L’école dégouline

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Parlons d’école, ou plutôt parlons de ce qui se meurt doucement à l’ombre de nos consciences endormies. Les débats autour de moi ne cessent de revenir à ce sujet obsédant qui semble porter toute la responsabilité du déficit de notre système actuel. Quand on parle de ce qui ne va plus, on en revient toujours à l’école. Pourquoi ? Et d’abord quand on parle d’école, on pense à quoi ? Boulot de pion et famille de profs obligent, je me suis fais une idée. Et sans attendre, je préviens ceux qui n’aiment pas les nihilistes : mon avis sur la question est plutôt négatif. Qu’ils n’aillent pas plus loin dans leur lecture, ils risqueraient de me laisser des commentaires incendiaires sur lesquels je répondraient par une rafale de mitrailleuse toute aussi radicale. Vous l’aurez compris, mon avis est fait !

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L’Ecole, telle que je l’entends, c’est une institution par laquelle s’effectue la transmission des savoirs. Si il fallait une institution pour que celle-ci s’effectue, c’est sans doute qu’en dehors d’un certain cadre, la transmission des savoirs se fait de façon relativement discriminatoire à l’égard des classes pauvres (déjà là, celui qui ne supporte pas la notion de classe doit se dire que je suis un marxiste et se demande s’il doit continuer de lire). Pourquoi ? Parce que la précarité, la nécessité, ne sont pas de bon vecteurs d’indépendance et ne permettent pas de se consacrer correctement à l’étude. L’égalité des chances, qu’on se le dise, ça n’existe que dans la tête des riches. L’Ecole n’est pas là pour donner une « égalité de chances », mais pour permettre à chacun, quel que soit son milieu, de recevoir un socle minimum de savoirs qui soit a peu près égal à celui de ses autres camarades du même âge, quel que soit leur milieu social d’origine. Mais les pauvres n’ont pas la vie facile et faire les devoirs à la maison demande souvent du caractère. L’égalité des chances serait sans doute possible si le riche donnait sa bibliothèque et son salon à l’enfant du pauvre pour travailler dans de meilleures conditions. N’en parlons plus, sinon ça risque de sonner « lutte des classes » et le propos n’est pas là.

Ce qui m’intéresse davantage, c’est de dresser le portrait de l’Ecole d’aujourd’hui. Ferry l’avait voulu laïque, gratuite et obligatoire. D’autres l’ont rendue mixte. De quoi réjouir le mauvais gaucho que je suis, mais pas un certain nombre d’autres : « laïque » ça dérangeait l’Eglise qui perdait son emprise sur la transmission des savoirs, « gratuite » ça dérangeait les riches qui vomissaient (et vomissent toujours, mais de manière plus élégante) sur la démocratisation de l’enseignement, « obligatoire » ça a fini par déranger les capitalistes libéraux qui se voyaient privés de leur main-d’oeuvre infantile envoyée sur les bancs de l’école. Mais tout s’est bien passé, puisque l’école, à défaut de transmettre des savoirs incitant à l’émancipation des individus, a su intégrer dans ses programmes un savant mélange de valeurs traditionnelles et républicaines, de morale et de soumission à l’ordre établi, qui font que les enfants qui sortent de l’école sont prêts et dispo pour s’adapter à la machine, au rouleau compresseur qu’on appelle poliment « monde du travail ».

