Quand la BAC pousse un lycéen à se jeter dans le vide

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L’intervention de la BAC sur une manifestation lycéenne pendant la journée d’action du 15 décembre a provoqué un mouvement de panique qui aurait pu être tragique (mais déjà une jambe cassée). Témoignage d’un lycéen.

Faudra-t-il un accident, mortel, pour remettre en question les pratiques répressives de la BAC à l’égard des lycéens ?

Le matin, à 7h30, quelques lycéens motivés se réunissent devant le lycée Saint Exupéry à Croix-Rousse. Comme plusieurs autres lycées de Lyon (Lacassagne, Fays, Sartre, Brosso et d’autres), ils comptent bloquer leur lycée. Toujours une même bataille pour une meilleure éducation, sans réforme qui la briserait, sans suppressions de postes qui l’affaibliraient. Et maintenant, la suppression de l’Histoire en Terminale S. La journée du 15 décembre devait être une journée de mobilisation dans le corps enseignant, avant que les syndicats ne se défilent. Les quelques lycéens présents, eux, refusaient de baisser les bras. Ils espéraient leur propre mouvement.

Le blocus réussit partiellement. L’entrée principale est bloquée mais de nombreux lycéens vont tout de même en cours. Les bloqueurs ont quelques altercations avec l’administration du lycée, mais ils persistent et un bon groupe militant s’est formé. Aux alentours de 9h30, il est décidé de partir, pour arriver aux Terreaux à 10h30, lieu de rassemblement des différents lycées en lutte ce jour-là. Les lycéens de St Exupéry débraieront au passage les lycées les plus proches.

Cette petite manifestation sauvage se déroule bien. Des obstacles (barrières, poubelles) sont déposés sur certains endroits de la route pour bloquer l’avancée des forces de police nous suivant, mais aucune casse à noter.

Les lycéens arrivent devant le lycée Diderot. Ils scandent des slogans, invitent les élèves de l’établissement à descendre les rejoindre. Les lycéens, de plus en plus nombreux, se massent à l’entrée du lycée et sur la route.

C’est là que surgit une voiture, une Ford noire. Elle fonce sur les lycéens groupés sur la route. Ceux-ci tentent de la stopper. Une fille se fait rouler sur le pied. Les tensions montent en quelques secondes et les lycéens autour de la voiture se mettent à la frapper de toutes parts, surtout sur l’avant. La voiture avance d’un mètre, et 4 agents de la BAC en sortent, dont certains pointant des flash-balls imposants sur les lycéens les plus proches. Deux des policiers se précipitent sur un lycéen proche, désigné comme un « leader ». Il est arrêté, heureusement sans violence. Les agents de police se mettent alors à la recherche d’un autre lycéen qu’ils avaient repéré. Il était déjà loin, mais ils vont quand même le chercher et l’arrêtent lui aussi.

Pas de violence spéciale à déplorer, du moins pas que j’en ai appris, ni vu. Mais l’un des lycéens qui a voulu échapper à la police a, dans la précipitation, sauté par dessus un petit muret de l’autre côté du trottoir. Il ne savait pas qu’une chute de plus de 10 mètres l’attendait... Il souffre d’une fracture du fémur. Il aurait pu mourir.

Tout le monde se penche par dessus le muret. Beaucoup de personnes ne comprennent pas ce qui vient de se passer. Certains parlent de suicide. Mais non, il a juste voulu échapper à la police.
Vivre une scène pareille, c’est très traumatisant. Je connais les trois personnes qui sont victimes dans cette affaire, les trois étant dans ma classe. Beaucoup de personnes ont été très choquées par ce qu’il s’est passé aujourd’hui.

Par la suite, les lycéens se sont bien réunis aux Terreaux, et ont réussi à créer un mouvement d’ampleur, en organisant une manifestation sauvage avec de nombreuses personnes qui a tourné plusieurs heures dans le centre-ville de Lyon sans qu’il n’y ait de problème.

Mais aujourd’hui, la police à fait monter un sentiment de malaise, peut-être même de rage...

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  • Le 19 décembre 2009 à 10:56

    Cette année encore, les lycéens appellent à la grève et à la lutte contre la nouvelle réforme annoncée par le ministre Châtel. L’année dernière, c’était contre celle de Darcos, il y eut avant la lutte contre le CPE, avant encore les réformes Fillon, etc.

    Cela fait des années que les lycéens bloquent leurs établissements et occupent très régulièrement la rue, courageusement, pour dénoncer les dizaines de milliers de postes supprimés chaque année ainsi que les diverses réformes qui prétendent les maquiller.

    « Le secret de la liberté est le courage. » Périclès.

    Du courage il leur en faut car ils font face à une répression sauvage, incroyablement violente, prenant de multiples aspects : la brutalité physique de la police d’abord qui gaze, qui frappe et qui arrête (1) ; l’immoralité de la justice derrière qui condamne à tour de bras, prononce amendes sur amandes et peines de prison ferme sur des accusations non avérées ou dérisoires (2) ; les médias ensuite qui colportent systématiquement et sans aucune vérification la propagande de ce pôle police-justice ultra-gauche tendance mégalo-mythomane ; les politiques et les syndicats enfin qui achèvent le travail en prétendant de concert que tout cela est démocratique et républicain et n’ergotent jamais que sur des choses sans aucun intérêt.

    L’appareillage terroriste de l’État est très étudié, très sophistiqué et très impressionnant mais rien n’y fait ! Les lycéens sont toujours là, dans la rue, increvables et ils ont bien raison.

