Le CPE, l’entêtement du gouvernement et la criminalisation du mouvement : le point de non-retour

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CPE/LEC/2006

Pour Cyril ! Pour Stéphane ! Et pour tous les autres !

Nous ne lâcherons pas !

Empreint de gravité, « J.Chirac a assuré avoir entendu les inquiétudes qui s’expriment chez de nombreux jeunes et chez leurs parents ».
« Dans une déclaration solennelle radiotélévisée, il a promulgé la loi sur l’égalité des chances, instaurant le CPE ».

Et dans son extrême solennité, il leur a envoyé quinze mille policiers et gendarmes mobilisés pour protéger « des lieux symboliques comme l’Elysée, l’Assemblée nationale ou les grands ministères, qui pourraient cette fois être pris pour cibles par les casseurs », , et, attendre de pied ferme, les milliers « d’irréductibles », « les enragés », « l’extrême gauche », « les anars », « et les casseurs des cités aussi, à l’affût, même si se fondant sur le calme relatif dans les banlieues ».

« Punir les voyous »

« L’Elysée estime que cette nouvelle posture »crée les conditions d’un apaisement« et que Chirac »ouvre une porte aux partenaires sociaux, aux étudiants et aux lycéens pour en discuter des modalité des modifications annoncées".
« Parce que le Conseil constitutionnel l’a jugée »en tous points conforme aux principes et aux valeurs de la République« , et parce que »le CPE peut être un instrument efficace pour l’emploi« . »
Alors, faudrait pas poussée mémé dans les orties.

« Le CPE : un instrument efficace »

Lynchages ! Répression ! Arrestations ! Totalitarisme !

« Conforme aux principes et aux valeurs de la République »

On en a de la chance ! « Rappelant que la Constitution lui donnait »la mission« de dénouer la situation en étant juste et raisonnable », Chirac, le messie, a daigné « ouvrir une porte ».
« Juste » et « raisonnable ». Circonspection et conformité. Modération et prudence.
« Une décision de sagesse conforme à ce que l’immense majorité des parlementaires de l’UMP souhaitait ».
Traduction : se soumettre aux opinions des dominants, agir selon « le contexte économique », « l’immense majorité » c’est eux, et ceux qui refusent, se verront harcelés, humiliés, violentés, forcés à marcher au pas, incarcérés dans le travail, les prisons, les hôpitaux, les asiles psychiatriques, les charters et les cimetières. Se conformer aux « coutumes » du gouvernement, signifie clairement : « tiens, prends su-sucre, et cou-couche-panier ! »M. Chirac a cependant reconnu que « le dialogue n’a pu aboutir », et il a déploré les « actes de violence et dégradations innacceptables » lors des manifestations anti CPE".
C’est vrai ça, soyons pragmatiques, faudrait surtout pas endommager les jolis accessoires des CRS, casseurs de (fortes) têtes de manifestants, parce que « les mesures envisagées par le président de la République permettront de trouver le juste équilibre entre les souplesses indispensables au développement de l’emploi et l’aspiration des jeunes à bénéficier de conditions d’embauche rassurantes ».(MEDEF)
C’est rassurant de savoir pourquoi on est viré.

Pretexte à la criminalisation du mouvement

« les manifestants : de violents provocateurs professionnels bien décidés à en découdre avec la Police et l’Etat en général »

Sarkozy, qui « ne ménage pas sa peine pour obtenir le concours des services d’ordre des grandes centrales syndicales (traîtres), en appui du dispositif policier estimé à quinze mille hommes au plan national », « a tenu à distinguer les »voyous« , des »vrais manifestants« , »il a dénoncé les violences, imputées à « des militants de l’extrême gauche...des hooligans et à des voyous d’un certain nombre de quartier ».

