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Un jour comme tous les autres : retour sur l’expulsion massive de demandeurs d’asile de la Part-Dieu

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10 Novembre 2017, un jour comme tous les autres. Un jour où la trêve hivernale ne s’applique pas dans les faits. Un jour où on expulse de force des dizaines de personnes -une soixantaine- de leur lieu de vie (et de leur vie) parce qu’apparemment vouloir avoir un toit sur la tête est un délit. Un jour où plusieurs autres abris de fortune dans la métropole risque à tout moment l’expulsion... Analyse, retour en vidéo et appel à soutien

Appelons tous les services de la mairie pour les forcer à prendre en compte cette situation :
0472103030

Soixante personnes, dont de nombreux mineurs, demandeurs d’asiles, qui avaient trouvé refuge dans le couloir d’un hôtel à la Part-Dieu, parce que la Croix-Rouge n’a pas de lit pour eux, parce que l’État et la Préfecture refusent de leur trouver une solution légale.
Des femmes, dont une enceinte, des enfants en bas âge (de 5 et 6 ans).

Un jour où on jette par dizaine des matelas, des tentes -des dons, vos dons, peut-être- et les affaires personnelles de ceux et celles qui ont eu le malheur de ne pas être là au moment de l’expulsion.

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En France, c’est la crise. On peut pas accueillir tout le monde. On n’a pas les moyens matériels. Mais on a les moyens matériels de jeter le nécessaire vital des gens, de jeter la vie des gens, les moyens matériels de monter des murs grillagés pour empêcher les gens d’accéder au lieu où ils ont vécus pendant des mois comme les moyens de payer un vigile avec un chien enragé pour monter la garde...

Expulsion massive de mineurs sans papiers à la Part-Dieu

Depuis août, une soixantaine de migrants principalement mineurs dormaient dans le couloir entre les hôtels de la gare de la Part Dieu. Ce Vendredi 10 novembre, en pleine trêve hivernale, prétextant des travaux, les flics ont expulsé ces personnes sans leur proposer aucune solution alors qu’elles ont (...)

12 novembre

De la même manière, aujourd’hui, 10 novembre 2017, plusieurs centaines de personnes vivent dans des campements à Sans Souci, on peut pas les loger, mais on construit un bâtiment monumental à cinquante mètres.

Et eux aussi seront expulsés demain. Ou dans une semaine. Ou dans un mois. Expulsés pour aller où ? Bah là où ils pourront, sur un autre terrain vague.

Demain, il y aura aussi des mineurs sans papiers expulsés parce que l’État français considère que des tests osseux, à la fois complètement erronés (quand ton poignet a trente ans et ton coude seize ans, on fait la moyenne des deux pour fixer ton âge) et eugéniques sont plus valides que des papiers de ton pays d’origine .

Faire disparaître les gens en les déplaçant. On a des gouvernements magiciens. Rendre la vie invivable. Un combat qui en mobilise des forces, pour le coup !

A Calais, à Paris ou à Lyon, les pouvoirs publics se déchargent de leurs prérogatives sur les associations ; des associations qui ont des moyens matériels et humains effectivement limités face au dénuement de tous ces gens.

On a refusé un hébergement d’urgence à plusieurs milliers de personne à Lyon, l’année passée, par le 115… pas de place pour vous.

Et puis on a fermé un centre d’hébergement à la Croix-Rousse parce que le bâtiment était bien plus propice pour un hôtel de luxe.

Il y a quelques semaines, pour la venue de Macron, on a expulsé des camps de Roms parce que vraiment, c’est pas très bon pour l’image de la ville.

Aujourd’hui, 10 Novembre 2017, un jour vraiment comme tous les autres.

Des associations d’aide aux personnes mal logées et aux migrants, il y en a. de nombreuses même. Et elles bossent, et elles ont des victoires : sur des cas individuels souvent -ou des groupes, parfois. Elles font tout un boulot juridique, d’aide matérielle ; leurs bénévoles donnent de leur temps, de leur énergie.

Mais il y a un problème. Il n’y a pas de mobilisation collective suffisante sur le sujet. L’apathie, le silence et l’indifférence règnent.

J’ai l’impression que la lutte contre la chasse aux migrants est toujours reléguée à l’arrière plans de nos luttes. Je me demande pourquoi, alors que cela faisait apparemment une semaine que les grillages se montaient, très peu de personnes étaient au courant de ce qui se passait.

Il me semble anormal que la lutte incombe à quelques associations, complètement débordées, ou même à la bonne volonté de quelques voisin.es. Parce qu’à Part Dieu, par exemple, c’était le cas dans les premières semaines : quelques-un.es, qui ne connaissaient pas forcément le milieu militant et associatif se sont occupé.es, de donner une aide matérielle de premier soin (brosses à dents, savons, etc..) aux quelques dizaines de mineur.es sans papiers qui étaient là au début (certain.es ont depuis étés pris en charge, notamment des mineurs). Même chose pour le collectif Agir Migrant, qui surveille seul si les flics ne délogent pas les migrants des archives départementales (Sans Souci), en faisant des rondes régulières, par exemple. Même toutes les opérations de relogement -squats- sont menés par des personnes qui doivent aussi s’épuiser.