    Professeur contractuel depuis le 4 juin 2005, je suis mes élèves depuis cette époque et j’occupe régulièrement la rue, moi aussi. Contrairement à eux, je n’ai jamais fait le choix de la grève et de la rue mais je l’ai subi tout au long des nombreuses et longues périodes de chômage non indemnisé entre les 22 contrats précaires (3) que j’ai signé avec mon employeur voyou, l’Éducation Nationale.

    Aujourd’hui, je suis encore à la rue. Lorsque j’écris à l’Inspection d’Académie pour qu’on me porte conseil, on ne me répond pas. Quand j’écris au Rectorat pour que mon dossier soit réexaminé, aucune réponse.

    Mon dossier est pourtant très bon, jalonné de plusieurs avis très favorables de la part de plusieurs chefs d’établissement, d’une lettre élogieuse quant à mon travail adressée par le Principal d’un collège au Rectorat et à l’Inspection, des lettres d’encouragement très flatteuses m’ont aussi été adressées par mes élèves au cours de mes nombreux remplacements, ce qui n’est pas si commun en ces temps où les professeurs se font insultés voire agressés par leurs élèves sans que personne ou presque ne s’en émeuve (4).

    On pourrait naïvement croire que le rôle des syndicats serait de combattre ces pratiques hors-la-loi, que même les organisations patronales, dans leurs rêves les plus fous, n’oseraient réclamer. En effet, au bout de trois contrats temporaires, une entreprise est obligée d’embaucher.

    Que nenni ! Car selon ces moines sectaires, ne pas être titulaire du CAPES est pire que le crime de ne pas avoir fait son baptême et sa communion. Hors de l’Église, point de salut !

    Que de nombreux lycéens aient témoigné des menaces brandies par la Police de les inscrire sur les « listes noires des concours de la fonction publique » s’ils persistaient à s’opposer aux projets anti-éducatifs du gouvernement, tout cela ne les interpelle pas le moins du monde.

    Depuis 2005, je passe chaque année les concours (CAPES et CAPLP) et j’ai aussi observé à ce sujet une anomalie très troublante : à une même épreuve, l’oral d’exposé, mes notes varient de 0,4 à 17 ! Quelle meilleure preuve pourrais-je jamais apporter à la malhonnêteté ou pire l’inconsistance de certains jurys ?

    Dans un cas comme dans l’autre, la note est envoyée par la poste, sans explications et rien dans l’attitude du jury pendant le déroulement de l’épreuve ne permet de la comprendre, si bien que j’ai perdu depuis toute confiance dans « l’impartialité » de ces concours, au moins en ce qui concerne les épreuves orales.

    Mais il est de toute façon inadmissible qu’après 5 ans dans le métier et plus d’une vingtaine de contrats signés, il faille encore que je passe des épreuves d’admission. J’ai probablement travaillé dans plus d’établissements scolaires que certains membres du jurys et fait plus d’études qu’eux, même si elles ne concernent pas uniquement la matière que j’enseigne ! Les membres du jurys jugent notre capacité à enseigner mais qui juge leur capacité à nous examiner ?

    Aujourd’hui, je me retrouve encore à la rue car il suffit d’un caprice d’un principal trop zélé pour que cela arrive et tous les recours restent lettres mortes. Il m’ a même fallu attendre plus d’un mois avant de recevoir les documents nécessaires pour m’inscrire à Pôle Emploi où l’on m’a suggéré d’élargir ma recherche d’emploi vers les établissements catholiques ! Toujours la même rengaine : Hors de l’Église point de salut...

    Mais parce que je suis professeur de toute mon âme, je fais mien l’adage contraire : point de salut pour l’Église, vive l’École ! Quant à l’Éducation Nationale, bien au delà des dernières réformes déjà largement commentées, voici ce que j’ai à lui dire :

    « J’ai eu suffisamment d’emmerdes dans ma vie, personne n’a le droit de me traiter comme tu l’as fait toutes ces années sans le payer. Avec toutes tes belles paroles et tes jolies formules. Je ne supporte pas que les gens te considèrent encore comme une école alors que ceux qui te dirigent, préfèrent très manifestement l’Église à la Science et qu’à leur image, tu n’es devenu qu’un lâche, qu’une vermine. En 2005, des feus t’ont pris pour cible mais cela ne t’a fait ni chaud ni froid. Depuis, les lycéens n’ont cessé de manifester contre ce que tu deviens et tu les as frappés et enfermés sans vergogne, sans trêve mais sans parvenir à les faire taire. Tu vas voir ce que c’est que de se faire traîner dans la boue et je te promets, avec eux, que ce n’est que le début. »

    (1) Parfois les chefs d’établissement s’en mêlent comme il y a quelque jours à Nîmes où Jean-François Pons, le proviseur du lycée Camus, a « débarrassé une entrée de manière assez musclée », comme il l’avoue lui-même, en renvoyant une palette de bois sur les jeunes.

    (2) A titre d’exemple : vendredi 14 décembre 2007, à Brest, Laurent Segond est condamné en comparution immédiate à deux ans de prison fermes pour avoir lancé un pavé sur une voiture de police banalisée pendant une manifestation lycéenne.

    (3) Je peux prouver tous les chiffres que j’avance.

    (4) Le cas de Madame Lespagnol rudement insultée par toute sa classe sous le seul prétexte qu’elle interdisait l’usage des portables en classe est révélateur du comportement difficile des élèves d’aujourd’hui et de l’incompétence de l’Administration et de l’Inspection à affronter ces problèmes.

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