Temps de crise

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Brèves « temps de crise », de septembre 2011 à janvier 2012. « La Crise ». Une aubaine patronale pour reconfigurer l’économie, flexibiliser et licencier sans vergogne ; mais aussi une opportunité pour tous les perdants de la guerre économique d’inventer des combines et de s’organiser avec d’autres pour s’affranchir des patrons. (Lire aussi « en guise d’introduction »).

L’adieu au salariat

Augmentation de 1,1% du chômage dans le Rhône entre novembre et décembre 2011. Sur un an la hausse est de 6%. Le nombre de chômeurs de longue durée augmente lui de près de 9% en un an.
De janvier à août 2011, les loyers lyonnais progressent de 1,2%. Augmentation dans le même temps des « vols alimentaires » : on pénètre chez des gens et on vide réfrigérateurs et placards de cuisine. Le crochetage de serrures est en hausse de 17,5% entre octobre 2010 et septembre 2011. Près de 30 000 larcins de plus que l’an dernier en France. Les ventes de coffre forts connaissent un boum au cours de l’année. Augmentation de plus de 16% des escroqueries et des infractions économiques et financières entre janvier et juillet 2011.
+ 50% de cambriolages en novembre par rapport au reste de l’année. En cause le changement d’heure couplé au raccourcissement des journées : on peut cambrioler « de nuit » alors que les gens sont encore au taff. L’extension de l’opération « tranquillité vacances » – les vacanciers préviennent la police de leur départ qui intègre leur domicile dans le trajet de leurs patrouilles – n’empêche pas l’augmentation de 9,2% des cambriolages de résidence. Environ 11 000 cambriolages par an dans le Rhône (résidence et commerces), soit 30 par jours.

Les absents n’ont pas toujours tort

13 octobre. Lors d’un discours à l’occasion de la présentation d’un nouveau camion électrique, le désormais ex-président de Renault Trucks, Stefano Chmielewski, en profite pour traiter de « voleurs » ses employés. Trop souvent absents, trop souvent malades et bénéficiant d’un « chômage doré » selon lui. « 12% d’absentéisme, ça veut dire 12% qu’il faut remplacer, 12% de gens qui prennent des cours de vélo le dimanche et se déclarent malades le lundi : ce sont des voleurs. » Les syndicats s’insurgent et poussent des cris d’orfraie. Mais malgré un certain mépris affiché pour « ses » ouvriers, Stefano Chmielewski n’a sans doute pas complètement tort. Les absents lui volent bien quelque chose. En même temps, quoi de plus normal que d’user de tous les stratagèmes pour échapper le plus possible au travail ? Quand on y est coincé, le meilleur moyen reste encore de ne pas venir, de s’absenter en prétextant tout et n’importe quoi. En se procurant par exemple des certificats médicaux plus ou moins bidons, avec des médecins complices.
27 octobre 2011. La direction Renault Trucks annonce le recours au chômage partiel pour début 2012.

« Tout est à nous ! »

2 septembre 2011. Braquage au fusil à pompe et à la hache au Casino de Vaise. À 6h du mat’ deux mecs rentrent et braquent les deux chefs de rayon. Ils les poussent au fond du magasin. Le coffre est ouvert. Les deux hommes s’emparent de 10 000 euros avant de prendre la fuite à bord d’une voiture volée. La police débarque peu après sirènes hurlantes mais ne peut que constater. L’heure tourne. Il est 8h. Les clients vont arriver dans une demi-heure. Le travail reprend dans la foulée.
14 septembre 2011. Braquage au rayon bijouterie des Galeries Lafayette à la Part-Dieu. Un scooter s’arrête devant l’entrée de la bijouterie. Deux jeunes casqués et gantés entrent à toute vitesse, arme de poing et barre de fer à la main. Ils se dirigent vers le stand « Lafayette Or » et défoncent les vitrines devant les agents de sécurité impuissants. Ils raflent le butin et se barrent comme ils étaient venus.
4 octobre 2011. Rue Garibaldi, dans le 3ème, la gérante d’un commerce se fait braquer la recette de son mago. Butin 8 600 euros.
À 4h30 du matin, le 21 octobre 2011, trois hommes masqués disquent le rideau métallique d’une bijouterie au Carré de la Soie (Vaulx-en-Velin), ainsi que les vitrines puis défoncent les présentoirs avant de repartir avec des bijoux et des montres. Valeur estimée entre 20 000 et 30 000 euros.
Lundi 24 octobre 2011, braquo dans une boulangerie à la Croix-Rousse, le soir. Installé chez lui, le boulanger regarde la scène via son écran de vidéo-surveillance. Il alerte les policiers qui cueillent un des braqueurs dans la soirée (chaussures pleins de farine).