Vous allez sans doute vous demander : de quelle école parle-t-il ? De celle d’autrefois ou de l’actuelle ? Et bien c’est la justement que je vais pouvoir placer mon négativisme, car il m’apparait désormais clair comme de l’eau de roche qu’après un bref moment d’espoir nous sommes retombés dans l’ancien schéma, agrémenté d’une sauce tout à fait nouvelle qui s’appelle « incompétence ». On va placer la rupture, et vous m’en excuserez sans doute, à mai 1968. Oui, il y a bien un avant 68 et un après 68. Avant, on peut dire que l’Ecole était rigide et autoritaire. Il suffit de regarder les photos de classe de l’ancien temps pour voir que sourire n’était pas de mise. Apprendre par coeur les départements français, les joies et avantages du capitalisme et de la colonisation, ne pas moufter sous peine de recevoir des coups de règle et de porter le bonnet d’âne, tout ça faisait partie de l’Ecole d’avant. Certains me rétorqueront sans doute « faux ! dans mon école c’était la petite maison dans la prairie », mais quand même globalement, l’Ecole de l’époque était du genre stricte (ordre et morale y étaient de rigueur). Puis il y a eu cette espèce de tornade pubertaire, ce cyclone estudiantin, cette grosse crise d’adolescence de la jeunesse privilégiée, sans doute suffisament touchée par les interdits, la pudibonderie traditionnelle, l’omerta familiale et le besoin d’égalitarisme, pour faire de la mixité dans les dortoirs leur cheval de bataille pour la révolution bobo en devenir. Et à partir de là, tout le monde s’est laché, estimant que l’ordre et la morale devaient laisser la place à une libération sexuelle et sociale, accompagnée de nudisme, de combats de rues et de principes durement marxistes pour réorganiser la société de l’usine jusqu’à l’Ecole. Plus question de se voir imposer les règles par en haut ! Tout à fait d’accord, mais pour moi c’est là que ça commence à merder... (peut-être parce que Marx a été laissé de côté une fois la tempête passée...)

Au même titre que les Lumières, à trop vouloir l’abolition des contraintes, ont engendré sur le siècle qui les a suivi le néo, puis le méga-ultra-archi-libéralisme, les révoltés de 68 ont provoqué dans notre système éducatif l’essor formidable de la démagogie, puis de l’inconséquence, voire de l’incompétence. Que dans les usines, les rapports hiérarchiques soient mis à plat, que l’ouvrier participe à l’organisation de son usine, etc., c’est une très bonne chose. Que dans les écoles on abandonne l’enseignement de la morale et de l’ordre, c’est aussi une très bonne chose. Mais que le rapport enseignant / élève soit progressivement remis à plat, qu’on décrête que l’apprentissage de tête est aliénant, que l’élève doit « apprendre de façon ludique » et qu’il faut adapter les programmes en fonction des difficultés rencontrées par les élèves les moins bons, alors là vraiment pas ! Et même si les principes n’ont jamais été posés de cette façon, c’est ce qui est entré peu à peu dans les habitudes, aussi bien de la population que des élites. A trop user de pédagogie à défaut d’apprentissage, les élèves ont progressivement vus leurs connaissances s’alléger à mesure que les programmes eux-mêmes ont été allégés. Si l’on demande à l’élève de choisir ce qu’il veut apprendre, voila ce qu’il se produit. Plus les résultats sont mauvais, plus on allège les programmes. Et j’irai même plus loin : plus le cerveau des élèves se vide, plus l’école devient une jungle, et plus la tenue d’un cours devient impossible. D’année en année, l’Ecole s’est transformée en garderie, ou le prof devient la cible des parents d’élèves, le responsable de tous les maux, la bête à abattre. Et si ne plus savoir ses multiplications ou la conjugaison des verbes, ça n’empêche plus l’élève d’entrer au lycée, c’est aussi la faute aux profs. Méchants profs !