Trop d’attaques du gouvernement dans toutes les sphères de la vie publique. Trop de luttes à mener. Et cela se comprend. On est nombreux à être dans la galère. Et à donner de son temps dans les luttes. Mais cela ne m’empêche pas de penser qu’il est dommage de fermer un peu les yeux sur ce qui ne touche pas directement nos intérêts. Parce qu’au fond, à qui le tour ?

Pourquoi est-ce que les manifestations en soutien aux migrants et aux mal logés ramènent toujours aussi peu de monde ?

Et pourquoi pas remettre cette question au centre des luttes ?

Parce qu’aucun.e de nous ne vit plus concrètement l’État policier et répressif que ces personnes.

Parce que la France et ses habitants-citoyens-avec un toit sur la tête sont objectivement privilégiés. Mais que ce qui arrive aux autres, pourrait nous arriver un jour.

Parce que notre confort vient directement de l’exploitation mondialisée par la division internationale du travail, des politiques guerrières et impérialistes de nos gouvernants -ventes d’armes, opérations armées, etc.

A Lyon, ce serait super qu’on arrive à mieux se coordonner entre les différentes associations d’aide aux migrant.es et mal logé.es (RESF, collectif jamais sans toit, collectif des étudiants sans papier, Agir Migrants, MRAP, milieu squat, ...) pour qu’on puisse construire un rapport de force contre les pouvoirs publics.

Pour qu’on fasse éclater l’omerta. Éclater nos privilèges.

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  • Le 13 novembre à 16:03, par rancé marie-madeleine

    Suite à l’évacuation de la Part-Dieu, nous hébergeons deux femmes et deux enfants ( 5 et 6 ans), demandeurs d’asile, dans une partie de la cour de notre immeuble abritée des intempéries et couverte mais pas complètement fermée ( une sorte de mezzanine), pas chauffée et sans électricité.

    Nous sommes à la la recherche d’un lieu d’hébergement plus adapté ( ne serait-ce qu’ une chambre) si possible dans Lyon 3 (les enfants sont scolarisés vers part dieu).

    Forum Réfugié lui aurait promis une place en foyer pour dans 3 semaines.

    Ce n’est peut être pas possible chez vous mais peut être chez quelqu’un que vous connaissez ?

    Sinon nous cherchons des lampes à pile et des repas chauds pour les soirs.
    Si vous avez des idées, merci de me contacter :
    mm.rance@gmail.com

  • Le 12 novembre à 21:32, par

    Ce n’est pas SANS SOUCI... Si le collectif Agir migrants est très présent et vigilant à MANDELA, de nombreuses associations, lieux d’accueil et habitant.es du quartier, sont également très présent.es aux côtés des demandeurs d’asile, sans parler des visites faites par Médecins du monde.

    Tract diffusé à 1500 exemplaires autour de Mandela, à la sortie d’écoles du 3e, aux ouvriers qui travaillent sur le chantier ORANGE, dans des commerces etc

    "A la veille de la trêve hivernale, la métropole demande l’expulsion de plusieurs dizaines de familles de migrants

    Lundi 30 octobre 2017, par une requête en référé devant le tribunal administratif, la Métropole de Lyon a demandé l’évacuation, juste à l’entrée dans l’hiver, du campement situé sur une parcelle près de l’esplanade Nelson Mandela à Lyon 3e. Le tribunal a validé cette demande d’expulsion sans proposer de solution d’hébergement aux personnes concernées.

    NOUS CONDAMNONS FERMEMENT CETTECISION DE JUSTICE
    IL Y A MISE EN DANGER DES 160 MIGRANT-E-S.

    Nous dénonçons :
    - l’aggravation les conditions de précarité faites aux migrants par les autorités (état, métropole, ville) dans la pure négation des droits les plus élémentaires.
    - les lenteurs administratives qui rendent difficiles la prise en charge de leur demande d’asile et la scolarisation des enfants.
    - l’absence d’hébergement décent.

    Nous exigeons, au nom de la Convention de Genève et des droits de l’homme :
    - des hébergements
    - des réquisitions de bâtiments vides
    - la scolarisation des enfants, sans que celle-ci soit interrompue par des expulsions
    - le versement de l’ADA (allocation de demande d’asile) dans des délais acceptables

    Ils sont plus de 160 migrant.e.s venu.e.s des Balkans. Nous sommes 140 citoyen.e.s réuni.e.s en collectif pour faire respecter le droit d’asile en France.
    Autoriser les destructions des camps, les évacuations et les expulsions ne résoudra en rien la situation qui leur est faite, et n’empêchera pas la circulation des personnes qui demandent asile et protection.
    Nous multiplierons les actions pour rendre décent le quotidien de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes qui ne fuient pas leurs pays par plaisir.

    NE LES RENDONS PAS INVISIBLES
    SOYONS NOMBREUX A LES SOUTENIR
    envoyez votre numéro de téléphone à agirmigrantslyon@yahoo.com.
    http://agirmigrantslyon.over-blog.com/
    Un matin, entre 6h et 7h, des migrant-e-s préviendront de l’arrivée des forces de l’ordre. Le collectif donnera l’alerte par sms.

    Accès au camp : tram T 4, bus 11 arrêt Archives départementales

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