Fin du plan froid à Lyon et alentours : la maltraitance reste la stratégie choisie pour vider les centres d’hébergement

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Courant avril, les centres d’hébergement d’urgence qui avaient ouvert pour le plan froid ont commencé à fermer. En quelques semaines, ce sont 9 centres, plus les hôtels, qui ont fermé mettant fin à l’hébergement de 830 personnes.
Plusieurs collectifs (le collectif Hébergement en Danger et Appel d’Air entre autres) ont essayé de suivre de près ces fermetures. Voici ce que nous avons pu observer ou connaitre. Nous sommes preneur-euses d’infos sur comment cela s’est passé sur d’autres sites et souhaitons dénoncer la politique de l’hébergement dans le Grand Lyon qui déshumanise et humilie !

Courant avril, les centres d’hébergement d’urgence qui avaient ouvert pour le plan froid ont commencé à fermer. En quelques semaines, ce sont 9 centres, plus les hôtels, qui ont fermé mettant fin à l’hébergement de 830 personnes.
Sur les 830 personnes hébergées dans le cadre du plan froid, 300 seulement continuent d’être hébergées de façon stable et pérenne car considérées comme “insérables”, et avec un accompagnement social. 330 personnes sont actuellement hébergées de façon temporaire sur critères de vulnérabilité (femmes enceintes, problèmes de santé sévères, enfants de moins de 1 an). Ces critères sont totalement arbitraires et ne prennent pas en compte les réels besoins des personnes, puisque par exemple, des enfants qui fêtaient leur un an quelques jours avant le 31 mars, se sont vus exclus de ce dispositif. 200 personnes n’ont pas eu de proposition et ont dû retourner vivre dehors, malgré l’obligation qu’ont les services de l’État de respecter l’inconditionnalité et la continuité de l’hébergement.

Dans un contexte où le nombre de places d’hébergement sur le Grand Lyon reste largement insuffisant, et ce de façon chronique, le plan froid est une gestion au thermomètre que nous dénonçons depuis toujours car elle ne respecte pas l’obligation de la continuité de la mise à l’abri pour toute personne en détresse. Cette année, les décideurs du secteur de l’hébergement (c’est à dire, la branche de la DRDJSCS – Direction Régionale et départementale de la Jeunesse, du Sport et de la Cohésion Sociale - qui était appelée auparavant la DDCS – Direction Départementale de la Cohésion Sociale-) ont passé un nouveau cap, faisant preuve d’un manque d’humanité inédit.
En effet, alors que certaines familles allaient être hébergées après le plan froid sur des places stables et d’autres remises à la rue, le choix a été fait de ne pas les informer de leur sort jusqu’à la dernière minute. La consigne était la suivante : tout le monde devait sortir des lieux qu’ils et elles avaient habités pendant plusieurs mois, et ensuite appeler le 115. Là elles auraient la réponse si elles allaient dormir dehors la nuit même ou pas. Interdiction pour les salarié-es des structures de les aider et d’appeler le 115 avec elles. Le résultat a été un état de panique et d’angoisse extrême et inutile pour des familles ; et l’impossibilité de s’organiser à l’avance pour celles qui n’ont pas eu de proposition à la sortie du plan froid. Tout cela dans le but de faire des expulsions sans bruit et éviter à tout prix que les personnes se révoltent et réclament leurs droits, de peur de perdre leur place d’hébergement potentielle.
Fort heureusement, dans certaines structures les travailleurs et travailleuses sociales ont pris le parti de ne pas respecter cette consigne absurde !

Voici les informations qu’on a pu recueillir sur la fermeture de deux sites gérés par l’Armée du Salut.

9 et 12 avril, expulsion des familles de la caserne Chabal (Saint Priest).