« Allo maman, ici bébé ! »

4 octobre 2011. Un centre de radiologie situé à Oullins est victime d’un vol par effraction. La porte d’entrée est forcée et les auteurs repartent avec un échographe. Une machine dont la valeur est estimée à 50 000 euros.
Dans la nuit du 18 octobre 2011, la porte d’entrée de l’hôpital à St-Foy-les-Lyon est dégondée et des individus repartent avec un échographe, deux sondes, un tensiomètre et un appareil de mesure de fréquence cardiaque fœtale. Alors qu’elle est ostensiblement la plus probable, la piste d’un groupe de futurs parents anxieux est d’emblée écartée par les enquêteurs.

Toujours aussi efficace

7 septembre 2011. Après les faux plombiers et les faux policiers, les faux vendeurs de parfum. Sous cette identité, un homme parvient à rentrer chez une vielle dame à Décines et lui subtilise carte d’identité, carte bancaire et livret postal.
13 septembre 2011. Une aide à domicile est interpellée pour s’être servi de la carte bleue de la vieille dame dont elle s’occupe. Entre janvier 2010 et mai 2011, elle a réussi à détourner 36 160 euros.
4 octobre 2011. Une vieille résidant rue Francis de Pressensé (Villeurbanne) reçoit la visite d’un homme se présentant comme agent de désinfection. Il vient traiter son domicile contre des cafards et autres insectes, dit-il. Une fois chez elle, il l’occupe et en profite pour la dépouiller de 400 euros.
26 octobre 2011. Vers 11 heures, deux faux policiers s’introduisent au domicile d’une vielle dame, habitant Vaise. Ils affirment avoir interpellé l’individu qui a commis un cambriolage chez elle, quelques jours auparavant. En réalité, la dame subit un nouveau vol : à leur départ, elle constate la disparition de divers bijoux contenus dans un coffre-fort. Sans doute ce que les premiers avaient négligemment oublié.

Avec alcool, la fête est plus folle

Conséquences d’un arrêté municipal pris cet été, la vente d’alcool à Lyon a été interdite à partir de 22h du 18 juillet jusqu’au 10 septembre. C’était sans compter sur l’opiniâtreté des fêtards nocturnes.
Mardi 30 août 2011, dans la nuit, quatre jeunes hommes sont interpellés après s’être introduit par les égouts dans un débit de boissons, rue Sainte-Catherine (1er arrondissement).
Dans le quartier de Charpennes, le 19 septembre 2011, dans la nuit, des policiers progressent dans un sous-sol car une voisine a entendu des bruits sourds dans la cave. Soudain, ils tombent nez-à-nez avec un mec en train de donner des coups de marteaux dans un mur de la réserve d’un bar-tabac où sont entreposés des fûts de bières et des cartouches de cigarettes. Il leur intime l’ordre de reculer. Comme ils n’obtempèrent pas, il frappe un deck au visage (4 jours d’ITT).

Rouler sur l’or

Une tonne d’or volée à Limonest le 30 août 2011 au matin. Les deux gardiens neutralisés à l’aide d’une bombe lacrymogène. Et les voleurs repartent à bord du camion contenant l’or (d’une valeur de 300 000 euros). Juste une petite équipe de 5 à 7 hommes. Pour passer les barrages de gendarmes, ils abandonnent intelligemment le camion quelques centaines de mètres plus loin et transbordent la marchandise peu volumineuse. Reste à l’écouler chez des professionnels.

Vraisemblablement ennuyée par son taff de secrétaire d’agence immobilière dans l’Ouest lyonnais, une meuf échafaude un plan avec son petit ami et un pote. Les deux mecs rentrent dans l’agence et simulent un vol par effraction le 21 juin 2011. Ils embarquent des ordinateurs et des clefs de commerces et de clients qui veulent vendre leur appart. Pendant les mois suivants, la secrétaire indique aux deux bonhommes l’emploi du temps des vendeurs et les moments où les apparts peuvent être visités en toute tranquillité. Une fois à l’intérieur, les deux hommes se servent parcimonieusement si bien que les gens vont mettre des mois avant de se rendre compte qu’ils n’ont pas égaré leur carte bleue mais qu’on leur a volé. Les enquêteurs arrivent à remonter jusqu’à eux grâce à la vidéo-surveillance d’un hypermarché où ils utilisent une carte bleue dérobée. Interpellés le 6 et 9 septembre 2011, les trois se ramassent douze mois de prison dont 8 avec sursis.

Octobre 2011. Toujours autant de vols de cuivre dans la région lyonnaise. En cause, l’explosion du cours du cuivre en 2010 et donc l’explosion des vols : + 237% par rapport à 2009. 99 personnes arrêtées pour ces histoires l’an dernier. Et 91 cette année... L’État essaie bien d’endiguer le phénomène en signant des partenariats avec les professionnel du bâtiments (protection des chantiers) et la gendarmerie (surveillance du réseau ferré par hélicoptère), mais rien ne semble miner la détermination des voleurs. En moyenne dans le Rhône, un vol de métaux a lieu toutes les 36h. Dernière grosse saisie en date, la découverte, le 26 octobre 2011, lors d’un contrôle à Saint-Fons dans le coffre d’une voiture de 250kg de câbles de cuivre. Depuis l’État a signé un partenariat avec les ferrailleurs. Désormais, ils vont être obligés de tenir un registre des revendeurs et de payer par chèques et non plus en espèces.

