Manifestation contre le mariage pour tou-te-s : décrypter les préjugés

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Réponse à un journal qui nous a contacté-e-s hier : « Comment réagissez-vous au fait que la manifestation contre le mariage pour tou-te-s ait réuni jusqu’à 22.000 personnes le samedi 17 novembre à Lyon, et 100.000 en France ? »
Par le Collectif Lesbien Lyonnais

Voir Quand l’homophobie se lâche à Lyon : suivi du 17/11.

Il est très difficile de répondre sereinement à cette question, car la 1re réaction est un sentiment d’indignation qui ne trouverait des mots que dans un vocabulaire subjectif et irrationnel : un cri de révolte et de désarroi.

Mais il est important d’aller plus loin pour bien décrypter point par point tous les préjugés les plus intolérants qui se cachent derrière le discours vitaminé et la manifestation bariolée de samedi.

Contre-vérité 1 - Les droits de l’enfant bafoués :

comme l’a rappelé Eric Walter (ancien membre du cabinet de Rama Yade en 2007, chargé de la réforme de l’adoption internationale) dans sa tribune pour Libération de vendredi 16 novembre [1] , « les droits de l’enfant ne sont pas menacés » par l’ouverture du droit à l’adoption pour les couples homosexuels. Dire le contraire « c’est instrumentaliser les enfants » et nier leurs véritables droits.

Cet argument est irrecevable et méprise la Constitution Internationale des droits de l’enfant. Elargir l’accès à l’adoption aux couples homosexuel-le-s qui ont un projet parental sérieux, c’est renforcer ces droits.

D’autre part les homosexuel-le-s n’ont pas attendu ces lois pour avoir des enfants. Permettre aux familles homoparentales qui se comptent par dizaines de milliers, d’avoir un statut où les deux parents qui élèvent les enfants sont reconnus, c’est aussi renforcer ces droits.

Contre vérité 2 - Le pilier de l’humanité : « un homme une femme et l’orgasme » :

Frigide Barjot (co-organisatrice de la manifestation d’hier), dans les conférences où elle s’auto-déclare « Porte Parole des Choses de La Vie », exhorte les couples hétérosexuels à se rappeler que l’enfant est « le résultat de l’amour d’un homme et d’une femme à un moment très beau qu’on appelle l’orgasme. »

Au delà du caractère scientifique déjà approximatif d’une telle affirmation, doit-on rappeler à Madame Barjot que des milliers d’enfants dans le monde naissent du résultat d’un viol ? Doit-on rappeler à Madame Barjot, qu’en France la Cour de cassation a reconnu le viol entre époux depuis 1990 ? Doit-on lui rappeler encore que, même entre époux consentant-e-s, dans beaucoup de familles traditionalistes, qu’elles soient catholiques, musulmanes ou d’une autre confession religieuse, les enfants naissent plus du devoir conjugal que d’un orgasme partagé ?
Un enfant a besoin de protection, d’amour, d’éducation, de dialogue pour grandir et pour s’accomplir. Pas qu’on lui mente en lui bourrant le crâne d’idées reçues.

D’autre part, l’adoption et la PMA existent déjà pour les familles hétérosexuelles. Si on on reste sur son argumentaire, comment expliquer que la stérilité des familles hétérosexuelles existe ? Comment justifier qu’on y remédie par ce que Alain Escada de Civitas appelait hier sur France Inter « des artifices [PMA, adoption] ».

Si le pilier de l’humanité c’est un père et une mère, ça fait longtemps qu’elle aurait dû s’effondrer, étant donné le nombre de familles recomposées, pluriparentales ou monoparentales.

Non, le pilier de l’humanité c’est le respect, l’éducation et le progrès. Quand on voit défiler des hordes de Civitas et des jeunesses identitaires, de groupe d’intégristes catholiques aux côtés de personnes, peut-être de bonne-foi quand elles disent qu’elles ne sont pas homophobes, on se demande à quelles extrémités pourraient mener ce jeu de dupes : cette instrumentalisation de la peur de l’autre, de l’ignorance et de l’intolérance la plus instinctive. Il est aujourd’hui légitime de se demander sérieusement pour quel type d’humanité ces gens là se battent.