« Le ministre de l’Intérieur joue gros » : « ses services l’ont averti que l’extrême gauche pourrait tenter »le scénario du pire« (?!) , »sentant que le mouvement peu à peu lui échappe au profit d’une solution négociée avec les syndicats."(Le Figaro)
N’importe quoi ! Les syndicats qui étaient pratiquement tous, d’une extrême tièdeur, sont rentrés tardivement bon gré, mal gré, dans la danse.
Encore une fois, faut-il répéter que le mouvement n’appartient à personne en particulier,et qu’il concerne toutes celles et tous ceux qui luttent contre la politique économique et sociale du gouvernement.

« J’espère que tous ceux qu’on a arrêtés, la justice va les punir sévèrement ».

Sarkozy, le grand gourou, a parlé.
Il s’y connait en justice : la justice n’est donc pas là pour juger, mais pour punir, et « punir sévèrement », et tou-tes les arrêté-es, sont coupables.
Coupables de gâcher l’ambiance, parce que, une vraie manif selon Sarko, c’est une manif où « les manifestants puissent manifester en toute sécurité et que les voyous soient arrêtés ».
C’est vrai ça, on peut manifester, mais faut le faire gentiment, sans déranger, sans les déranger, et ce, en toutes circonstances, même si la situation sociale et politique devient criante d’injustices, ou tout simplement catastrophique.
Quand certains s’offusquent des dégradations matérielles, je leur dis : qu’ils feraient mieux de s’offusquer, de l’état de Cyril Ferez dans le coma !
De s’offusquer des dégradations physiques et psychologiques faîtes à toutes les victimes de ce système !
De s’offusquer de toutes celles de la répression policière, avec sa panoplie d’horreurs, d’humiliation, d’insultes, de viols (Si ! Un doigt dans l’anus et/ou le vagin, c’est du viol !), de racisme, de coups, et lynchages organisés par l’État !

Et « les derniers remparts de l’ordre républicain », sont remerciés, honorés pour « leur sang froid et leur compétence, qui a permis aux vrais manifestants de manifester dans le calme et sans violence ».
Ils sont plein de créativité, ces sacrés courageux des forces de l’ordre, plein de zèle avec leurs équipements répressifs, leurs protections assorties, leurs armes qui servent l’ordre républicain, et la tranquillité de ceux qui savent mieux que nous, ce qui est bon pour la France.
Les matraques qui fleurissent sur les pavés, parsèment des couleurs bleues et sang dans les volées de coups sagement réfléchies et décidées par nos élites, qui pensent à nous, et surtout, qui nous entendent.
Sachant faire preuve d’un grand discernement entre les « vrais manifestants et les voyous », ils font couler le sang, frappent des corps vulnérables, fracturent des os, déboitent des membres, des mâchoires, brisent des dents, des crânes, coupables d’être là, coupables d’habiter la banlieue, coupables d’avoir des convictions politiques, des principes, coupables de tenir tête à un gouvernement autoritaire, illégitime, destructeur, violent... coupables aussi, les délinquants victimes d’une société qui les méprise et les accule à la violence et à la pauvreté.
Avec l’immense arsenal répressif et celui des contrôles et surveillances, aidés des forces politico-financières, juridiques et judiciaires, et d’une bravoure exceptionnelle, les guerriers assermentés, qui eux ne sont pas des voyous, mais les garants de l’ordre, piétinent, gazent avec « sang froid », intimident vaillamment, violentent, menacent, et à l’occasion, toujours avec courage, provoquent et mentent, en toute impunité.

« Rappelant que deux mille cinq cent interpellations [1] ont été menées depuis le début du mouvement, le directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, a considéré qu’une »sévérité plus grande« de la justice, »honorerait le travail des policiers« .(Le Figaro) »Le plus souple possible avec les vrais manifestants, le plus sévère possible avec les vrais délinquants« .(Sarkozy, L’Express) »La place Beauvau réclame des arrestations nombreuses pour briser la dynamique de la violence".