Grillés par les gendarmes

Après les métaux, le vol de cigarettes est en hausse. Les braquages se suivent et se ressemblent, un le 31 mars 2011, un autre le 29 juillet 2011 et le troisième le 24 août 2011, tous dans le sud-est. À chaque fois des camions provenant de la banlieue lyonnaise et bourrés à craquer de cartons pleins de cartouches de cigarettes. Le 13 septembre 2011, après des recoupements d’informations et des filatures, 80 gendarmes, dont le GIGN, arrêtent deux hommes, l’un à Seyssel et l’autre à Givors. Le second est justement un ancien intérimaire employé quelques mois dans une société de transports. Il avait assez vite capté les tournées, les modes de livraison et les consignes de sécurité pour les chauffeurs.

De nos jours, il en faut peu aujourd’hui pour se prendre une perquiz’ dans la gueule. Dès qu’on sort un tant soi peu du circuit économique en soutirant frauduleusement à tel ou tel réseau de production-consommation de quoi survivre, les flics sont là pour tomber sur le dos des récalcitrants et leur rappeler leur place dans l’ordre social.
Le 19 septembre 2011, un mec se fait péter pour un vol de gaines électriques sur un chantier (600 euros). Perquisition chez lui et dans un second véhicule où les flics retrouvent une trentaines de jeux PS3 neufs sous blister, ainsi que de nombreux produits cosmétiques. En GAV, l’homme reconnaît 300 vols à l’étalage en 1 an dans différents magasins de l’agglomération lyonnaise. À raison d’un vol par jour environ, il subsistait comme ça. Les produits retrouvés sont restitués aux propriétaires. On ne le dira jamais assez : attention à ce qu’on garde chez soi.
Trois employés d’une cantine d’un lycée de la Tour-du-Pin passent en procès le 12 décembre 2011 pour vol et recel. Ils avaient pris l’habitude de ramener gigots d’agneau, pots de sauce et autres produits surgelés chez eux toutes les semaines, et ce depuis 2003. Suspendus de leur fonction, en contrôle judiciaire avec interdiction de se voir, ils encourent des peines de prison.
Le 24 janvier 2012, un jeune homme est interpellé dans l’Ain. Agent de sécurité pour une société de transport à Meyzieu, il profitait de son taf pour dérober des jeux vidéos et les revendre. En garde-à-vue, il reconnaît avoir carotté 400 jeux entre février et novembre 2011. C’est un simple contrôle dans un magasin spécialisé dans les produits d’occasion de Vaulx-en-Velin qui avait permit aux flics de constater que 56 jeux vidéos avaient été déposés par une même personne.

Bien mal acquis ne profite jamais... ou alors aux autres !

Elle avait vraiment une chance insolente. Le 25 novembre 2011, une jeune bourgeoise originaire des Monts d’Or empoche 11 000 euros aux machines à sous du casino Le Pharaon. Mais la roue tourne. Repérée dans l’établissement, elle est aspergée de gaz lacrymogène à sa sortie et se fait voler son pactole. L’homme a réussi à prendre la fuite.

La suite, les brèves de septembre à décembre :

En guise d’introduction
C’est une bien curieuse société dans laquelle nous « vivons ». Une société qui se sait absolument détestable et périssable. Une société qui n’a plus rien à proposer si ce n’est de sauver les meubles ou ce qu’il en reste : sauver les emplois, l’économie en crise, la planète. Derrière l’apparente abondance des « projets politiques » et autres « promesses » venant du champ politique traditionnel se cache le chantage à la politique du « moindre mal » : nous gérons comme nous pouvons, disent les dirigeants de tout poil, si nous n’étions pas là, ce serait l’extrémisme, le chaos, la guerre civile.

Police partout
Des flics partout, à toute heure du jour ou de la nuit. Qui patrouillent, contrôlent et font les chauds. Et qui parfois aussi se plaignent, se font mettre à l’amende. Petit tour d’horizon de la condition policière.

En lutte
Profs, cheminots, postiers, putes, pompiers, travailleurs sans-papiers. Les luttes se croisent sans jamais trop se rencontrer. Mais sont autant d’occasions d’organisation avec ses semblables.

Lyon Métropole
Des caméras aux derniers changements concernant les Hôpitaux Psychiatriques : dernières avancées des dispositifs de contrôle métropolitains.

Guerre sociale
Où l’on voit bien que derrière la tranquillité apparente des centre-villes se jouent des conflits sans merci.

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