Les SDF ou les Rroms sont méprisés par la justice

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Au plus bas de l’échelle sociale, les Rroms et les SDF, lorsqu’ils sont jugés en comparution immédiate, sont méprisés et déclenchent quasi-systématiquement des moqueries du tribunal et les rires dans la salle d’audience. Récit de comparution immédiate de 4 jeunes roumains jugés pour vol de cuivre et d’un SDF jugé pour vol de vélos...

Le 22 septembre, 4 roumains sont jugés pour avoir volé du cuivre dans la zone industrielle de Feyzin (à l’entreprise Total notamment). De la lecture des faits aux réquisitions du procureur, en passant par les questions du juge, la salle d’audience a rit et a plusieurs reprises aux blagues du Tribunal qui se moque des prévenus.

Ça commence avec une sale remarque parce qu’un prévenu demande la présence d’un interprète ; le juge rigole, dit avoir vu le prévenu comprendre le français et lâche « de toute façon c’est un classique dans ce genre de dossier ». Même s’il parle un peu le français le prévenu a le droit de demander un interprète qui lui expliquera mieux ce qu’il peut comprendre du langage procédurier du Tribunal ou du vocabulaire bourgeois des magistrats.

Ça continue avec la lecture à haute voix d’une phrase des procès-verbaux des flics par le juge, qui veut déclencher le fou-rire dans la salle :« l’un des prévenus est venu en France mendier, pour se faire construire une maison en Roumanie  ». La salle est hilare. Plus tard le juge et le procureur rigolent en expliquant que les dépositions des prévenus ont changé entre la rencontre matinale avec le procureur et le passage l’après-midi devant le juge. Comme s’il n’y avait que les roumains pour faire ça ; mais c’est assez classique puisque entre les deux « rencontres », tous les prévenus ont un entretien avec leur avocat. C’est à nouveau le fou-rire dans les hauteurs du tribunal quand le juge interroge les 4 prévenus sur le nom du propriétaire de la voiture qui les a emmené sur le lieu du vol et qu’ils répondent en chœur le même nom : « Marius ». Quatre prévenus qui répondent en même temps le même nom à la question d’un juge fait rire le Tribunal. Leur aveu spontané et identique devrait faire entendre leur bonne foi, mais le Tribunal, aveuglé par son mépris, estime plutôt que les prévenus roumains ne sont même pas capable de donner des faux noms différents. A plusieurs reprises le juge reprendra le terme « le fameux Marius ». C’est jusqu’aux preuves rapportées par la police que l’on se moque des roumains ; il ne s’agit pas d’empreintes ADN, ni d’empreintes digitales ou de relevés de téléphone portable mais « de la bonne vieille emprunte de chaussure ». Et ça fait rire le Tribunal.

Au final, le Tribunal condamne les 4 prévenus à 10 mois de prison chacun, dont 7 avec sursis, en raison de « la gravité particulière des faits et [de] la désorganisation des activités économiques qu’ils provoquent » dira le Tribunal. Aussi c’est un « avertissement à toute la communauté, puisque pour le tribunal, toute la communauté n’est constituée que de voleurs. Décidément très lucide, le juge croit »apercevoir le fameux Marius" avec les femmes des condamnés qui sortent de la salle d’audience à la fin du délibéré, alors qu’il s’agit d’une personne d’une ONG travaillant dans les bidonvilles où habitent les prévenus et leurs familles.


Le 6 octobre, c’est Pedro, un SDF accusé de vol de vélos, qui passe devant le Tribunal.

Pedro ne comprend pas la procédure dans laquelle il se trouve et répond au juge que c’est « comme il voudra » à la question de savoir s’il veut être jugé immédiatement ou préfère demander du temps pour préparer sa défense. Puis « qu’est-ce que vous me conseillez ? » lorsque la question est répétée. Le juge sourit.

Durant son procès il ne peut pas s’expliquer sur les faits dont on l’accuse sans être systématiquement coupé par le juge. Il tente de faire entendre que le Velo’v sur lequel il est monté n’était pas accroché à une borne lorsqu’il l’a pris et que le vélo d’enfant qu’il est accusé d’avoir volé, il n’a fait que le déplacer. Le juge saute sur l’occasion pour placer à tout bout de champ et rigoler de « la chance que l’on a avec vous, [puisque] quand vous prenez un vélo c’est juste pour le déplacer », ce qui déclenche des rires dans la salle d’audience. Concernant le Velo’v, le juge n’entendra rien de la possibilité qu’il l’ait trouvé « la patte cassée » dans la rue. D’autre part il est accusé par 2 personnes de leur avoir volé aussi un vélo, un téléphone portable et 10 euros. Le simple fait qu’il soit « à la rue » justifie chez ces tristes plaignants qu’il soit coupable. Aucun d’entre eux n’a vu le prévenu voler le vélo, ni le téléphone ou les sous, non, simplement il était pas loin. Pedro sera relaxé pour ces 2 accusations que son avocate démontera facilement. Plus tard, quand il répond au juge que la carte SIM qu’il a sur lui lorsqu’il est interpellé, il l’a trouvée, le juge s’empresse de répondre, non sans ironie, « ah bah dites donc, je ne trouve jamais rien quand je sors moi ! ». Puis au sujet de la contravention que le SDF a sur lui lors de son interpellation, « vous êtes un collectionneur, vous ? ». Bien sur que non, il n’est pas collectionneur, mais clochard, à la rue depuis plus de 10 ans, avec une allocation d’Adulte Handicapé de 400€ par mois, qui mange au resto du coeur et dort dans un foyer. Alors oui il fouille la merde, les poubelles, ramasse n’importe quoi et il lui arrive de trouver une carte SIM ou de piquer des contraventions sans raison sur les pare-brises des bagnoles. Mais ça, le magistrat né dans le milieu favorisé de la bourgeoisie, qui a fait ses études de droit avec tous les bourgeois de sa ville, qui n’a fréquenté que ce monde là et n’aspire qu’à être reconnu par lui, il est pas foutu de l’entendre ou de le comprendre et il montre qu’il s’en tape.

Alors ces empafés, après s’être bien amusé avec Pedro, le condamnent à 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt, pour le vol d’un vélo d’enfant et la tentative de vol d’un Vélov’, en accordant 203,40 euros de dédommagement à la multinationale JCDecaux qui n’a pas manqué de se porter partie civile.

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  • Le 9 octobre 2008 à 11:29

    Merci pour ce très bon compte rendu.
    Guerre sociale !!!!!!!!!!

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