« De toute façon, l’Ecole ça sert à rien ! Ca ne forme même pas au monde du travail ! » La phrase est lâchée... Devant l’incurie du système éducatif, tout ce que trouvent à répondre les couches-culottes qui nous dirigent, c’est de supprimer des postes de profs, de réduire les moyens, d’alléger encore les programmes, d’autoriser le travail à 14 ans (les stages, c’est du travail pas payé, et rien d’autre), d’instaurer des cours d’informatique dés le primaire et de beugler à tout va qu’il faut préparer davantage les enfants au monde du travail... « Fuyez l’Ecole Publique, fuyez tant qu’il est encore temps ! » semblent crier les grassouillets de l’Assemblée, « Tous au privé ! ». Là, on vous enseigne l’histoire des religions, la morale républicaine, la discipline, l’écriture de CV et Lettres de motivation, que du bonheur ! C’est ça le vrai savoir ! Et pour ce qui est de l’Ecole publique, mieux qu’à l’époque ou les pauvres n’allaient pas à l’Ecole, on a désormais trouvé le moyen de les y envoyer juste le temps de leur apprendre comment être corvéable à merci et avec le sourire. Et tant que l’Ecole publique existe, pour ce qui est des lacunes scolaires, pas de soucis, puisque Acadomia, Complétude, Keepschool, Kelprof ou autres Stoody sont là pour ratrapper tout le boulot que les mauvais et méchants profs ne font pas. Pour qui peut payer...

Et là je deviens médisant : en rejetant de plus en plus de monde en dehors du système scolaire public, les pauvres vers l’usine (appelez ça « apprentissage » si le terme vous réconforte) et les riches vers le privé, tout en favorisant la mise en place de cours à domicile, c’est à dire ni plus ni moins d’une école parallèle, libérale et payante, n’y a-t-il pas une volonté réelle de saborder l’Ecole Publique ? Qu’on ne se trompe pas, Jules Ferry se retourne déjà dans sa tombe ! Et ce n’est pas prêt de se terminer, car nous assistons à une terrible descente aux enfers de l’Enseignement public, que ce soit au niveau du savoir transmis ou des comportements d’élèves. Tout foutra le camps, parole de pion ! (et vous savez quoi, je m’en réjouis presque, vu l’état d’immobilisme dans lequel nous sommes réduits).

Bien à vous,

http://www.dissidence-nordiste.org/article-21342723.html

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  • Le 31 juillet 2008 à 23:58, par lyonmoins

    Merci d’avoir répondu. Je pense comme toi que l’écrit, ainsi que toutes les aptitudes valorisées par l’Ecole, sont un produit de la classe dominante. Pour autant, je crois que ce n’est pas l’objet qui doit être critiqué et combattu mais sa fonction sociale de domination, dit autrement : volons cette belle arme à l’« ennemi ». Sur l’idée d’une Ecole où l’élève choisirait librement, selon ses goûts et curiosités, les « matières » (savoirs, savoir-faire, savoir-être) qu’il souhaite étudier, sans que cela lui soit imposé par la force,dans une autonomie totale, eh bien cette idée me dérange. Car les goûts sont par nature sociaux, ce sont des préférences de classe. Tous les enfants n’ont en effet pas les mêmes intérêts, mais leurs goûts et curiosités sont en réalité les dispositions valorisées dans leur classe sociale. Alors une Ecole qui n’imposerait rien uniformément et laisserait aux enfants le choix de leur apprentissage, ce serait une Ecole toute aussi conservatrice socialement que celle d’aujourd’hui. La petite amélioration serait sans doute une moins grande frustration des classes dominées face à l’échec scolaire, puisque les compétences attendues de l’élève seraient celles déjà apprises dans la famille, d’où une moins grand décalage, comme c’est le cas en fait aujourd’hui pour les classes dominantes. Et à propos de la poésie que tu sembles tant regrettée, serait-elle plus accessible à l’enfant d’ouvrier dans une Ecole « libre » ? Je travaille cet été en intérim dans une usine, j’écoute, j’observe, et je sympathise avec certains ouvriers. Il est indéniable que tout ce qui se rapporte aux lettres est dévalorisé, ou plutôt associé au féminin, et l’homme aux goûts féminins est dévalorisé, déprécié, moqué. Au final, cette idée d’Ecole « à la carte » va dans le sens de la bourgeoisie et son idée de séparation manuel/intellectuel : bobos intellos, prolos manars et tout le monde il est beau. Et là inévitablement il faut conclure en disant : pas de vraie réforme de l’Ecole possible sans renversement du système dans sa globalité. ps : oui mon raisonnement ne tient plus si on adhère pas au postulat du conditionnement social à la Bourdieu ! julien