Ils savent très bien que c’est une réelle crise politique et sociale qui s’aggrave depuis les élections présidentielles de 2002, qu’ils ont été désavoués depuis longtemps, par les élections successives, le NON à la constitution européenne, et qu’ils font tout pour s’accrocher au pouvoir, en dépit des drames humains qu’ils sèment et provoquent, tout au long de leur route vers le profit.

Leurs paroles sont incontestablement, incontestables.
Ils ont toujours raison, et auront toujours raison.
Et en ce qui concerne la police, le bras armé du pouvoir, pour toutes contestations, tous regards désaprobateurs, le moindre mouvement de cils, ou même rien, elle accuse immédiatement d’être victime d’outrages et rebellions.
C’est ti pas beau ça, la répression totale !
Et pour l’exemple, sévérité de jugements, massifs, hâtifs, arbitraires, genre...

Une peine « d’avertissement »

... pour notre compagnon de lutte Stéphane, injustement condamné à deux mois d’emprisonnement, ainsi que méprisé et insulté dans un article du Progrès.
« Le procureur Cordesse en réclamant quatre mois de emprisonnement a surtout voulu mettre un terme à »une attitude qui n’a rien à voir avec l’affirmation d’une opinion politique."
Quel cynisme !
Au « monsieur » M.G. qui a écrit ce torchon :
Vos préjugés et vos commentaires concernant son physique, son passé, vos opinions mettant en doute son intégrité, vos supputations , celles de vos collègues, vos éructations, votre sarcasme concernant sa personne, son « parterre de »supporters", ne font rire que vous-même et vos semblables. C’est un goût particulièrement méprisable, d’une bassesse reflétant un esprit médiocre savamment entretenu , empreint d’une grande lâcheté, et d’une volonté de nuire sciemment aux interpellés et au mouvement dans son ensemble.

Vos tentatives de se jouer de lui n’y pourront rien, face à la force qui anime notre mouvement, notre soutien et notre solidarité inconditionnels et fraternels envers lui, et pour toutes les victimes de l’État policier et de la politique économique et sociale du gouvernement.
Persévérez dans vos répressions, les provocations et les violences de toutes sortes, tous les jours, vous créez de la sorte, une contestation et une opposition grandissantes, inéluctables et légitimes.

C’est ce que vous voulez, pouvoir enfin remplir vos nouvelles prisons, avec tous les gauchistes, anars, « voyous », citoyens réfractaires, insurgés, les sans-papiers, qui vous gâchent l’atmosphère et gènent à la mise en place de votre programme de « sécurisation » et « d’assainissement » de la société.

Tout comme l’attitude cynique des « jugements », toutes les répressions, aussi violentes soient-elles, n’auront de cesse de nous solidariser, de nous unir, de nous renforcer, de galvaniser notre soif de justice, notre rage de vivre, et notre désir le plus cher : une vie digne et respectueuse pour tou-tes.
Qui n’est pas celle que vous nous imposez par la force, le conditionnement des esprits et le « fatalisme » de la logique économique.

L’entêtement d’une politique cynique, les menaces, les violences continuelles, les emprisonnements injustes, l’aggravation de la pauvreté et de la précarité programmées, face à une population sous pression, marquent cette lutte pour le retrait du CPE et de la loi sur « l’égalité des chances », du sceau du point de non-retour.

Nous vivons un moment « hystérique » et historique de notre temps.

Non, nous non plus, nous ne laisserons pas faire ! Nous n’acceptons pas ! Nous ne lâcherons jamais !

Soif de justice !

Pour Cyril ! Pour Stéphane ! Et pour tous les autres !

Pour nos rêves tenaces, nos espoirs brûlants d’une vie meilleure et digne !

Pour nos vies, présentes et à venir !

« Soyons réalistes, exigeons l’impossible ! »

Notes

[1NdM : au matin du 5 avril, on en est à plus de 3 000 arrestations et des centaines de condamnations

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