Maïs OGM et autonomie paysanne aux Philippines

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La colonisation de l’agriculture par l’agro-chimie et les semences génétiquement modifiées (OGM) se poursuit partout dans le monde, et se heurte à des résistances partout dans le monde. Mais les conséquences sont d’un autre ordre là où existe encore une petite paysannerie non mécanisée. Le cas des Philippines montre qu’au-delà des conséquences sanitaires et financières, c’est tout le milieu de vie qui se voit dévasté, causant une perte d’autonomie très difficile à renverser. Il vaut la peine d’analyser ce qui se joue en profondeur.

Les Philippines est un archipel d’Asie du Sud-Est de plus de 7’100 îles. Avec une population avoisinant les 100 millions de personnes, plus de 55 % d’entre elles vivent en zone rurale. L’histoire des Philippines a été marquée par 350 ans de colonisation espagnole suivie de près d’un demi-siècle d’occupation américaine. D’une organisation semi-féodale rurale créée sous la domination espagnole, le pays est passé aujourd’hui à un capitalisme oligarchique particulièrement agressif dominé par un nombre restreint de familles puissantes. La politique exterminatrice de l’actuel président Duterte, élu en 2016 sur une campagne anti-corruption tapageuse, ne rompt certainement pas avec la tradition néo-libérale et dictatoriale de l’archipel. Du côté des politiques agricoles, les réformes agraires qui ont vu le jour en 1950, ont plutôt contenté les élites locales et renforcé les disparités et la pauvreté dans les campagnes. L’approche actuelle promeut la production pour l’exportation, la libéralisation des marchés et des technologies et l’agriculture intensive. Un tiers des familles paysannes n’a pas de terre et doit payer en général un propriétaire terrien des 2/3 de ses récoltes. Les 20 % de la population les plus riches détiennent plus de la moitié des terres.

La résilience des communautés paysannes au quotidien

Depuis les années 50, avec une quinzaine de catastrophes naturelles par an, il est le deuxième pays d’Asie le plus exposé aux aléas naturels : typhons, séismes, éruptions volcaniques, inondations sont monnaie courante. Pour faire face à un tel contexte, les habitants et habitantes des Philippines ont développé au cours des siècles différentes stratégies de résilience leur permettant de vivre au quotidien ce risque permanent et de se relever après chaque catastrophe. Cette culture du risque est identifiable, par exemple, dans les cultures agricoles mixtes afin d’assurer des récoltes étalées tout au long de l’année pour éviter leur destruction en une seule fois, dans des parcelles cultivées collectivement pour une prise de risque partagée, ou encore dans la diversification des revenus (récolte, travail saisonnier, charpentier, etc).

Du côté de l’habitat, les techniques de construction des maisons paysannes font également preuve de beaucoup d’intelligence face aux aléas naturels. Les maisons, construites sur pilotis, sont en matériaux locaux comme le bois, le bambou ou les feuilles de palmier disponibles localement. Ces maisons sont aisément réparables suite à un typhon sans nécessité de ressources financières exorbitantes et la pratique du bayanihan (système d’entraide mutuelle) permet de reconstruire rapidement grâce à la solidarité communautaire. Les savoir-faire et les détails techniques ont été ingénieusement développés - assemblage bois spécifiques, liens en rotin, contreventements, toitures résistant aux vents violents, etc - et les systèmes de consolidation d’urgence ou de repli en cas d’alerte sont également très répandus.

Des études ont observé que la fréquence des catastrophes n’augmente pas (ou peu) aux Philippines, par contre la quantité des victimes et le coût des dégâts augmentent de manière drastique depuis trois décennies : « De « naturelle », l’origine des catastrophes est devenue « socio-économique » et « politique ». (...) L’accès aux ressources est directement responsable de la vulnérabilité et des conditions de vie difficiles auxquelles sont confrontées, au quotidien, les victimes de catastrophes. (...), le changement climatique actuel constitue, pour de nombreux scientifiques et responsables politiques locaux, un alibi parfait, hors de leur champ de responsabilité et permettant de masquer les causes réelles des catastrophes. »

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La suite à lire sur : https://renverse.co/Mais-OGM-et-autonomie-paysanne-aux-Philippines-2175

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