  • Le 31 juillet 2008 à 16:20, par fab

    Toutefois, intéresse toi au slam si tu recherches la forme de la poésie contempraine. Je te garantis de bonnes surprises.
    Sur l’Ecole, moi j’vais vous dire, je la déteste. Non pas que cela ne soit pas idéalement quelque chose de bien si l’on en considère l’esprit égalitaire, mais plus par sa finalité, se trouvant aux antipodes de l’acception propre de celle-ci ; à mon sens.
    Aujourd’hui, je suis étudiant (depuis toujours en fait j’ai 24 ans) et autour de moi : le désastre. Que des bourgeois. L’aristocratie nous domine, et l’Ecole Publique se réduit pour l’essentiel de la population, en un vecteur conduisant nos générations en espèces tristement cultivées (pas de savoir-faire ni savoir-être), me laissant songeurs quant à ses liens éventuels avec Huxley et son meilleur des mondes.
    Bref, pour faire court, étant actuellement au boulot (si je puis dire, car en stage, donc sous-payé et presque sous-traité (...) ) je ne peux donc guère m’étendre... Donc, l’Ecole est une illusion de plus quant à l’égalité des chances, une illusion de plus quant à la façon de s’enrichir (intélectuellement parlant bien sûr), une illusion de plus quant à la façon de considérer nos semblables (car discriminatoire, violente). L’Ecole fait partie de la matrice et nous sommes inéluctablement soumis à ses déboires. ( ...à leurs déboires ?)
    A moins que...
    nextbfa@hotmail.com

  • Le 31 juillet 2008 à 15:33, par fab

    Tu déchires totof, merci de ton point de vue agnostique à souhait.

  • Le 30 juillet 2008 à 23:02

    salut,

    je suppose que ton commentaire s’adresse à moi. Tu mets le doigt sur quelque chose de très important. C’est marrant parce que ce n’est pas la première fois qu’on me questionne là dessus. Je ne sais pas trop par où commencer et en plus, je n’ai pas vraiment envie de trop en dire sur moi. En même temps, mon cas est typique d’un destin moderne et permettra d’aller un peu plus loin peut-être sur le thème de l’école donc, je vais quand même en dire un peu.

    Ma famille est acculturée (c’est-à-dire urbanisée) depuis le début du XX siècle. Grand-père cheminot, grand-mère au jardin (donc des prolos). Mon père a un CAP (premier diplôme de la famille il me semble. Premier vrai élément d’embourgeoisement dans la famille), ma mère aucun diplôme. Ils ont cru en l’école et m’ont poussé contre mon gré. J’ai un bac+5. Par mon intermédiaire, le processus d’embourgeoisement de la société s’est donc poursuivi dans ma famille. J’ai donc été obligé d’assimiler le savoir des dominants que distille l’école. J’ai été taillé pour faire des boulots de bureau alors que je n’avais rien demandé. je me retrouve ainsi investi d’un savoir hétéronome (c’est-à-dire l’inverse de l’autonomie) et pour survivre, je n’ai donc eu d’autres choix que de rentrer dans le salariat (un certain temps. Révolu pour le moment...). Je vis donc et réfléchis comme un petit-bourgeois (précarisé car c’est la condition des petits-bourgeois dans le nouvel ordre). C’est un point important. Je, nous, réfléchissons comme des petits-bourgeois, comme des bourgeois en petit.

