La sauvagerie du Gilet Jaune

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Gilets Jaunes

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, les pouvoirs publics, les médias dominants et leurs commentateur·trice·s semblent comprendre et lire ces évènements comme désorganisés, pas suffisamment structurés et issus d’une colère illégitime.
Ou comment les analyses sont une fois de plus révélatrices du mépris de classe.

Depuis le début, un écho lancinant, relayé inconditionnellement par tous les médias pour le plus grand plaisir d’une classe dominante qui vient y puiser les justifications spécieuses de son mépris, cet écho lancinant vient dépeindre le mouvement des gilets jaunes comme un agrégat de volontés égoïstes et comme l’expression de la rage imbécile d’une classe sociale qui n’aurait ni les moyens, ni donc la légitimité, d’exprimer ses souffrances et ses aspirations.
Ces cortèges qu’on annonce moribonds toutes les semaines sont pourtant non seulement pleins de vie, de désir et de force, mais aussi remplis de cultures politiques diverses et d’opinions qui dépassent de loin en complexité, une grogne, légitime par ailleurs, sur le prix de l’essence à la pompe.
C’est une stratégie bien éprouvée et une lecture facile que d’imaginer le peuple se révolter pour le prix du pain. Le peuple, cette masse informe et sans culture qui se satisfait des réponses immédiates à ses besoins primaires et qui n’aurait comme capacité à s’insurger que l’exigence d’un confort minimal et de l’accès à un divertissement lénifiant pour oublier la misère de sa condition.
Ces raisons sont toutes motrices de revendications, mais ce que les figures de la domination sont dans l’impossibilité de concevoir, c’est que ce peuple qu’il réduit à un état de conscience animale peut se lever pour des motivations morales qui dépassent son intérêt individuel. On peut concevoir et désirer une idée de la justice, s’en faire une représentation sans pour autant avoir disserté à ce propos à l’oral d’entrée de l’E.N.A.
C’est ainsi que des idées supérieures et profondément politiques, a priori inaccessibles à ce ramassis de poujadistes avinés et de casseurs antisociaux, ennemis de la démocratie, traversent la diversité des individualités qui se réunissent semaine après semaine pour entretenir ce mouvement.

Pour les classes dominantes, le gilet jaune est analphabète, on doute même parfois qu’il puisse accéder à la compréhension des slogans qu’il scande, on ne peut l’imaginer autrement qu’animé de jalousie envers les méritants, et on lui souhaite que le temps lui apporte un peu de sagesse.
Finalement, peut-être plus que par simple désir de manipulation de l’opinion, le pouvoir en place et ses thuriféraires ne s’échinent-ils pas à voir dans ce mouvement qu’un groupuscule émeutier que parce qu’ils sont dans l’incapacité de se représenter cette idée de peuple autrement que comme une substance malléable et dénuée de conscience, que l’ordre naturel ou la méritocratie a placée là, au service des intérêts de ceux qui la dominent ?
Le mépris qui habite viscéralement les classes supérieures vis-à-vis de tous ceux qu’ils dominent vient réduire insidieusement le manifestant au Barbare, à cet être dénué de langage et qui n’appartient pas à la Cité car il n’en a ni les codes, ni les usages ; à qui ne pourrait donc bénéficier la justice ni le droit. Le Pouvoir n’est donc pas seulement sourd à cette colère qui gronde, elle représente pour lui un mystère insondable et une figure que sa compréhension sociale et que les valeurs logiques et morales de son langage sont dans l’incapacité d’envisager.
D’ailleurs, mis à part à part afin de profiter d’une météo clémente pour déambuler dans les belles avenues qu’offrent nos villes, qui peut vraiment comprendre qu’on puisse encore vouloir se révolter face à la magnanime promesse d’une augmentation mirobolante du salaire minimum ?

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