Témoignage suite à la manifestation du jeudi 6 novembre 2014 à Lyon

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Jeudi 6 novembre 2014, aux environs de 18h, nous nous rendons vers la place Gabriel Peri pour répondre à un appel au rassemblement « La police tue, et maintenant qu’est ce qu’on fait », en l’honneur de Rémi Fraisse et de toutes les autres victimes des violences policières.

Un groupe d’environ 200 personnes, de tous âges, tout milieux, est là. Il ne se passe rien pendant une quarantaine minutes. Nous voyons d’abord peu de policiers puis peu à peu les rues sont peu à peu bloqués à l’exception du cours Gambetta et du cours de la Liberté, bien n’ayons fait aucun mouvement. Ils finissent par couper la ligne du T1 en formant un cordon devant le Mac Donald’s et l’arrêt de tram. Les gens commencent à se demander quelle est la suite du programme. On entend quelques chants et slogans, une trentaine de personne se met en rond et chante, puis ils se couvrent le visage. Trois banderoles arrivent de derrière les manifestants, elles sont déployés devant le panneau publicitaire face au voitures. Tout se passe bien puis on recommence à se demander ce qu’il va advenir de ce rassemblement trop vite bridé par les forces de l’ordre.

Ceux qui avaient la banderole avancent, vers Bellecour, suivis des autres manifestants. Le cortège progresse sur la chaussée.Un cordon de CRS se met en place au niveau du cours Gambetta, tout est très bien organisé, ils ont déjà coupé la circulation en amont. Nous arrivons vers la rue de Marseille qui est bloquée par des CRS en armure totale. « Fais gaffe à ta gauche » me dit une personne, effectivement le cordon s’est rapproché.

Une quinzaine de mètres après l’intersection, deux camions de CRS avec écran bloquent chaque côté de la route. Le cortège s’arrête, puis des slogans sont criés : « Fuck la police », « nique la police », « les flics assassinent, on ne se laissera pas marcher dessus », ou encore « bravo elle est belle la République » en voyant le blocage total. On ne peut plus avancer. Par peur de fichage et de répressions, beaucoup de manifestants y compris des personnes plus âgées se cachent le visage. Les CRS ont maintenant bloqué toutes les issues, nous sommes encerclés par une centaine d’entre eux en armure totale, casques, matraques et boucliers.

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Un groupe avec des banderoles et le visage caché vont devant eux, au niveau de l’arrêt de tram Guillotière. Nous nous sentons totalement piégés, et dépourvus de toute solution, nous avons peur, nous ne savons pas quoi faire, nous n’avons pas envie d’abandonner nos idées et la manifestation comme ça, nous attendons la charge des CRS. Un cycliste demande ce qu’il se passe, aux explications il répond que ce sont les manifestants qui provoquent en jetant des bouteilles et divers objets. Une jeune femme propose un sitting. Peu d’effet, certains manifestants narguent les CRS. Nous entendons des pétards. Ils se cherchent mutuellement avec les CRS qui font monter la tension.

Un bruit commence à se répandre, il faudrait changer de lieu. A ce moment là plus de la moitié des gens sont déjà partis, il ne reste plus que les jeunes. Une grosse centaine. Des renforts arrivent. Quelqu’un crie « Attention ils arrivent attention ils arrivent ». Une première grenade lacrymogène est tirée. Elle atterrit à 15m devant les CRS, du côté manifestants qui commencent à courir dans l’autre sens, vers le cours de la liberté, pour s’éloigner des tirs. Un deuxième fumigène est suivit d’une première charge d’intimidation de 5-6m. On entend :« Obéissance à la loi. Dispersez-vous, dispersez-vous ».

Nous sommes alors moins d’une centaine. Le cordon de CRS charge depuis la station de tram jusqu’au bord de la route. Les manifestants se replient devant le café d’Algérie à l’entrée de la station de métro. Environ 5 minutes après, les camions asti-émeute avancent, ils bloquent maintenant totalement le cours Gambetta entre la place Gabriel Peri et le pont de la Guillotière. Nous sommes totalement pris au piège, une de nos amies a les yeux qui pleurent abondamment suite au passage d’un nuage de fumée lacrymogène. Une personne à côté de nous dit à voix haute « Dispersez-vous ! Oui mais où, toutes les issues sont bloquées ».

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Un groupe s’assoit face aux CRS sur les voix du tram. Par petites grappes, les gens quittent la place encerclée, la manœuvre est simple, moins il y a de manifestants, plus les interpellations sont faciles. Le mot est donné : direction place Saint Louis, pour reformer un rassemblement et pouvoir enfin former un cortège. Un jeune vient nous prévenir que « l’un des vôtres est par terre, venez voir ». Nous regardons rapidement et ne remarquons rien, nous saurons plus tard qu’il s’agit de la première interpellation totalement injustifiée. La brigade d’interpellation arrive dans le but évident de précéder à des interpellations sur le groupe d’une vingtaine de personnes qu’il reste sur la place.

En direction de la place saint louis, les groupes se recroisent, et s’orientent mutuellement mais toujours dans un calme plat.

20h. Place saint Louis. Une cinquantaine de personnes sont là. Nous patientons 10 minutes dans l’attente d’un nouveau mot d’ordre. Un jeune, d’une vingtaine d’année, déclare qu’il faut aller place Guichard. La BAC passe rapidement et cela déclenche une montée de violence soudaine dans un groupe qui était jusque là très calme. Des slogans fusent « on va niquer les flics ». Le départ en cortège est vite violent : quelques uns montent sur les voitures, des poubelles sont renversées et nous les ramassons derrière. Un riverain nous aide à redresser une poubelle et déclare qu’il trouve inadmissible de laisser du verre brisé à la sortie d’une école. Nous ne constaterons aucun autre dégât matériel dans cette rue. Ils vont vite, et nous devancent, nous arrivons sur l’Avenue Jean-Jaurès où un autre groupe de manifestants ramassait également les poubelles d’un restaurant.

On n’entend plus la manifestation et deux voitures du groupe d’interpellation passent devant. On apprendra plus tard qu’ils avaient interpelés plusieurs personnes à ce moment là. Nous continuons vers la Place Guichard (car c’est ce qui avait été annoncé au début du cortège). Finalement, une fois à la place Guichard, aux environs de 20h45, nous la trouvons totalement vide. Nous savons qu’un dernier groupe de manifestants s’est rendu au Commissariat de Marius Berliet pour protester contre les seize interpellations. A priori, il n’y aura pas de sortie avant au-moins demain matin.

M., S. et R., trois participants à la manifestation du six novembre 2014.

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