    Ainsi, le lexique du savoir académique, en d’autres termes l’écrit, s’est imposé à nous par l’intermédiaire de l’école. Or, comme tu l’indiques, l’écrit a toujours été du coté des empires et des dominants : c’est un fait historique. Nous parlons donc, grosso modo, comme des livres. Nous sommes imbibés d’un savoir qui n’est pas le nôtre mais qui est issu d’un rapport social de domination dans les sociétés de classes occidentales. Ce savoir a la prétention d’analyser le réel, dans la droite lignée de la théorie platonicienne dite des « formes » : il faut analyser le réel pour en trouver la forme idéale (comme si il en existait une). C’est une fumisterie qui est à la base de la domination de classe en Occident. Nous nous retrouvons donc à parler comme ceux qui nous dominent et, comme eux nous faisaient, et nous font toujours, croire qu’ils connaissent le « plan » de l’univers, nous avons l’immodestie de rendre dicible le réel. Or c’est une impossibilité, une folie. L’école, en tant qu’élément majeur d’embourgeoisement, est donc un lieu d’inculture. Par conséquent, nous arrivons au crépuscule de la poésie. La poésie, elle, poussait les mots et les choses aux frontières du réel en ayant la modestie de ne justement pas tout mettre en mot, de ne pas tout dire, de laisser une marge pour les mystères. La sensibilité poétique est désormais morte en nous. C’est ce que je ressens très fort pour moi, mes contemporains, comme pour mon, notre, époque. C’est en cela que le système est total désormais, plus total que jamais dans l’histoire.

    Donc, pour en revenir à moi (et à ton paradoxe), je suis effectivement un produit de mon époque et je maîtrise (plus ou moins...) bien les règles écrites. Là où je veux en venir, c’est que ce n’est pas parce que je, nous, sommes le produit du système qui nous aliène que nous devons en abandonner la critique. Ce serait trop beau pour ceux qui nous dominent. C’est ainsi que je répondrais au paradoxe que tu repères. Et, le programme que je proposerais aux intellectuels aujourd’hui, ce serait d’essayer de rénover la sensibilité poétique. Mais cela n’est pas possible consciemment. La tâche des intellectuels de notre époque est donc de saper les fondements de la pensée moderne (en réalité platonicienne) tout en faisant preuve de courage physique (ce point me semble de la plus haute importance car il n’y a plus de courage physique chez nous. C’est très grave. Nous sommes des lâches. Là encore, mes yeux se tournent vers l’école pour trouver une explication à ça) face aux menaces qui vont peser sur ceux qui feront ce travail sérieusement. Car l’enfermement est la caractéristique de notre époque. Enfin, je ne résiste pas au plaisir de mettre ce texte de Ferré.

    tchao

    Totof

  • Le 30 juillet 2008 à 18:56, par Lyonmoins

    Tu maîtrises parfaitement l’orthographe, qui est pourtant l’instrument de domination de la bourgeoisie le plus excluant et discriminant, une vraie « violence symbolique » pour Bourdieu. J’ai une question personnelle à te poser : de quel « milieu », ou classe, sociale viens-tu et appartiens-tu désormais ? Je trouve dommage que ceux qui mobilisent une analyse classiste de la société, ne prennent pas la peine de se situer eux-même dans leur catégorisation. Parce qu’il n’existe pas de vérité universelle, l’origine sociale d’un auteur nous en dit beaucoup sur les idées qu’il défend- ou pas. Pour me recentrer un peu (tu me reprocheras pas d’avoir un propos décousu, étant donné que l’ « art » de l’argumentation est une compétence « bourgeoise »), je trouve paradoxal que tu maîtrises tous les codes « bourgeois » véhiculés par l’école républicaine alors que tu les critiques violemment. N’y vois pas une attaque ad hominem, c’est juste de la curiosité. Tout comme j’ai toujours été étonné que Bourdieu soit le propre contre-exemple de sa théorie de la reproduction sociale par l’école.

    pas si anti-bourgeois que ça

  • Le 27 juillet 2008 à 10:55

    salut,

    Mince alors, me voilà (psych)analysé ! Dur là... Dur dur... Bon, c’est pas parce que ton analyse de ma psyché est du même niveau intellectuel que les arguments de ton texte que je vais me moquer cette fois. J’ai bien compris la leçon. Trop dur la prise de conscience de ma névrose...

