Elections, Vérité, Justice : quelques considérations sur ces jours qui se suivent

1469 visites

Des bribes de réflexions, couchées à la va vite devant le début d’incendie qui couve sous la multiplication des revendications de Vérité et de Justice, un appel au milieu d’un hiver écrasé sous le poids conjugué des fausses promesses électorales et d’un fascisme chaque jour plus menaçant.

1. Les élections n’ont en réalité plus d’importance depuis bien longtemps pour ceux qui ont déjà cessé, dans les faits, de se montrer gouvernables. Il n’y a pas de programme « alternatif » à proposer, pas d’opposition à proclamer face au spectacle de « l’alternance ». Faire du moment électoral un enjeu de revendications est aussi vain que de demander grâce au bourreau, lui qui n’est malgré tout que le simple exécutant d’une décision sur laquelle il n’a jamais eu la main.

2. C’est bien parce que certains se sont par trop montrés ingouvernables aux yeux des puissants que le fascisme ne cesse de promettre à tout-va le retour du Gouvernement, dans toute sa brutalité. Un intellectuel italien des années 1920 employait, pour imager le Pouvoir se débarrassant de la démocratie, la métaphore du « castor qui s’arrache lui-même les testicules ». Lui-même, qui y a laissé sa peau pour avoir par trop cru à son analyse structuraliste à la con, aurait pu nous dire après coup : encore aurait-il s’agit de faire attention à ne pas être jetés avec.

3. Il y a face au fascisme toute une historicité qui nous ramène finalement à cette incontournable dualité : Sentiment/Raison. Où les tripes ne cessent de formuler le rejet, le refus, le combat, quand l’esprit ne voudrait y voir qu’une continuité, à tout y prendre pas si condamnable au regard de ce nous vivons déjà depuis toutes ces années. Ou l’inverse. A bien y regarder, il n’y a là, au fond, que la manifestation d’un conflit somme toute assez banal entre l’éthique et la logique. Resterait encore à appréhender dans quelle merde la logique nous a foutu jusqu’ici pour accepter qu’il y a parfois dans l’intuition une vérité que l’on aurait tort de trop négliger.

4. On aurait tort également de croire que ceux qui demandent aujourd’hui « Vérité et Justice » s’adressent en réalité au Gouvernement. Car c’est à présent en effet un lieu commun que de constater que le mensonge est la seule vérité des dirigeants, et il faut croire que c’est bien là ce que chaque journée de la campagne électorale en cours s’acharne à nous rendre un peu plus évident. Quelle « Vérité » y aurait-il donc à réclamer à ceux qui ne sont jamais que l’incarnation momentanée de la falsification généralisée ? Quant à la « Justice », chaque ouverture du 20h est une insulte supplémentaire pour tous les assignés à résidence, tous les condamnés en comparution immédiate, à qui l’on a bien évidemment jamais accordé le bénéfice du doute dont jouissent une directrice générale du FMI accusée de favoritisme, un premier ministre d’Espagne ouvertement mêlé à des scandales de corruption, ou un tocard capable d’hypothéquer sa candidature sur une improbable mise en examen pour détournement de fonds publics, et ce sur la seule foi de sa belle gueule de cureton...

5. Que la police en arrive à se cacher derrière le bon vieux mensonge bien dégueulasse du viol simulé en dit plus long que n’importe quel acte d’accusation rédigé par un procureur en mal de reconnaissance. Vérité et Justice ?

6. Et c’est bien parce que ceux qui réclament « Vérité et Justice » ne s’adressent pas à l’État mais à eux-mêmes qu’ils ont commencé à cesser d’être gouvernables. Il s’agit là encore de ce basculement du politique vers l’éthique qui reste l’apanage de ceux qui ont constaté l’insupportable, qui ont refusé de baisser une fois de plus la tête et compris qu’il n’y avait définitivement plus rien à attendre d’une situation qui ne s’améliorera jamais.

7. Quand les mêmes chants sont repris de manifestations en manifestations, quand les mêmes mots, de la mort d’un activiste à celle d’un habitant des ghettos, se font entendre par des voix de plus en plus nombreuses et de plus en plus diverses, c’est que des rencontres ont eu lieu. Ainsi, malgré tout ce que le Pouvoir s’échine à construire comme barrières entre ses administrés, les idées circulent et démontrent ce qui aurait dû être depuis longtemps cette évidence : à des vécus communs répond un langage commun.

8. Il n’y a, de là, qu’un pas à franchir pour se rendre compte de l’évidence qui se présente ensuite : à ce langage commun doivent à présent correspondre des gestes communs.

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Publiez !

Comment publier sur Rebellyon.info?

Rebellyon.info n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez. La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment être publié !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail contact [at] rebellyon.info

Derniers articles de la thématique « Spectacle politique » :

>Vigilance contre la nouvelle préfète à Lyon

La nouvelle préfète d’Auvergne-Rhône-Alpes, Fabienne Buccio, a pris ses fonctions lundi 30 janvier 2023. Rapide résumé de son parcours, qui nous rappelle la nécessité d’organiser une résistance antiraciste, anti-autoritaire et antifasciste.

 La Grève des électeurs » est publié le 28 novembre 1888

En cette période de farce démocratique, de renforcement de la légitimité étatique et des institutions républicaines, il est de bon ton de relire ce texte écrit par Octave Mirbeau et publié dans Le Figaro le 28 novembre 1888. Du bon sens plus que centenaire et nécessaire en ce sale temps.

› Tous les articles "Spectacle politique"

Derniers articles de la thématique « Extrême-droites / Réactionnaires » :

› Tous les articles "Extrême-droites / Réactionnaires"

Derniers articles de la thématique « Quartiers populaires / Discrimination de classe » :

>Petites frappes // Deux heures de radio avec Mayday

Il y a bien eu cette idée de boycotter le mondial de la honte et puis le matraquage des résultats au petit matin, les buts de malade, le Maroc en demi, la France en finale et le camp des résistant·es s’est réduit à peau de chagrin. Pendant 2 heures on vous parle de foot populaire et d’espoirs...

› Tous les articles "Quartiers populaires / Discrimination de classe"