Le genre du capital

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Ce mois-ci, les Camardes de Renversé s’intéressent à la famille et proposent un dossier à ce sujet. Le 5e article de la série est un extrait de l’introduction du livre “Le genre du capital” par Céline Bessière, Sibylle Gollac. On y découvre que la famille est un espace qui favorise l’appropriation masculine du capital. Les autrices mettent en lumière les mécanismes qui permettent aux inégalités patrimoniales entre hommes et femmes de perdurer, de génération en génération.

On sait que le capitalisme au XXIe siècle est synonyme d’inégalités grandissantes entre les classes sociales. Ce que l’on sait moins, c’est que l’inégalité de richesse entre les hommes et les femmes augmente aussi, malgré des droits formellement égaux et la croyance selon laquelle, en accédant au marché du travail, les femmes auraient gagné leur autonomie. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui se passe dans les familles, qui accumulent et transmettent le capital économique afin de consolider leur position sociale d’une génération à la suivante. Conjointes et conjoints, frères et sœurs, pères et mères n’occupent pas les mêmes positions dans les stratégies familiales de reproduction, et n’en tirent pas les mêmes bénéfices. Fruit de vingt ans de recherches, ce livre montre que le capital a un genre.
Introduction

Elle s’appelle Ingrid. Son nom, répandu en Normandie, signifie le vassal d’un seigneur lui-même vassal : Levavasseur. Ingrid est née en 1987 dans l’Eure, non loin des boucles de la Seine. Avec ses trois frères et sœurs, elle a été élevée par sa mère, une femme de ménage devenue par la suite auxiliaire de vie. Un père violent et alcoolique, régulièrement pris en charge par l’Armée du salut, aux abonnés absents. À seize ans, Ingrid quitte le foyer maternel, sans diplôme. Elle enchaîne des petits boulots de serveuse, caissière, opératrice de téléphonie, et se marie. Deux enfants naissent. Un an après la naissance du second, elle divorce. Ingrid a alors vingt-quatre ans. Tout en étant sapeur-pompier dans un centre de secours la nuit, elle suit une formation d’aide-soignante. Ingrid occupe cet emploi, d’abord comme contractuelle de la fonction publique puis dans une clinique privée à Rouen. Elle a renoncé à devenir infirmière, car elle n’avait pas les moyens de payer la formation. En 2018, elle gagne 1 250 euros par mois, touche 95 euros d’allocations logement et 200 euros de pension alimentaire, en tout, pour ses deux enfants âgés de huit et treize ans dont elle a la garde. Elle vit dans une petite maison en location à Pont-de-l’Arche et doit mettre ses enfants à la garderie pour aller travailler à Rouen, à vingt kilomètres de là. Ses vacances se résument à trois jours par an en camping au Mont-Saint-Michel, elle a du mal à acheter des baskets à ses enfants et à remplir le frigo chaque mois. Ingrid a supprimé toutes les dépenses pour elle-même : pas de coiffeur, pas de sport, pas de resto. De toute façon, elle n’a guère de temps, seulement un week-end sur deux, quand ses enfants sont chez leur père.

La suite du 5e article sur le site

La suite à lire sur : https://renverse.co/analyses/article/le-genre-du-capital-2872

P.-S.

Ce mois-ci renversé s’intéresse à la famille

Qu’on puisse la retrouver en cette fin d’année ou pas, qu’on en ait encore une ou non, qu’on l’aime ou qu’on la déteste – voir les deux à la fois – nos familles, leur histoire et leur héritage, nous construisent, bien souvent malgré nous. Certain.e.s passeront leur vie à tenter de déjouer la trajectoire familiale, d’autres la poursuivront confortablement, peu d’entre nous y échapperont vraiment.

Et si, individuellement, l’enjeu est si grand, s’il nous est aussi difficile de le contourner, politiquement ce n’est pas moins vrai. De Engels à bell hooks en passant par les théoriciens décoloniaux, les anarchistes et anti-autoritaires de tout poil, probablement toutes les féministes de l’histoire, la famille a été décortiquée sous tous les angles et de toutes les manières par celles et ceux qui entendent penser l’émancipation.

Ainsi, aborder le thème de la famille à travers un prisme militant est complexe et forcément incomplet. Le défi commence déjà quand il s’agit de la définir : Rapport social, lieu de reproduction, des humains comme de la culture, espace de nos premiers liens affectifs, rempart ou cauchemar ?

C’est pourquoi nous ne restituerons pas ici, ni la richesse des débats qui entourent “la famille”, ni les divers points de vue élaborés au long de siècles de production théorique sur le sujet qui nous précèdent déjà. Nous nous contenterons de collecter des textes pour nourrir la réflexion et, dans le meilleur des cas, mettre en lumière certains points de rupture.

Comprendre la famille théoriquement est une chose, l’appréhender émotionnellement en est une autre. On s’excuse d’avance si ces textes maltraitent les idées ou déboussolent les coeurs.

Et comme toujours, vous êtes bien entendu invité.es à participer au thème du mois en nous proposant vos articles préférés !

#1 Abolir la famille - Acte I
#2 Abolir la famille en 6 étapes
#3 Guide de survie aux fêtes de famille
#4 La famille : une question politique à investir

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