    Bon, tu utilises des mots très forts ! "Cracher à la gueule", etc. !! Ou quand tu dis "Quant à tes dernières remarques sous-entendant que tu as lu des auteurs que je n’ai pas lu" Ben oui, pour affirmer que tu n’as pas lu les auteurs dont tu parles, il a fallu que je les lise. Comment voulais-tu que je fasse autrement ?

    Bon, alors je récapitule.

    Tu nous ponds un texte complètement réac. Et ça ne te plaît pas quand on te le dit. Ainsi, tu râles parce que je ne mets pas suffisamment en exergue le "tout à fait d’accord" d’une phrase qui dit une chose et son contraire. Je regarde alors, plein de doutes, ton texte et je vois qu’entre les deux positions, ton coeur ne balance pas longtemps :

    "A trop user de pédagogie à défaut d’apprentissage, les élèves ont progressivement vus leurs connaissances s’alléger à mesure que les programmes eux-mêmes ont été allégés. Si l’on demande à l’élève de choisir ce qu’il veut apprendre, voila ce qu’il se produit."

    Voilà, ça c’est une position réac qui confirme bien ce que j’affirmais dans mon précédent commentaire. Je suis contre la pédagogie en général (la science de l’apprentissage , la pédagogie, nous fait croire que l’esprit est une structure dicible dont on a compris les mécanismes et sur laquelle il est possible de travailler) mais par contre, critiquer le fait de choisir ce que l’on désir apprendre... Là, je ne peux pas être d’accord. Brillante analyse que la tienne, vraiment, constituée des éléments réac les plus standardisés de la petite-bourgeoisie qui voit l’ordre social qui la nourrissait s’écrouler et développe alors une adoration de l’ordre tout court. Quand je lis ton texte, il ne me semble pas que je te fais dire autre chose que ce que tu dis quand je mets en exergue le passage où tu écris que c’est par là que ça "commence à merder". Mais tu n’es pas content parce qu’on te dit ce que tu ne voudrais pas entendre.

    Mais tu ne t’arrêtes pas là puisque tu essayes de convoquer des auteurs que tu n’as pas lu (genre « peut-être parce que Marx a été laissé de côté une fois la tempête passée... »), et sous l’apparence de l’érudition, apparence qui ne doit pas tromper grand monde à mon avis, tu fais passer tes préjugés de classe. Et en plus, tu n’es pas content quand on te le dit. Vraiment, mec, tu ne manques pas d’air. Tu devrais plutôt écrire sur des sites où il n’y a pas de commentaires ou sur le Figaro.fr. Ceci dit, c’est bien que des textes de ce calibre apparaissent sur Rébellyon.

    Donc pour récapituler, tout n’est pas affaire de forme, collègue : tu dis que ton texte est maladroit. Moi, je te dis que le fond est réac. Sous l’apparence de l’érudition, tu fais passer tes préjugés de classe. Note d’ailleurs que tu utilises un savoir moyen typique des individus scolarisés. Tu es finalement à ton corps défendant, un bon archétype de la déchéance de la connaissance à notre époque. C’est le principal apport de ton texte.

    bon courage

    Totof

  • Le 26 juillet 2008 à 01:17, par Eunous

    Quand la contradiction fait preuve de mépris, je ne prend plus la peine de répondre. Je ne veux pas passer mon temps à argumenter face aux aigris...

    Avec tes « tartes à la crème », tu ne cherches pas à comprendre, mais tu imposes toi-même ton point de vue.

    Quand je dis : « Plus question de se voir imposer les règles par en haut ! Tout à fait d’accord, mais pour moi c’est là que ça commence à merder... », le « tout a fait d’accord » signifie que je suis « d’accord », alors évite de me cracher dessus trop vite.

    Quant à tes dernières remarques sous-entendant que tu as lu des auteurs que je n’ai pas lu, gardes les pour satisfaire ton égo surdimensionné.

