Réponse publique et anonyme d’une étudiante assistante de service social au « plan de mobilisation volontaire »

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Le samedi 21 mars 2020, j’ai reçu un mail de mon centre de formation d’assistante de service social dont je tairai le nom. Il s’agit d’un courrier de la DRDJSCS à propos du « plan de mobilisation des étudiant-es en travail social ».
Ce message nous informe qu’en qualité d’étudiant-es assistant-es de service social, nous sommes désormais mobilisables « sur la base du volontariat », dans le cadre de la gestion de crise du COVID-19 stade 3. Les missions sont larges : assurer l’accueil et notamment dans le domaine de l’hébergement, de la réinsertion, de l’asile, de l’aide alimentaire, de la protection des majeurs vulnérables, de la protection de l’enfance et de l’accueil de personnes âgées et handicapées. Le message nous assure que les consignes sanitaires seraient rappelées à nos employeurs, nous assurant ainsi une intervention en toute sécurité. Enfin, il est précisé que notre volontariat sera pris en compte pour « valoriser notre engagement » au moment de la certification.

J’ai décidé de répondre publiquement et anonymement à cet email. Je ne voudrais pas que cette déclaration vienne compromettre ma certification en juin 2020, car vous l’avez bien compromis, la DRDJSCS sera regardante et en évaluera ma dévotion de future professionnelle.

A cela je réponds : Cela fait 3 ans que je suis en formation d’assistante de service social, 3 ans que j’entends le même discours. Nos conditions de travail sont médiocres, mais nous avons choisi ce secteur par vocation... alors sacrifions nous ! Nous sommes constamment dans l’obligation d’adapter nos accompagnements au manque de financement, nous devons être flexibles, adaptables, discret-es et altruistes. Nous continuons à appliquer des dispositifs qui nous semblent injustes et contraires à notre déontologie : des conditions d’accueil et d’accompagnement difficiles dans les centres d’hébergement, dans les appartements éducatifs pour les mineurs, les MECS et les hôpitaux ; des consignes imposées par la Préfecture discriminantes et irrespectueuses envers les personnes migrantes ; les financements stables sont rarissimes et remplacés par des appels à projets éphémères, provoquant ainsi une grande insécurité chez les travailleurs sociaux et chez les personnes accompagnées ; et enfin, une évaluation de nos pratiques professionnelles en terme d’efficacité et non pas de relation d’aide.

Mes 3 ans de formation m’ont suffi à me décourager du secteur social, et pourtant je continue car je reste persuadée que l’entraide est primordiale dans notre société. Oui, nous avons choisi cette profession car nous sommes des personnes altruistes et empathiques. Mais personnellement, je l’ai également choisi par engagement, par conviction, pour lutter pour une société plus juste, où les travailleurs sociaux seraient inutiles car la solidarité serait l’affaire de tous et toutes. Une société qui arrêterait de créer de la misère et de l’entretenir.

Le gouvernement Macron a tourné le dos au secteur médical et social, et aujourd’hui, il nous demande d’aider la « Nation » car « nous sommes en guerre ».

Le gouvernement a maltraité les professionnel-les du soin, ainsi que les travailleurs-ses sociaux-les, et aujourd’hui c’est la population qui paye les pots cassés. Je suis en colère car il y a un mois de ça, nos manifestations et revendications étaient réprimées par les forces de l’ordre, par l’État. Nous demandions inlassablement des financements permettant de proposer un accueil digne des personnes en situation de vulnérabilité, que ce soit dans les structures médicales ou sociales. Nous avons tenté de prévenir le gouvernement. Et quelques semaines plus tard, nous sommes appelé-es à la dévotion pour sauver les structures qui, de plus, accompagnent ces personnes oubliées, discriminées, maltraitées et humiliées par l’État. Les personnes sans domicile fixe, les personnes migrantes, les personnes précaires, les personnes porteuses d’un handicap limitant leur autonomie (dans la société qui leur est proposée) et les personnes âgées ne font plus parties des priorités de notre gouvernement. Et nous, travailleurs sociaux et professionnels du soin, sommes quotidiennement témoin de la violence que cela induit sur elles. Nous sommes contraint-es de flirter constamment avec la maltraitance, du fait du manque de moyen, de temps et de personnel. Cela est insupportable.

Aujourd’hui, vous nous demandez de nous sacrifier pour ces personnes que vous avez vous-même mis en souffrance. Vous nous promettez des conditions de travail sécurisées, or nous sommes informé-es de la rupture de stock des masques, des gants et du gel hydroalcoolique dans les structures médicales et médico-sociales. Nous ne sommes pas dupes.

Je vous demande donc, face à quel choix nous mettez-vous ?

L’équipe de soin de l’hôpital Edouard Herriot a été entièrement contaminée à cause du manque de matériel de protection. L’État nous enverrait-il au casse-pipe ? L’État compte sur nous pour assurer l’accès aux soins pour tous et pour limiter les dégâts dans les structures sociales, mais une fois de plus il ne nous donne pas les moyens de faire notre travail dans de bonnes conditions.
Si je refuse d’être volontaire, je serai égoïste et peut-être devrais-je me justifier de ce choix lors de ma certification. Si j’accepte, je sacrifie potentiellement ma santé et celle de mon entourage, mais je serai héroïque, telle un-e soldat au front ? Mourir pour mes idées d’accord, mais de mort lente !