Contre-vérité 3 - Manipulation par les associations LGBT dans le débat sur le mariage pour tou-te-s :

Monsieur Bongibault, responsable de Plus Gay sans mariage, dans plusieurs interviews qu’il a données pour préparer cette manifestation, se fait, du haut de ses 21 ans, le porte-paroles des homosexuel-le-s dont la plupart « se moquent du projet de mariage », mais qui « n’ose[raient] pas le dire » étant donné « l’influence des associations LGBT [lesbiennes, gay, bi et trans, NDLR] ».
Le Collectif Lesbien Lyonnais, en tant qu’association LGBT et solidaire des autres associations LGBT lyonnaises (portées pour la plupart par la LGP Lyon), lui répond que c’est absolument faux, les avis sur la question sont échangés et exprimés. C’est justement le but de nos associations de libérer la parole des homosexuel-le-s et des trans’ : pas de les manipuler pour qu’ils soient en faveur du mariage. Nous n’avons jamais prétendu que le mariage et l’adoption concernait la majorité des homosexuel-le-s, de la même façon que le mariage et l’adoption ne concernent pas tou-te-s les hétérosexuel-le-s. Les homo doivent avoir le droit de choisir de se marier ou pas, avoir le droit de protéger leurs intérêts, leur patrimoine et/ou leur famille. C’est notre conviction. Nous sommes des citoyen-ne-s comme les autres, nous revendiquons donc simplement une juste égalité des droits et nous ne laisserons pas ce débat avoir lieu sans nous.

Il s’agit justement pour nous de ne pas cantonner les familles au communautarisme LGBT et aux stéréotypes édulcorés dans lesquels des associations comme Plus Gay sans Mariage voudraient bien les isoler : c’est ce que nous faisons en réclamant l’adaptation du droit qui seul pourra régulariser de façon pérenne le statut de ces familles qui n’ont pas toutes envie de vivre avec un drapeau arc-en-ciel toute leur vie.

Contre-vérité 4 - Les associations LGBT « sont dans une logique de surenchère permanente » :

Cette affirmation de Monsieur Bongibault est injurieuse. Il prétend que nos revendications contre les discriminations étaient justifiées dans les années 70 et 80 mais qu’elles ne le sont plus aujourd’hui. Il ajoute que nos associations sont, je le cite, « à cours de revendications » puisqu’il ne « [s]e sen[t] victime d’aucune discrimination ».
Nous ne remettons pas en question son expérience personnelle. Tant mieux pour lui s’il ne se sent victime d’aucune discrimination. Mais est-ce qu’il doit se baser sur son son sentiment personnel et sur son expérience privilégiée pour nier littéralement ceux/celles qui sont toujours victimes de discriminations ? Non. Aujourd’hui encore trop de personnes n’osent pas révéler leur homosexualité à leur famille. Aujourd’hui encore trop d’adolescent-e-s se suicident, non pas parce qu’ils/elles sont homosexuel-le-s, mais parce qu’ils/elles subissent l’homophobie et la transphobie sur les réseaux sociaux, à l’école, dans la rue et au sein même des familles. Aujourd’hui encore dans trop de quartiers du centre-ville lyonnais, en banlieue et dans le métro, nous devons subir encore et encore les insultes : « enculé-e », « sale pédé », « sale gouine », « sale pute » ou les agressions physiques [2] ... (ajout dimanche soir :) D’ailleurs les débordements violents envers Caroline Fourest et les Femen lors de la manifestation du dimanche 18 novembre parlent d’eux-mêmes.

Que veulent de plus Monsieur Bongibault et Madame Barjot pour légitimer l’existence des associations LGBT et pour comprendre que cette loi que nous réclamons est un premier pas pour nous protéger de tous ces préjugés honteux ?

Nous affirmons que les rassemblements de 22.000 personnes à Lyon et de 100.000 personnes en France samedi 17 novembre ainsi que de milliers d’intégristes catholiques et d’identitaires dimanche 18 novembre à Paris contre ce qu’ils appellent le Mariage Gay, sont symptomatiques d’une homophobie et d’un hétéro-sexisme encore très prégnants dans notre société.

Nous, membres du Collectif Lesbien Lyonnais, demeurons plus que jamais mobilisées auprès des associations LGBT lyonnaises représentées par la LGP Lyon , les associations de défense des droits de l’homme (SOS Racisme Rhône et la LDH 69) et le Collectif de Vigilance 69.

Notes

[1Eric Walter, journal Libération, 16 novembre 2012 : « Adoption pour tous : les droits de l’enfant ne sont pas menacé [...] Ouvrir l’adoption aux couples homosexuels n’atteint pas les droits de l’enfant. La convention internationale de droits de l’enfant ne fait pas mention de la nécessité de parents de sexe opposé et l’adoption en tant que telle est une institution de protection de l’enfance. Elargir l’accès des enfants à l’adoption renforce bel et bien leur droit à la protection. C’est le droit de chacun d’avoir la conviction qu’un couple homosexuel ne peut pas faire de famille. Mais c’est instrumentaliser les enfants que de maquiller cette opinion personnelle en atteinte à leur droits. Surtout lorsque ces droits sont inventés de toutes pièces au détriments de ceux qui existent bel et bien. »

[2Voir l’agression lesbophobe du 20 avril 2012 par deux jeunes hommes de 17 et 19 ans dans un bus lyonnais

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