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Elections, Vérité, Justice : quelques considérations sur ces jours qui se suivent

Des bribes de réflexions, couchées à la va vite devant le début d’incendie qui couve sous la multiplication des revendications de Vérité et de Justice, un appel au milieu d’un hiver écrasé sous le poids conjugué des fausses promesses électorales et d’un fascisme chaque jour plus menaçant.

1. Les élections n’ont en réalité plus d’importance depuis bien longtemps pour ceux qui ont déjà cessé, dans les faits, de se montrer gouvernables. Il n’y a pas de programme « alternatif » à proposer, pas d’opposition à proclamer face au spectacle de « l’alternance ». Faire du moment électoral un enjeu de revendications est aussi vain que de demander grâce au bourreau, lui qui n’est malgré tout que le simple exécutant d’une décision sur laquelle il n’a jamais eu la main.

2. C’est bien parce que certains se sont par trop montrés ingouvernables aux yeux des puissants que le fascisme ne cesse de promettre à tout-va le retour du Gouvernement, dans toute sa brutalité. Un intellectuel italien des années 1920 employait, pour imager le Pouvoir se débarrassant de la démocratie, la métaphore du « castor qui s’arrache lui-même les testicules ». Lui-même, qui y a laissé sa peau pour avoir par trop cru à son analyse structuraliste à la con, aurait pu nous dire après coup : encore aurait-il s’agit de faire attention à ne pas être jetés avec.

3. Il y a face au fascisme toute une historicité qui nous ramène finalement à cette incontournable dualité : Sentiment/Raison. Où les tripes ne cessent de formuler le rejet, le refus, le combat, quand l’esprit ne voudrait y voir qu’une continuité, à tout y prendre pas si condamnable au regard de ce nous vivons déjà depuis toutes ces années. Ou l’inverse. A bien y regarder, il n’y a là, au fond, que la manifestation d’un conflit somme toute assez banal entre l’éthique et la logique. Resterait encore à appréhender dans quelle merde la logique nous a foutu jusqu’ici pour accepter qu’il y a parfois dans l’intuition une vérité que l’on aurait tort de trop négliger.

4. On aurait tort également de croire que ceux qui demandent aujourd’hui « Vérité et Justice » s’adressent en réalité au Gouvernement. Car c’est à présent en effet un lieu commun que de constater que le mensonge est la seule vérité des dirigeants, et il faut croire que c’est bien là ce que chaque journée de la campagne électorale en cours s’acharne à nous rendre un peu plus évident. Quelle « Vérité » y aurait-il donc à réclamer à ceux qui ne sont jamais que l’incarnation momentanée de la falsification généralisée ? Quant à la « Justice », chaque ouverture du 20h est une insulte supplémentaire pour tous les assignés à résidence, tous les condamnés en comparution immédiate, à qui l’on a bien évidemment jamais accordé le bénéfice du doute dont jouissent une directrice générale du FMI accusée de favoritisme, un premier ministre d’Espagne ouvertement mêlé à des scandales de corruption, ou un tocard capable d’hypothéquer sa candidature sur une improbable mise en examen pour détournement de fonds publics, et ce sur la seule foi de sa belle gueule de cureton...

5. Que la police en arrive à se cacher derrière le bon vieux mensonge bien dégueulasse du viol simulé en dit plus long que n’importe quel acte d’accusation rédigé par un procureur en mal de reconnaissance. Vérité et Justice ?

6. Et c’est bien parce que ceux qui réclament « Vérité et Justice » ne s’adressent pas à l’État mais à eux-mêmes qu’ils ont commencé à cesser d’être gouvernables. Il s’agit là encore de ce basculement du politique vers l’éthique qui reste l’apanage de ceux qui ont constaté l’insupportable, qui ont refusé de baisser une fois de plus la tête et compris qu’il n’y avait définitivement plus rien à attendre d’une situation qui ne s’améliorera jamais.

7. Quand les mêmes chants sont repris de manifestations en manifestations, quand les mêmes mots, de la mort d’un activiste à celle d’un habitant des ghettos, se font entendre par des voix de plus en plus nombreuses et de plus en plus diverses, c’est que des rencontres ont eu lieu. Ainsi, malgré tout ce que le Pouvoir s’échine à construire comme barrières entre ses administrés, les idées circulent et démontrent ce qui aurait dû être depuis longtemps cette évidence : à des vécus communs répond un langage commun.

8. Il n’y a, de là, qu’un pas à franchir pour se rendre compte de l’évidence qui se présente ensuite : à ce langage commun doivent à présent correspondre des gestes communs.

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