    Tu vas sans doute penser que je me défile, mais non, j’évite simplement de perdre mon temps à discuter avec des gens qui me crachent à la gueule. Réapprend le respect de l’autre avant de prétendre le changer...

    C’est dommage, parce que j’étais plutôt ouvert à tes arguments, qui me semblent tout a fait raisonnables et auquel j’adhère en grande partie. Mon texte est maladroit, ton commentaire l’est encore plus.

  • Le 25 juillet 2008 à 13:40

    On doit avoir une divergence de points de vue au départ. Pour toi, la domination économique implique domination sociale, culturelle, etc. pour moi c’est l’inverse. Bref. Toujours est-il que je persiste dans l’idée qu’avoir une bibliothèque chez soi ou un endroit calme pour travailler n’est pas la clef du problème. Là je te renvoie à Tableaux de familles, de Lahire : l’objet livre ne sert à rien s’il est pas accompagné d’une légitimation symbolique dans la famille. Dico, encyclopédies ou autres ont peu de chance d’être profitables au gamin si les parents sont incapables de s’en servir eux mêmes. J’ai pas appris à lire et écrire avec Sartre ou Kafka mais avec mes parents, en chair et en os, qui me lisaient des histoires, m’incitaient à lire les étiquettes des pots de mayo, me laissaient des mots quand ils partaient, pouvaient m’aider quand j’avais pas compris qqch à l’école, etc. Si tes parents ne sont pas en mesure de faire ça, avoir tous les bouquins de la terre chez toi ou Chambord comme pièce de travail ne te servira à rien.

  • Le 25 juillet 2008 à 00:08

    salut,
    hum... Tu nous mets l’eau à la bouche dans ton intro mais finalement, l’est pas très radical ton texte.

    Tout d’abord, tu parles comme si il y avait LE savoir, un savoir plus haut que les autres, celui des livres et des musées. Il ne s’agit en réalité que du savoir dominant, qui n’a rien de plus haut que les trésors de connaissances que les peuples ont développé en toute autonomie, c’est-à-dire bien loin de l’école et des institutions bourgeoises. Tu crois que quand les gens n’allaient pas à l’école, ils étaient ignorants. A mon humble avis, rien n’est plus faux que ça et je dirais même que je pense que c’est un des mythes que véhicule l’école.

    Au contraire, l’ignorance et la barbarie passe une vitesse quand l’école enferme les enfants en affirmant que l’apprentissage se fait en un lieu déterminé et à heures fixes. Un peu comme si on avait un récipient vide qu’il fallait remplir chaque jour de la même manière.

    Raoul Vaneigem écrivait dans « avertissement aux écoliers et lycéens » : « une école où la vie s’ennuie n’enseigne que la barbarie ».

    L’énorme corpus de connaissance que nous saccageons depuis deux siècles a été produit par des milliers de générations avant nous, générations qui n’étaient pas scolarisées, évidemment. La vie était un lieu d’apprentissage autrement plus joyeux que l’ordre disciplinaire, que tu sembles apprécier, qui règne et règnera toujours dans l’école.

    Tu écris :

    « »gratuite« ça dérangeait les riches qui vomissaient (et vomissent toujours, mais de manière plus élégante) sur la démocratisation de l’enseignement »

    C’est faux, je te renvoie à un bon documentaire de Jean-Michel Carré qui s’appelle « histoire d’enfance » et qui montre que l’école a été un élément de domestication de l’humain par la bourgeoisie qui l’a rendu obligatoire pour mieux adapter le cheptel au système productif.
    Tu parles de démocratisation de l’enseignement. Tu y crois vraiment à cette tarte à la crème ? Question annexe mais quand même liée à la précédente : crois-tu que nous sommes en démocratie ?

    Après tu écris :

    « Plus question de se voir imposer les règles par en haut ! Tout à fait d’accord, mais pour moi c’est là que ça commence à merder... »

    Alors là, je te trouve radical mais en faveur du système. C’est bien d’imposer les règles par en haut ? Tu crois que l’individu est plus apte à apprendre quand il est dominé ?

