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Séminaire "Espaces Critiques" (RGL) : Auto-construire la résilience après la catastrophe : l’expérience d’un écovillage en Italie

conférence/débat

Le Réseau de Géographes Libertaires (RGL) de Lyon vous invite à une séance du séminaire "Espaces Critiques" animée par Isabella Tomassi (Doctorante en Géographie et Urbanisme à l’Université Lyon 2) et intitulée : "Auto-construire la résilience après la catastrophe : l’expérience de l’ecovillage E.V.A. à Pescomaggiore (Italie)". Elle aura lieu le 3 février 2017, au 18 rue Chevreul (Lyon 7e), de 10h à 12h dans la salle 604.

Contexte

Dans le contexte de crise globale à la fois économique et sociale, suite à l’énième vague d’émigration au départ des zones internes de l’Italie, un tremblement de terre frappe la ville de L’Aquila, chef-lieu de la Région des Abruzzes, la nuit du 6 Avril 2009. Le bilan de cette catastrophe est de 309 morts, 1.500 blessés dont 800 graves pour une population de 70.000 résidents et de 27.000 étudiants, sur une des communes les plus vastes d’Italie, avec ses 49 villages. 90% du patrimoine publique (écoles, mairie, bureaux, ...) fut détruit et environ 50% du patrimoine privé : environs 60.000 buildings dont 18.000 jugés sérieusement endommagés en grande partie classé (du fait de l’origine pré-romaine de la ville).
Le gouvernement italien déclare le centre historique « zone interdite » - une zone rouge c’est, donc, à partir de la fin d’avril 2009 que 67.500 personnes ont besoin de nourriture et d’aide médicale (ICPD, 2009). La première étape a été d’abriter 22.000 rescapés dans 169 campements et 21.000 dans des résidences et hôtels touristiques sur la côte Adriatique. Ensuite, entre septembre 2009 et février 2010, le gouvernement italien a développé deux différentes stratégies pour reloger la population. D’abord, des préfabriqués temporaires (M.AP. – moduli abitativi provvisori), qui ont la caractéristique de s’insérer dans le tissu urbain endommagé ; le deuxième concerne la construction de complexes d’habitat, dit « new towns » antisismiques, soutenables, éco-compatibles en référence au projet C.A.S.E. (Complessi Anti-Sismici Eco-compatibili). Environs 15.000 habitants ont été placés dans 19 sites du projet C.A.S.E. qui est constitué de 184 bâtiments et 5.736 appartements éparpillés dans les environs de L’Aquila. Puis, 8.500 personnes ont été hébergées dans des logements temporaires dans 54 localités, dont 26 appartenant à la municipalité de L’Aquila. L’ainsi dit "cratère sismique", malheureuse expression journalistique, s’étend au totale sur 57 Communes et a une surface d’un rayon de 100 km.

Autoritarisme – participation- autogestion

Durant la période entre avril 2009 et février 2010, la Protection Civile prend les rênes en main, sans informer aucunement les habitants de son mode opératoire, de manière très autoritaire : état d’urgence, et donc suspension, « pour l’efficacité des opérations », des procédures démocratiques normales et des lois et règlements en matière de protection de l’environnement. A partir de là, deux constats : d’un côté, une après-crise gérée de manière managériale, technocratique, faite de déplacements forcés de population, de zones rouges permanentes (interdites d’accès), de récupération de terres et de contrats juteux pour les promoteurs et constructeurs immobiliers, et enfin construction de « nouvelles villes » isolées, abandonnées des services publics et complètement déconnectées de l’ancienne ville, soit autant de pratiques mises en œuvre par les autorités étatiques italiennes qui se marient parfaitement avec les principes de la thérapie de choc. D’un autre côté, en opposition totale, ce que les habitants réclamaient : transparence, participation et reconstruction.

