Les femmes qui savent et les hommes qui séduisent

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J’entends partout dire que « les choses ont beaucoup changé » depuis #MeToo. Des journalistes me demandent de confirmer ce fait, bien certains que je vais faire preuve d’un enthousiasme démesuré. C’est si bien me connaître.

1. Je ne suis pas sociologue

2. Si j’étais sociologue et que je disais, moins d’un an après le lancement d’un mouvement qui n’a pas été étudié, que « les choses ont changé » je serais une mauvaise sociologue.

Qu’est ce qui a changé ? Par rapport à quoi ? Quels outils statistiques avions-nous avant et avons-nous maintenant pour dire que les choses ne sont plus les mêmes ? Quelles choses ? Le nombre de plaintes ? Sait-on s’il est dû à une meilleure perception des victimes de ce qu’elles ont vécu, une meilleure prise en compte des plaintes dans la police ? Les idées reçues sur le viol ? A-t-on une idée de ce qu’elles étaient avant (a priori oui) et de ce qu’elles sont maintenant ? (non) Comment déterminer qu’il n’y aurait de toutes façons pas eu une évolution naturelle en la matière et que #MeToo n’a rien changé ? Bref, le fait est qu’on ne sait pas grand-chose.

Mais fions-nous un instant à la perception que certaines et certains ont de ce mouvement. Pour beaucoup cela leur a permis de parler et de réaliser ce qu’ils avaient vécu. Maintenant des femmes, qui n’en avaient pas conscience avant, savent qu’elles ont été harcelées. Des femmes savent qu’elles ont été agressées sexuellement. Des femmes savent qu’elles ont été violées. Toutes ces expériences qu’elles avaient rangées dans des cases « mauvaise expérience », « le jour où j’ai couché avec un connard » ou « mon chef ce gros con » ont pris une autre place.

J’ai conscience que je vais choquer en posant cette question, mais et ? Je vais prendre mon propre exemple il sera plus clair. Il m’a fallu une petite quinzaine d’années pour réaliser que j’avais vécu un viol. C’était bien avant MeToo je le précise. Ca n’a strictement rien changé à ma vie, n’en déplaisent à celles et ceux qui voudraient y voit un trauma absolu. J’ai simplement réalisé. Mais était-ce à moi de le faire ? Est-ce moi qui ai un potentiel risque de récidive ? Je ne nie pas l’intérêt qu’il y a à le constater d’un point de vue personnel évidemment, ni même pour avoir une idée claire du nombre de victimes de violences sexuelles si on se situe au niveau du collectif, mais comment peut-on penser que la lutte contre la violence sexuelles peut réussir avec des auteurs totalement et définitivement invisibles ?

Personne ne s’étonne jamais que #MeToo soit un mouvement de victimes et qu’il n’y ait pas de mouvement d’auteurs de violences sexuelles. Le fait est qu’on - en tout cas moi - n’a aucune envie d’entendre des kyrielles d’hommes dire qu’ils ont violé dans un grand mea culpa général. Mais s’il y a environ un demi-million de femmes majeures victimes de violences sexuelles chaque année, en tenant compte du nombre de potentiels récidivistes (plusieurs enquêtes américaines semblent dire qu’on est entre 60 et 70% de violeurs récidivistes chez les violeurs non détectés ; est-ce la même chose chez les agresseurs sexuels, on n’en sait rien, on n’a pas de chiffres c’est formidable cette ignorance assumée dans ce qui serait censé être un combat de tous les instants), on va se dire, en étant sympa, que 250 000 hommes, chaque année, devraient faire le constat qu’ils ont commis qui une agression sexuelle, qui un viol, qui du harcèlement ; OU SONT-ILS ...

La suite à lire sur : https://www.crepegeorgette.com/2019/03/25/me-too

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