La lutte des intermittent-e-s du spectacle

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C’est après une énième remise en question de leur statut que les intermittent-e-s du spectacle ont été obligé-e-s de reprendre la lutte (au bout de 507 heures travaillées, ils et elles peuvent toucher les Assedic pour le reste de l’année). En effet régulièrement depuis 10 ans, le MÉDEF et consort, arguant du fait que ce statut coûte cher à l’UNÉDIC, tentent de le restreindre voir de le supprimer. La mobilisation a commencée en octobre 2002 suite à une assemblée générale convoquée par la CGT.

Au terme de celle-ci sera décidé : la tenue régulière d’AG, et une série d’actions plan-plan ne répondant que très partiellement aux attentes des intermittent-e-s (style : occupation des Assedic, de la DDTE, intervention lors de la venue de Luc Ferry sur l’enseignement artistique, etc.). Un des thèmes récurrents au cours des discussions d’AG, est l’importance de la communication auprès non seulement du public, mais aussi de tous les gens pour qu’ils et elles comprennent d’une part l’importance de la lutte (le statut est indispensable à la vie de la diversité culturelle, puisqu’il permet de vivre à de petites structures indépendantes ou des troupes qui ne travaillent pas toute l’année), d’autre part que les intermittent-e-s sont en général loin d’être des privilégié-e-s (si l’on pense aux répétitions et aux castings, qui ne sont pas rémunérés, ou aux contraintes de recherche d’emploi).

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Il est important de noter que les AG sont entièrement sous contrôle de la CGT ce qui interdit toute démocratie directe et toute autogestion de la lutte (un cégétiste lâchera que l’assemblée n’a qu’un rôle consultatif). En monopolisant la parole le plus possible, en choisissant l’orientation des discussions et en faisant taire ceux qui ont quelque chose de différent à dire, ils empêchent toute velléité d’expression libre de la base et toute volonté de mener des actions plus radicales. La majorité des personnes adopte face à ça une attitude suiviste, estimant nécessaire la prise de contrôle par un syndicat pour éviter le chaos.

En outre la CGT étant à l’origine du mouvement, il est « normal » qu’elle prenne les décisions. Malgré tout, suite au mécontentement et à une contestation de plus en plus forte (grâce au travail de certain-es militant-es) la CGT consentira à lâcher du lest démocratique à travers la création de commissions de travail mandatées par l’AG (commission de mise en place des actions, d’intervention sur les théâtres, etc). Mais ces commissions doivent rendre des comptes à un comité de liaison dirigé par la CGT qui peut amender voire changer leurs propositions avant L’AG !!

De
nombreuses personnes évoqueront l’envie et le besoin d’élargir la lutte en direction d’autres secteurs (archéologues, MI/SE, chômeurs, etc.), pour créer un mouvement de contestation globale contre les attaques libérales. Mais un sentiment très fort de corporatisme relayé par la CGT empêche toute action dans ce sens. Suite aux pressions de la base de plus en plus énervée, la CGT consentira à monter le ton, ce qui aboutira à une semaine d’action mi-décembre, les négociations étant prévues à ce moment-là (intervention à l’élection de miss France, au GIL, au Conseil Régional, aux Assedic, auprès des théâtres, etc.).

Passées les fêtes de fin d’année, des actions sporadiques reprendront : occupation de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) , manifestation avec les archéologues (!) lors de la venue du ministre de la culture. L’idée d’une journée de grève, grande première dans le monde des intermittent-e-s, étant de plus en plus mise en avant dans les AG un peu partout en France, la CGT finira par déposer un préavis pour le 25 février !

Cette journée (qui sera bien suivie) avait pour objectif de faire pression sur le gouvernement lors de la remise au ministre d’un rapport très défavorable de l’IGASS (inspection générale des affaires sociales et sanitaires), et d’exiger l’ouverture de négociations sur nos bases (accord Fesac) le plus rapidement. Depuis ce jour rien de nouveau, le mouvement est complètement retombé. Les intermittent-e-s attendent gentiment de savoir à quelle sauce ils et elles seront mangé-e-s, décision au début de l’été).

Matthias

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