    Bon, la représentation qui se dégage de la façon dont tu parles des Lumières est aussi une tarte à la crème. Les Lumières auraient trop voulu abolir les contraintes ? Diable, un bon conseil, lis les auteurs avant d’en parler. Les philosophes des Lumières étaient les valets des maîtres de la société d’alors. C’est comme Marx d’ailleurs : lis le avant d’essayer de savoir si tu es marxiste ou non.

    Et puis, dernière tarte à la crème, mais pas la moindre, tu as l’air de bien aimer Jules Ferry. Renseigne toi sur ce mec. C’était une ordure qui détestait le peuple : l’école républicaine a toujours été à son image.

    Et puis tiens, lis ça aussi quand tu auras fini de lire Marx : tu peux le télécharger gratos.

    tchao

    Totof

  • Le 24 juillet 2008 à 03:28

    A mon avis ce qui est déterminant c’est moins « l’allégement » des connaissances des élèves que le fait que l’école n’apprend pas à apprendre tout simplement, que sous couvert d’autonomie et d’esprit d’initiative on laisse les élèves se débrouiller devant leur exercice sans leur enseigner clairement comment en extraire le savoir, que la reluisante conception de l’élève comme être social amène les profs à faire d’incessantes références au concret ou au vécu des élèves sans être explicite sur ce qu’on leur demande et les moyens d’y parvenir, ce qui au final enferme les élèves dans le registre cognitif qui leur est familier alors que justement l’école demande de s’en détacher, et qu’au final le bel étendard de la différentiation pédagogique amène les profs à cantonner chaque élève dans son propre registre abandonnant ainsi toute ambition pour ceux qui galèrent quand il ne s’agit pas de légitimer par les faits la fumeuse théorie du handicap socio-culturel. L’élève au centre c’est beau ça fait rêver mais au final ça n’a fait qu’importer dans la salle de classe le cloisonnement institutionnel entre classes sociales qu’on a voulu supprimer par les réformes, ce qui est encore plus insidieux. Le pire, c’est qu’aujourd’hui la majorité des profs ne se rendent même pas compte de l’effet reproducteur de la pédagogie qu’ils pratiquent.

  • Le 24 juillet 2008 à 02:17, par Eunous

    J’envisageais davantage les conditions de travail d’un point de vue « tranquillité » et « accès au savoir ». Sans être marxiste, je pense que l’accès aux livres est donné essentiellement à ceux qui ont les moyens (cette fois-ci effectivement économiques) de se constituer une bibliothèque. Vous avez vous-même la chance de pouvoir faire référence à des auteurs, sans doute parce que vous avez pu accéder à une bibliothèque ou avoir entre les mains des ouvrages (peut-être je me trompe). J’irai plus loin que vous en disant que la domination économique implique la domination sociale, du fait même qu’elle conditionne les dispositions culturelles, le rapport au langage, au savoir, etc. Ce que les parents sont en mesure de transmettre à leurs enfants est hélas largement conditionné par leur condition matérielle...

    Mais je ne réfute pas totalement l’argument. Je pense effectivement que l’analyse marxiste est trop ancrée dans sa vision matérialiste des rapports sociaux...

  • Le 23 juillet 2008 à 22:57

    « L’égalité des chances serait sans doute possible si le riche donnait sa bibliothèque et son salon à l’enfant du pauvre pour travailler dans de meilleures conditions. »

    Ah oui ? De la même manière que la gratuité des musées a décuplé la fréquentation des salles d’expo par les ouvriers ? Tout ceci est un mythe – et une belle illustration des travers de l’analyse marxiste : la domination sociale n’est pas que la domination économique. C’est plus ce que les parents transmettent à leurs enfants (niveau dispositions culturelles, rapport au langage, au savoir etc.) qui joue que le prétendu ancrage des pauvres dans le besoin économique. Voir Bourdieu, Lahire et consort là dessus, ils le disent beaucoup mieux que moi.

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