Le Socialisme sauvage : un livre de Charles Reeve en débat à la Gryffe, samedi 28 avril

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Rencontre/débat à la Gryffe autour de "Le socialisme sauvage. Essai sur l’auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours" en présence de l’auteur Charles Reeve. Samedi 28 avril à 15 h.

Cet essai de plus de 300 pages de Charles Reeve n’est pas une histoire des luttes d’émancipation depuis la révolution française c’est surtout un bilan théorique de tous les surgissements de ce « socialisme sauvage » que l’auteur met en évidence dans différents épisodes révolutionnaires ou mouvements récents. Si les principes du socialisme sauvage sont la démocratie directe et une action de base indépendante des partis, il s’agit aussi de montrer comment pendant certains épisodes historiques l’auto-organisation a permis de poser les questions essentielles non seulement de la production mais aussi de la distribution et de la consommation sous le contrôle de la collectivité. Questions posées mais pas forcément résolues que l’on retrouve dans la révolution des soviets, la révolution des conseils en Allemagne et en Russie de 1905 à 1921, dans les collectivités d’Aragon pendant l’expérience révolutionnaire espagnole de 1936-1937 ainsi qu’en mai 1968 ou pendant l’épisode « apartidaire » du Portugal en 1974-1975. Chaque fois en s’appuyant sur les récits et les témoignages des participants et sur les textes théoriques qui les ont accompagnés ou suivis, Charles Reeve montre les richesses, les « possibles émancipateurs » et les limites de ces moments. En France en dehors de groupes assez restreints on connaît assez peu le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne de 1918 à 1921 qui a été caractérisé par des tentatives d’autogouvernement visant l’abolition des séparations, en particulier celle de la politique et de l’économique. Si en Russie et en Allemagne cet « esprit des conseils » s’est heurté au léninisme et à la social-démocratie, on le retrouve à l’œuvre dans le communisme libertaire espagnol. Il s’agit pour Reeve de montrer le fil invisible qui relie ces expériences avec les nouveaux mouvements tels celui de 2010 en Espagne, Indignados, Occupy aux USA ou Nuit Debout en 2016. Les courants anarchistes ont bien joué un rôle dans ces mouvements mais ceux-ci ne sont pas « anarchistes » car ils sont aussi empreints de contradictions et d’ambiguïtés.
En effet ces mouvements se nourrissent d’abord de la crise de la représentation, le système de délégation de pouvoir dans le capitalisme contemporain ne suscitant que des oppositions représentant des nuances morales ou conceptuelles d’un même projet libéral. Ils correspondent également à la dislocation de l’ancien mouvement ouvrier et à la prise de conscience de l’appauvrissement des classes moyennes.
Partant de ces constats Reeve questionne dans cet ouvrage la pertinence des nouvelles analyses politiques, qui se développent à partir des échecs ou des limites des théories marxistes ou en termes de « luttes de classes » depuis le Comité invisible, le Zapatisme ou « la production du commun ».
Par exemple sous l’appellation « production du commun » il y a une diversité de contenus qui comprennent des initiatives installées dans les interstices du capitalisme et cherchant à échapper à la barbarie de l’économie néolibérale mais surtout « un principe politique d’action collective, un terrain de luttes, entre autres contre les effets du libéralisme et de la privatisation de biens communs » comme l’air et l’eau. Il y a bien là une façon nouvelle de contester le capitalisme et même d’envisager son dépassement mais les auteurs (Dardot, Laval) qui défendent cette analyse sous estiment ou ignorent les expériences historiques d’auto-gouvernement et de démocratie directe, que Reeve a rassemblé sous le terme de « socialisme sauvage ».
Il y a dans cet essai de Charles Reeve la volonté de montrer les similitudes entre les mouvements libertaires et les différents courants du communisme ant-autoritaire qui demeurent après l’effondrement du communisme d’état les seules références d’un avenir possible. Pour lui il s’agit désormais de penser au présent « l’idée des conseils » sans fétichisme de la forme « conseil ».

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samedi 28 avril 2018

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