« Je suis pute, je suis fière, Collomb/Sarkozy c’est la guerre ! »

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La Marche pour les droits des travailleurs et travailleuses du sexe a bien eu lieu à Lyon le samedi 19 mars à partir de la place des Terreaux. Une marche très colorée, débridée... En voici un compte-rendu.

Voir l’article qui annonçait la Marche pour les droits des travailleurs et travailleuses du sexe

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Place des Terreaux, à 14h30, nombreuses sont les banderoles... et les photographes. Plusieurs personnes portent des costumes de putes de tous les temps : une courtisane, une catin, etc...
De nombreuses personnes se camouflent derrière des masques blancs, et des perruques.

La marche dura presque deux heures pour rejoindre l’église Saint-Nizier. [1]

Sur le chemin, différentes réactions. Un type tente d’insulter... il sera désigné et montré du doigt au son de « Client ! client ! client ! » et vite abandonné de ses amis. Une lycéenne traversera la manif au bras de sa pote, en criant : « allez vous faire enculer ! »... Mais la plupart des passants restent observateurs, souvent à l’écoute, dans l’attente.

Pour mettre le ton, le devant du cortège avance en s’écriant : « Je suis pute, je suis fière, Collomb/Sarkozy c’est la guerre ! » Mais dès l’arrivée de slogans revendiquant le droit au travail et à payer des impôts, l’arrière du cortège a élevé sa propre voix : « on paie pas d’impôts, on est des grosses putes ! ».
D’autres phrases ont trouvé de l’écho parmi nous : « L’Elysée en feu, les proxos au milieu ! ». « À bas les maris, à bas les curés, à bas les proxos, à bas l’État ! » fut scandé dans un crescendo auquel des sourires ont largement répondu.

À la moindre apparition d’uniformes, une ligne de manifestants s’arrêtait en les désignant : « flics, violeurs, assassins ! ». Quant aux bourgeois se baladant le samedi après midi dans le deuxième arrondissement, ils ont eu droit à une remise en cause : « Un mari, c’est le même client, pour toute la vie ! » et « mon corps, est un champs de bataille ». Sans parler de l’interprétation de la chanson de Brel qui les compare aux cochons.
Pour les plus rétissants, une version explicite : « si je sais faire une pipe, je sais faire une bombe » ! Les terrasses ensoleillées ont pu s’interroger sur le sens de « moins de mariages et plus de pillages ! » et « le bordel, c’est dans la rue ! » (contre l’ouverture des maisons closes).

Les journaleux nous ont collé une bonne partie de la manif, jusqu’à ce que les premières cacahouètes heurtent leurs lunettes. Aux micros de France 3 qui tentaient d’interviewer des passants, le son fut saturé de « État proxénète, journalistes complices ! ». Harry Roselmack [2] souriait d’un air partenaire, sûrement fier d’être reconnu.

Une douzaine d’oeufs ont été lancés sur des vitrines de banques, et ont de même attéri sur le blouson de la star télévisée, au son de « TF1 c’est les putes de l’État ! ». Et puis, devant l’église, des cris de jouissances après « Carla Bruni, est une collègue ! ». Les portes de l’église Saint-Nizier ont été prestement fermées à notre arrivée.

Enfin, les rues ont été colorées de nos propres teintes, et malgré l’impossibilité de trouver des alliés - sachant le deuxième arrondissement en zone ennemie - le défilé nous a permis de nous rencontrer, d’avancer avec cynisme, sans aucun sentiment de honte ni de culpabilité.

« Je ne retournerai pas à l’usine ! pute si je veux, soumise quand je veux ! »

P.-S.

La veille, le 18 mars, les personnes travailleuses du sexe, les putes et autres alliées s’étaient retrouvées à Lyon pour les Assises de la prostitution.
La prostitution étant illégale, les personnes sont arrêtées et réprimées pour deux motifs : racolage passif (mini jupe ou annonce) et proxénétisme (partager un appartement, faire le site d’une escorte, distribuer des brochures ... ce qui peut les pousser a travailler). Il s’agit de se défendre...

Voilà un autre compte rendu de la manif paru sur mediapart, qui n’est pas mal non plus.

Notes

[1Le 2 juin 1975, un mouvement inattendu est lancé à Lyon : plus d’une centaine de prostituées lyonnaises occupent l’église Saint-Nizier pendant plus d’une semaine pour protester contre le harcèlement policier et les violences dont elles sont la cible. C’était la première fois que des femmes appartenant à l’une des catégories de la population les plus stigmatisées osaient faire front contre la répression. Ce lieu est rester un symbole.

[2présentateur de télévision

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  • Le 23 mars 2011 à 00:11, par Bo

    Trés bon moment passé ensemble ! Ces slogans étaient trés sympathiques mais ils ne doivent pas eclipser l’ampleur de la repression à lyon contre les prostituées et partout ailleurs en France.

    Une rectification de ton PS : la prostitution n’est pas illégale en France, elle relève du droit privée et donc de la liberté de disposer de son corps.
    Cependant tous les moyens de l’exercer sont réprimés : notamment le racolage qui depuis 2003 peut être « passif », c’est à dire que sans rien faire « par une attitude même passive » nous dit la loi, on peut considérer (la police et les juges) que vous avez « sollicitez des relations sexuelles en échange d’une rémunération ». Ca vous rappelle rien ? Le tu-l’avais-bien-cherché, non ?
    Cette mesure a été appliqué dans la rue trés majoritairement aux femmes et aux étrangères confirmant que ces deux catégories :
    - étaient les cibles de cette loi
    - ne sont pas les bienvenues dans l’espace public.

    Quant au proxénétisme « d’aide et de soutien », il criminalise toutes les situations d’entraide et de solidarité entre putes (qui peuvent toutes les deux etre poursuivies pour proxénétisme de l’autre (on dirait que j’invente mais même pas) ) et toutes les personnes qui pourraient filer un coup de main à une femme ou un homme prostituée ! C’est une loi d’isolement social, personne n’a le droit de t’aider sauf les services sociaux et la police : CAUCHEMARD !

    Dans plusieurs villes de France, cette poursuite est privilégiée par les « forces de l’ordre » vis à vis du proxénétisme de contrainte en raison d’une politique du chiffre largement favorable au premier.

    La droite et la gauche causent en ce moment de pénaliser les clients c’est à dire d’interdire l’achat de service sexuel, ce qui reviendra à pouvoir vendre mais à ne pas pouvoir acheter, poussant toutes les prostituées dans plus de clandestinité et de violence. L’avantage pour les deux partis : faire disparaitre les prostituées de rue et passer d’une politique abolitionniste à une politique prohibitionniste dont ils rêvent tous les soirs dans leurs lits.... sauf quand ils vont « au pute »....

    A lyon, tous les jours, des femmes prostituées paient des amendes et des fourrieres à l’Etat en raison des arrêtés municipaux successifs, des centaines d’euros par semaine et depuis plusieurs années, et pour quoi ? C’est le prix du bout de trottoir ? la taxe sur prostitution ? C’est pourquoi un autre slogan de cette manif était « non à l’état proxénète ! »

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