L’Assemblée citoyenne de L’Aquila apparaît comme instance de résistance, de coopération et de (re)construction de tous les habitants et mouvements de base : immédiatement après le tremblement de terre, les citoyens de L’Aquila ont éprouvé un profond besoin de participation à la vie civique, reconnaissant le caractère crucial de toute décision prise. L’absence totale de tout mécanisme de participation dans le fonctionnement politique, et en particulier dans les actions de la Protection Civile les a forcés à trouver une alternative, basée sur l’autogouvernement et la démocratie directe. Pour la première fois, le 21 février 2010, la population viola l’interdiction d’entrer dans la ville, dans la zone rouge ; le 28 février, 5000 personnes formant une chaîne humaine réussirent à pousser la police et à réinvestir, très solennellement, le centre-ville. De telles opérations eurent lieu tous les dimanches, afin d’attirer l’attention des médias et des institutions locales.
Dans l’entre-deux de cette situation chaotique et dans une zone reculée, oubliée pendant 40 jours par les secours, naît l’éco village EVA (Ève) pour Éco Village Auto-construit. Ici se met en place des technologies alternatives (panneaux solaires, phyto-purification etc.) construites à différents endroits, en refaisant appel à la tradition des maisons construites « arraiutasse » (en s’aidant les uns les autres). Les acteurs principaux sont du village, du voisinage et surtout de jeunes précaires de la ville ; ils reçoivent un très fort soutien d’un incroyable réseau de centaines de supporters et volontaires d’Italie et d’ailleurs.
Un des buts principaux est de défendre les biens communs (les Commons) et l’objectif principal est d’arriver à l’ALMA (L’âme – acronyme de « Vivre – Travailler – Mémoire et Environnement ») : une approche particulière de tous les aspects de la vie humaine, d’un point de vue éco-soutenable, prenant soin du concept de communauté. L’étincelle qui a permis cette initiative fut l’opposition des habitants à un projet de décharge qui augmentait la pollution de l’air et détruisaient le paysage.
Pescomaggiore est un village rural typique de la région de L’Aquila, l’Abruzzo, qui s’était complètement dépeuplé à partir des années 50 et qui ne comptait plus qu’une cinquantaine d’habitants. En 2007, ses habitants, plein d’énergie, créent le Comité pour la renaissance de Pescomaggiore, formé des résidents, expatriés, et propriétaires du village, dans le but d’améliorer la qualité de vie, de réintroduire dans le centre du village des campagnes d’information permettant les processus participatifs, d’impulser des projets dans le domaine de l’agriculture, du tourisme et de l’art de la convivialité. Les objectifs sont d’abord ceux inscrits dans l’idée de l’ALMA et sont une réponse à l’aggravation des conditions matérielles et à la pénurie. L’important est le territoire local avec sa biodiversité et ses ressources, l’alliance et l’équilibre entre savoir-faire traditionnels et technologies…
La renaissance des vergers et des graines locales, les projets de paysages comestibles, une série de laboratoires artisanaux et la promotion de nouvelles formes de tourisme vert constituent des pans importants de cette nouvelle politique. La volonté de réappropriation des « communaux » /biens communs – pilier fondateur de la communauté (le Comité a ainsi reconstruit un grand four commun pour le pain) – et très importante dans la démarche. L’exemple/expérience de Pescomaggiore que ses habitants ont refusé d’abandonner, en dépit des injonctions de l’État, et qu’ils ont transformé en éco-village basé sur une économie morale (co-construction de logements, énergies vertes, permaculture, encouragement de l’artisanat et d’un tourisme différent, rejet d’un projet de décharge), sur la solidarité et sur la prise de décision collective démocratique (grâce également au moyen de l’assemblée) décris très bien ce qu’une société de l’après-rareté (« post-scarcity », en référence aux écrits de Murray Bookchin, – « sociétés d’abondance » dirait Pierre Rabhi, « de convivialité » dirait Ivan Illich), de zones autonomes provisoires, où un pouvoir réel sur l’existence sort des marges et s’affiche sur l’espace publique.

J’aborderais cette catastrophe comme « occasion » pour l’ouverture d’espaces de circulation de discours publics autour de bien communs (commons), ainsi qu’à de nouvelles formes de re-subjectivisation de formes politiques de coexistence (participation, autogestion). Je me réfère à l’insolite processus de production, duplication et désarticulation de “communauté” et de “pratiques” ou de « communauté de pratique » (CdP) qui pénètre le scénario de la post-urgence en toutes ses ramifications locales et globales. Le projet E.V.A. (éco-village auto-construit) de Pescomaggiore (AQ), dont j’ai été une des promotrices, animatrices et constructrices, était à l’époque une organisation de bénéficiaires impliqués dans un laboratoire sociale et politique, finalisé à la construction de nouvelles unités résidentielles en paille après la catastrophe. La paille nous a permis de nous abriter à des coûts dérisoires et a activé une dynamique au sein du projet, un cercle vertueux lié à l’agriculture et en particulier à la production de variétés de blé autochtones, presque disparues.
Tout ceci nous ramène à des notions telles que l’autogestion, l’aide mutuelle, le DIY (do it yourself) sans lesquelles la survie dans ces conditions géographiques et sociales serait impossible. Mais, plus encore, elles rendent vivantes les potentialités de résilience dans les situations d’urgence future (et actuelle), devenant une base pour commencer à comprendre le caractère fondamental, dans tout processus vers l’après-rareté, de l’existence d’un réseau social qui soit profondément enraciné et actif sur le territoire et l’importance de l’assemblée comme lieu pour construire du tissu social et de l’autogouvernement.

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