exilé-es, des étudiant-es et leurs soutiens. Parti de l’université de Lyon, ce mouvement d’occupation a essaimé et s’est étendu à d’autres universités comme celles de Nantes, Grenoble, Bordeaux ou Caen. Face aux menaces répétées d’expulsions proférées par les présidences universitaires en collaboration avec les préfectures, face à l’approche des vacances scolaires entraînant une fermeture des universités et une relative démobilisation militante, face à la précarité que représente le fait de vivre à nombreu-ses dans des locaux inadaptés (salle de cours, amphithéâtre...), certains collectifs ont choisi de déplacer l’occupation vers d’autres bâtiments. C’est le cas à Nantes, avec la réquisition du château du Têrtre et à Lyon avec la réquisition d’un bâtiment appartenant à la métropole et utilisé par le passé comme lieu d’hébergement d’urgence. A Caen, au début du mois, un bâtiment réquisitionné s’est fait expulser dans la journée par les forces de l’ordre.
Ailleurs, notamment dans les régions qui constituent des portes d’entrée sur le territoire français et qui sont situées sur les routes migratoires, comme à Toulouse ou à Briançon, des lieux ont été réquisitionnés par les migrants et leurs soutiens en dehors du mouvement d’occupation universitaire précédemment cité.
Alors même que la traque des exilé-es s’intensifie, que la violence policière s’exacerbe et que le gouvernement s’apprête à faire voter en janvier prochain un projet de loi visant à durcir et à restreindre les conditions d’installation sur le territoire français, les réquisitions de bâtiments vides par les exilé-es et leurs soutiens se diffusent et se multiplient.

Ce mouvement d’occupation recouvre plusieurs dimensions politiques. Il constitue en premier lieu un double geste : de solidarité entre les individu-es et de défiance envers le pouvoir politique.
La force politique d’un tel mouvement réside dans cette solidarité qui déborde la loi. Dans ce rapport de force qui se joue potentiellement entre des individu-es prêt-e à ouvrir leur porte, faire passer des frontières, soigner, réquisitionner un bâtiment vide etc et l’État et ses représentants.
Il répond également à une situation d’urgence, trouver un logement pour des personnes à la rue et tenter de se soustraire pour un temps à la pression policière, mais ne peut pas, ne doit pas être réductible à sa simple dimension humanitaire. L’impasse pour ces occupations serait de s’engluer dans un rôle « gestionnaire » du type qui doit résider dans un lieu, qui est prioritaire sur qui… et de se substituer ainsi aux politiques institutionnelles. Il existe un certain nombre de questions pragmatiques à poser et à tenter de résoudre sur l’organisation du lieu, la vie commune, le rapport entre les différents collectifs etc mais l’écueil serait de glisser progressivement vers la réalisation d’un centre d’accueil et d’hébergement alternatif.
Au contraire, ces lieux occupés constituent des espaces d’auto-organisation, de mise en commun, de lutte, où les logiques capitalistes, racistes, sexistes tentent d’être contrées. Sans qu’il s’agisse pour autant d’imposer un modèle politique ou une marche à suivre aux uns ou aux autres.
Ils constituent aussi des espaces de rencontres, de convergences, d’agrégations entre des individu-es, des collectifs. Car au-delà des politiques migratoires, ce qui est remis en cause ici c’est tout le système économique, politique et social qui les produit.

Aujourd’hui, les politiques migratoires apparaissent comme une grosse pelote de laine dont les fils inextricablement liés remontent loin le cours de l’histoire et recouvrent différents rapports politiques. Ces fils ont pour noms économie, colonisation, racisme, répression, quartier populaire. Et ils éclairent le rapport historique qu’entretient l’État français avec une partie de la population. Une partie de la population mouvante, qui n’est pas figée, et qui n’est désignée comme séparée que par l’État lui même.
Selon les besoins économiques, c’est à dire le besoin en main d’œuvre bon marché et exploitable, l’État fixe des « quotas », c’est à dire un nombre de personnes autorisées à rentrer et à s’installer sur son territoire. La liberté de circulation et d’installation n’est envisagée que du point de vue de la productivité et de la rentabilité. Exceptionnellement l’État accorde un statut particulier, de type « réfugié politique », préservant un peu plus la mystification humaniste. Pour le reste les frontières s’accroissent et se militarisent. Chaque gare et aéroport sur le territoire deviennent des frontières en puissance et des centres de rétention sont installés en Afrique du Nord et de l’ouest, ainsi qu’en Turquie. La gestion des frontières devient un commerce juteux. On externalise, on vend ses modèles à l’étranger, on sous-traite à des sociétés de sécurité privées.
Au sein du système économique capitaliste le rapport qu’entretient l’État avec les exilé-es comme avec l’ensemble de la population demeure un rapport économique. Un rapport de marchandise.

Contre la traque des exilé-es et le système qui l’orchestre,
Des universités aux bâtiments vides multiplions les occupations.

Des participant-es au mouvement d’occupation.

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