Appel à une Pride de nuit à Lyon en mixité choisie vendredi 14 juin

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Lyon 3e Manif

Nous, déviant-es, hors-normes, décadent-es, bizarres, étranges, queer, on est pas là pour être accepté-es, on est pas là pour être toléré-es.
Assez de se faire tabasser la nuit, ce soir on se la réapproprie. Assez d’être récupéré-es pour vos politiques LGBT, on veut pas de votre hypocrisie à gerber. Assez de faire du fric sur notre gueule, votre char Mastercard on le zbeule. Assez de criminaliser le travail du sexe, l’Etat ne nous protégera jamais autant que le latex. Assez d’être invisibilisé-es au sein de notre communauté, on a toustes plein d’autres identités.

« Sous les paillettes, la rage »

[Précision : Cet appel a été rédigé par des personnes qui se reconnaissent sous différentes étiquettes dont il serait difficile de faire une liste exhaustive : trans, non-binaires, pédés, bi.e.s, gouines, intersexes, etc. C’est surtout notre objectif d’organiser une Pride de nuit qui nous a réuni-es afin de faire entendre nos revendications anti-patriarcales.

Les termes avec astérisque sont définis dans le lexique à la fin.]

Un beau jour, nous découvrons la marche Gay et Lesbienne de Lyon et décidons de célébrer nous-mêmes cette fête étrange. Nous décidons tout simplement de kidnapper Noah l’État, Thomas le Patriarcat*, Chantal le Capital et Bernadette la Dyacishet* et de les remplacer par nos ami-es qui, au contraire, sont fabuleuxses, solidaires et très en colère, lors d’une Pride de nuit à Lyon le 14 juin 2019. Au programme : manif, chants et actions.

  • Mais que revendiquons-nous donc ?

Nous souffrons de savoir que les personnes intersexes* sont mutilées et, plus largement, dépossédées de leurs corps. Nous souhaitons leur autonomie et leur autodétermination.

Nous militons pour la suppression de la mention de genre à l’état civil et le démantèlement de la SoFECT (rebaptisée FPATH)*. Contrairement à cette dernière, nous soutenons un accès libre à des transitions dépsychiatrisées et non-pathologisantes et, plus largement, un accès non-discriminé aux soins et autres services publics pour les personnes trans*.

Nous en avons assez que les travailleureuses du sexe (TDS)* soient marginalisé-es et invisibilisé-es, notamment à cause de lois abolitionnistes telles que celle de pénalisation des clients de 2016. L’abolitionnisme, selon le STRASS (Syndicat du Travail Sexuel), a d’abord signifié « l’abolition de la réglementation spécifique à la prostitution ». Puis, il est devenu aujourd’hui la « volonté d’abolition de la prostitution » elle-même. Cela passe par la répression étatique et policière des TDS. [1] Nous soutenons à l’inverse l’auto-organisation de leur travail décriminalisé.

Nous nous battons pour que les personnes séropositives (dont un certain nombre est trans) et migrantes ne soient plus expulsées par l’État français et ainsi privées de leurs soins. Le 10 Octobre 2019 sera organisée à Lyon la conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Celle-ci rassemblera l’OMS, des États et sera présidée par Macron. Nous sommes outré-es par l’incohérence des actions de l’État qui expulse des personnes séropositives tout en prétendant une politique de soutien à ces mêmes personnes.

Enfin, nous dénonçons l’inégalité entre les couples cis*-hétéro et non cis-hétéro (couples homo, couples trans) dans l’accès à la PMA et à l’adoption, conséquence de l’hétéronormativité*.

  • Petit retour historique pour comprendre notre initiative de proposer une Pride de Nuit…

Il y a 50 ans cette année, éclataient les émeutes de Stonewall dans la Christopher Street à New York, pour exprimer le ras-le-bol des personnes LGBTI+ racisées face aux répressions policières dans leurs communautés. Ce combat était mené par des femmes trans racisées, notamment Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera. La queer/transphobie et le racisme qu’elles subissaient les précarisaient gravement et menaçaient leur sécurité. Ces émeutes marquèrent le début du mouvement de « libération gay » pour plus de justice pour les LGBTI+, avec notamment la fondation du STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries). Leurs actions radicales ont notamment inspiré l’activisme de la lutte contre le SIDA des années 80. Ces émeutes furent commémorées un an plus tard lors du Christopher Street Liberation Day, marqué par la première « Gay Pride ». Depuis, cette marche des fiertés est organisée chaque année dans de plus en plus de villes à travers le monde.

  • Mais pourquoi voulons-nous une pride de nuit en mixité choisie sans cis-hétéro dyadique et avec les travailleureuses du sexe ?