L’ex-caserne Chabal, devenue centre d’hébergement d’urgence (CHU) depuis l’automne 2017 et gérée par l’Armée du Salut, a accueilli de nombreuses familles pendant le plan froid. Il s’agissait d’un accueil dans des conditions indignes, dans un seul dortoir où les espaces étaient séparés par des draps. Des familles et leurs enfants ont vécu ainsi pendant plusieurs mois.
Le 9 avril, les familles du plan froid devaient sortir. Un rassemblement devant l’ex-caserne a été organisé par le collectif Hébergement en Danger pour les soutenir. Deux familles qui n’auraient eu aucune autre proposition (avec enfants et problèmes de santé) ont refusé de sortir, demandant à continuer à être hébergées.
L’Armée du Salut a décidé de jouer les gros bras plutôt que de suivre ce que la procédure impose, c’est-à dire, demander à un juge l’expulsion des familles. Le vendredi 12 avril à 6h30, alors que les deux familles avaient annoncé qu’elles seraient parties le lendemain, la directrice de l’Armée du Salut est arrivée à l’ancienne caserne accompagnée par quelqu’un de la Préfecture et 4 policiers de la Police aux Frontières (PAF). Les salarié-es du site n’ont rien pu faire car ils et elles arrivaient à 7h00.
Les familles ont été obligées de partir, et la PAF en a profité pour leur notifier une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). OQTF qui arrive comme une sanction et comme une intimidation pour toute prochaine tentative de résister à la machine de l’hébergement.
D’ailleurs, faire entrer la Police aux Frontières dans les centres d’hébergement devient presque une habitude pour l’Armée du Salut. Déjà en juin 2018, l’intervention de la PAF avait été le moyen choisi pour faire sortir des familles qui se maintenaient dans les lieux après la fin du plan froid. Sans mandat ni décision judiciaire, il s’agit bel et bien d’un choix porté par la Préfecture et par les dirigeants de l’Armée du Salut.

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24 avril, expulsion du site “Cemagref” (Lyon 9)

L’Armée du Salut expulsait ce mercredi 24 avril toutes les familles prises en charge dans le cadre du plan froid au 3 bis quai Chauveau. Les collectifs « Hébergement en Danger » et « Appel d’air » étaient présents à 7 heures pour soutenir les familles.
Ces dernières ont été sommées de quitter les lieux et d’appeler le 115 à partir de 10 heures. Il leur a été expliqué que certaines seraient prises en charges dans une nouvelle structure, sans plus d’informations. À 8 heures déjà, plusieurs familles attendaient sur le trottoir avec leurs valises. Les personnes présentes en soutien les ont aidées à appeler le 115, mais la consigne était claire : aucune information ne serait donnée aux familles avant 11 heures, même pas l’info si oui ou non elles allaient accéder à une autre place d’hébergement. Familles avec enfants, femmes enceintes, et bébés de moins de 1 an se sont ainsi retrouvé.es pendant plusieurs heures, dans une grande angoisse, ne sachant pas où ils dormiraient le soir même. De ce qu’on a pu savoir, une partie de celles-ci a eu une autre proposition. Au moins deux familles sont restées sans proposition, sous la pluie battante.

Le collectif « Hébergement en danger » dénonce le fonctionnement et la stratégie déshumanisante du dispositif Plan Froid. Les travailleurs et travailleuses sociales ne doivent pas devenir des agents au service de l’État et d’une politique discriminante !
Nous rappelons que le droit à un accueil inconditionnel et à ne pas être remis à la rue sont inscrits dans la loi (articles L345-2-2 et L345-2-3 du Code de l’Action Sociale et des Familles).

Un logement d’abord POUR TOUS et TOUTES !!!!

Le collectif "Hébergement en Danger"
hebergementendanger@protonmail.com

P.-S.

Pourquoi parle-t-on uniquement de familles dans ce texte ?? C’est parce que presque aucune place de plan froid n’était prévue pour des personnes isolées, en dehors des gymnases qui ont ouvert pendant quelques semaines lors des températures en dessous de zéro.

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  • Le 7 mai à 09:32, par bali

    « Au moins deux familles sont restées sans proposition, sous la pluie battante. »

    SORTIE SECHE SOUS PLUIE BATTANTE

    11h devant CEMAGREF quai Chauveau, deux familles sont abandonnées sous la pluie battante.
    Une des deux familles pousse un chariot, toute sa « maison » dedans..
    Une des femmes est enceinte de 3 mois, accompagnée d’une fillette de 2 ans qui pleure,
    dans l’autre famille, une des enfants, adolescente, est scolarisée au collège Jean de Verrazave, dans le 9e, un autre est handicapé... Après avoir échangé quelques mots et des habits de pluie -tout le monde grelotte- je pars en quête de solutions... Sans grand espoir ! Pendant ce temps, les 2 familles se réfugient sous l’abri bus.. A la suite d’un appel lancé, il n’y a pas de comité de soutien Jamais sans toit au collège..
    Les deux familles sont sous tente à Perrache et à la Part-Dieu.

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