Malgré les beaux discours et les applaudissements de 20h, l’État continue de fermer les yeux sur les réalités de nos professions.

Aujourd’hui, le gouvernement m’empêche de pouvoir aider les personnes dans le besoin, il m’empêche de répondre à mes missions d’assistante sociale et d’agir en accord avec mes convictions.

Je ne répondrai pas à cette mobilisation, et je refuse d’en porter la responsabilité.

Une étudiante assistante sociale

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  • Le 1er avril à 03:04, par yoplaboum

    L’émission Marseillaise « privé.e.s de Sortie » diffusé chez nos ami.es de Radio Galère aborde le sujet de cette fameuse réserve sociale. Toute l’émission est intéressante. Si vous n’avez pas beaucoup de temps c’est à partir de 36 mn. Une intervention d’un étudiant Moniteur Éducateur.

    lien : https://radiogalere.org/?playlist=prive-e-s-de-sortie-12-mar-31-mars-2020

    « Aujourd’hui on a au téléphone Amar, travailleuse du sexe, déléguée générale du STRASS, qui nous parle des problématiques spécifiques aux travailleuses-eurs du sexe dans la crise du Covid 19. On a aussi au téléphone Karim qui nous parle d’un début d’injonction d’État à mettre les bouchées doubles du côté du travail social, bénévolement ou presque. + la chronique de R + une ambiance de PMU + quelques brèves La playlist est assurée par DJ B, et c’est cumbia péruvienne ! Force, courage et solidarité à tou-te-s »

  • Le 28 mars à 14:16, par

    Bonjour étudiante,
    Ton message est clair et réaliste. Je vais dans ton sens sur les dégâts qui datent de nombreuses années. Aujourd hui n est pas nouveau, c est seulement tout l existant qui se révèle encore plus. En tant qu educatrice spécialisée j ai vu d enormes aberrations, mais sous prétexte que nous sommes bienveillants empathiques dévoués il est pensé que nous ne réfléchissons pas à nos actions, nos interventions. De mauvaises gestions financières à aussi des prétextes financiers pour justifier des organisations graves et irrespectueuses, il est clair qu il nous a fallu et nous faut encore de l energie pour avancer avec nos convictions, nos principes, nos valeurs...et pour garder cette dignité et ce respect de soi et de toute personne accompagnée. Depuis plusieurs années, nous avons vu le monde socio educatif sombrer, nous avons déploye encore plus d energie (qui aurait pu être utilisé pour bien d autres choses) pourexercer notre métier qui nous tient à cœur et être présents auprès des publics afin de leur donner un élan d’energie tout comme eux nous en transmettent aussi. L etudiante n a pas à culpabiliser, car c est un peu facile pour le gouvernement et les diverses institutions de jouer sur les cordes sensibles et d une certaine manière utiliser une forme de manipulation. Donnez les moyens nécessaires pour travailler dans de bonnes conditions surtout durant cette crise sanitaire, ne mettons pas en danger les intervenants et leurs familles tout comme les publis accueillis, soutenus et leurs familles. Il est clair que nos métiers regorgent aussi de très belles tranches de vie, c est ce qui renouvellent nos énergies, les synergies aussi bien avec les publics accompagnés accompagnants et toute personne ressource font partie de notre quotidien et cela personne pourra nous le retirer. Du bon sens pour tous, continuons de réfléchir, d agir avec de bonnes intentions et les belles actions créatrices et créatives qui en découlent. Prenez soin de vous et de toute personne. Bien à chacun, chacune

  • Le 28 mars à 13:36, par D. Juliette

    Un grand merci pour votre analyse du système social et médical dans lequel nous sommes tous plongés. Cette crise met au grand jour les inégalités sociales actuelles. Quand certains ont la possibilité d’être protégés chez eux grâce au télétravail, d’autres sont obligés d’aller sur le terrain. Les travailleurs sociaux sont les grands oubliés de cette crise ! Certes, comme vous le dites très bien, nous avons choisis cette profession, mais cela n’incluait pas le fait de devoir mettre en danger nos vie. Chaque vie est importante, l’une ne l’ai pas plus qu’une autre, alors pourquoi certains sont bien protégés, tandis que d’autre se livrent au combat et sans armes ! Je trouve cela inadmissible. On dit aux infirmières, il y a quelques semaines de ça, il faut mettre les masques ffp2, car les masques chirurgicaux ne protègent en rien les soignants.... Et quelques semaines plus tard, quand la pénurie de masques ffp2 se fait sentir, on leur dit, ah en fait si si c’est bon, les masques chirurgicaux vous protègent, allez travailler !
    On a vraiment l’impression d’être (Medico social, social et médical), les personnes que l’on sacrifie ! Je suis outrée, désabusé, dégoutée et j’ai peur, peur du devinir de ce secteur et peur pour ma famille, mes proches et moi même !

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