La pride de nuit est une manifestation nocturne de personnes TPBGQIA+*/TDS qui considèrent que les marches des fiertés (de jour) sont aujourd’hui dépolitisées et institutionnalisées. Or, nous considérons nos revendications comme un ensemble de luttes politiques contre un système de pouvoir. Ce système nous oppresse notamment à travers ses institutions politiques, médiatiques et capitalistes : lois et discours discriminatoires ; représentation stéréotypée, inégale, donc nocive dans les médias ; précarisation... En se proposant comme une alternative aux marches des fiertés de jour, notre Pride de nuit refuse de reconnaître comme légitimes ces institutions-là, encore moins comme ayant une place dans nos luttes. Nous allons leur crier haut et fort notre ras-le-bol, notre colère, notre épuisement et appeler à leur démantèlement.
Nous revendiquons la réappropriation d’un espace public qui est traditionnellement en non-mixité par et pour les hommes cis. Notre accès et notre sécurité dans cet espace sont actuellement caractérisé-es par les agressions verbales, physiques et/ou sexuelles, en particulier la nuit. Nous considérons cette mixité choisie comme un besoin et un outil d’émancipation, de visibilisation et d’empuissancement face au regard dyacishet*. Notre lutte contre le patriarcat sera par et pour les personnes que celui-ci oppresse (ou ne sera pas). Nous pensons qu’une Pride de Nuit autonome et en non-mixité permet d’envoyer un message sans concession contre la marchandisation et l’instrumentalisation de nos luttes, qui se font par exemple par du pinkwashing*. Enfin,nous considérons que la réappropriation de cet espace passe par l’action.

Pour les personnes alliées déterminées à nous aider dans notre lutte, nous vous invitons à relayer notre appel et nos infos.

  • Nous pensons à l’accessibilité des actions que nous proposons

Pour les personnes en situation de handicap concernées qui veulent participer : nous réfléchissons déjà à rendre cette manifestation la plus accessible possible. N’hésitez pas à contacter par message privé la page Facebook « Pride de nuit Lyon » afin d’avoir plus de renseignements.

Alors, si toi aussi tu es fabuleuxse, solidaire et en colère ; si tu souhaites participer à la manifestation en mixité choisie (SANS cis-hétéro dyadique et AVEC toustes les travailleureuses du sexe) à nos côtés ; si tu ressens le besoin de visibiliser nos luttes par des actions déterminées, n’attends plus et rejoins la Pride de nuit de Lyon, le 14 juin !

« On n’est pas là pour décorer, on détruira votre société »

Co-signataires : CARTEL Queer, arcENSiel, Couvent des 69 Gaules, Collectif Pamplemousse, Hippoqueer, Association Plurielles, Les Démineurs, Exit, Association LGBT Lyon 2, Médic’Action, Association Marsha, Queer Auvergne

  • Lexique
    - Cis(genre) : qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à la naissance ; contraire de trans(genre)
    - Dyadique : dont le sexe biologique congénital (chromosomes, organes génitaux, hormones et gonades) est typiquement perçu comme masculin ou féminin ; contraire de intersexe
    - Dyacishet : abréviation désignant les personnes dyadiques, hétérosexuelles.
    - Hétéronormativité : croyance selon laquelle tous les individus appartiennent à un des deux genres distincts et complémentaires (homme et femme) possédant des rôles naturels dans la vie.
    - Iel : un pronom neutre de la troisième personne du singulier permettant de désigner une personne sans distinction de genre et permettant aussi d’éviter la règle du masculin "neutre" et du "le masculin l’emporte toujours sur le féminin"
    - Non-binaire : personne ne s’identifiant exclusivement ni au genre masculin ni au genre féminin ; cela peut être entre les deux, les deux en même temps, partiellement l’un ou les deux, aucun des deux, etc. ; n’est donc pas cis
    - Patriarcat : système social dans lequel les hommes tiennent le pouvoir et prédominent dans les rôles de leadership politique, d’autorité morale, de privilèges sociaux et de contrôle de la propriété
    - Pinkwashing : soutien de façade aux personnes LGBTI+, qui permet de faire du profit ou se donner bonne image tout en cachant l’oppression de ces personnes dans la réalité et/ou d’autres groupes
    - SOFECT (récemment rebaptisée FPATH) : association de médecins autoproclamés spécialistes de la transidentité qui travaillent à la marginalisation, à la normalisation et à la psychiatrisation des personnes trans
    - TDS : travailleureuse du sexe (par exemple : prositué-e, escort ou encore acteurice porno)
    - TPBGQIA+ : Trans, Pédés, Bi-es, Gouines, Queers, Intersexes, Asexuel-les et le "+" désignent les autres orientations sexuelles et identités de genre marginalisées
Pride de nuit à Lyon le 14 juin 2019

Place Guichard à 20h00

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