Cater, phase terminale ?

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7 mois de conflit à Caterpillar (Grenoble). 7 mois de lutte, de grèves, d’occupations, de manifestations.
Des blocages de voies ferrées, des actions dans les supermarchés, la séquestration de l’équipe
de direction du groupe France pendant plus de 24 heures… Et à l’arrivée pas grand chose.

La direction s’est montrée quasi inflexible
sur les indemnités de licenciement
(refus d’accorder 30000 euros plus trois
mois par année d’ancienneté). Mi mai,
FO, la CFTC et la CFDT ont signé un « protocole
de fin de conflit » permettant de
ramener les suppressions de postes de 733
à 600 licenciements, contre l’adoption d’un
accord cadre sur les 35 heures annualisées.
Tu parles d’une victoire : les salarié-es des
sites d’Echirolles et Grenoble pourront
désormais se faire des semaines de 60 heures
en cas de grosses commandes, c’est
la fi n des heures supp’, les congés seront
strictement contrôlés en fonction des
impératifs de productivité, et le tout sans
compensation salariale.

Un référendum interne à l’entreprise est
prévu pour octobre, histoire d’entériner le
truc. Mais d’ici là, la plupart des lettres de
licenciements seront déjà arrivées, et les
sanctions sont déjà tombées pour 19 grévistes
particulièrement rodaves, qui se sont
trouvés assignés par la direction (mises à la
porte et mises à pied). Les syndicats avaient
décrété la levée de ces sanctions comme
préalable à la reprise des négociations.
Ils se sont dégonfl és là dessus aussi. « Le
problème c’est que les délégués syndicaux
sont assez nuls dans l’ensemble. Ils se font
manger. D’ailleurs y en a plus que trois à
aller aux réunions, tous les autres sont en
arrêt maladie ».

La politique de la direction est assez claire :
casser le mouvement par des sanctions
internes ou judiciaires (même si là, pour
l’histoire de la séquestration, les juges n’ont
pas suivi) ; et puis proposer aux salariés le
grand jeu de la démocratie avec des scrutins
internes pour déterminer à quelle sauce ils
se feront bouffer. On dirait le programme
de Sarkozy en matière de droit social, avec
la criminalisation de la lutte d’un côté et de
l’autre les référendums pour le retour à la
normale, au bout d’une semaine.
Alors, c’est la fin du conflit à Cater ? Dans
sa phase ouverte, peut-être. « Mais ils savent
bien que les gars qui vont rentrer, on va
saloper le boulot, ralentir les cadences. De
toute façon tout le monde veut se barrer,
prendre la thune et monter sa boîte, n’importe
quoi… Ils en ont rien à foutre, eux
ils veulent fermer les sites ». Cater Grenoble
a servi de plate-forme laboratoire pour
développer des « process » de plus en plus
efficaces, qui permettent de monter des
machines en équipes réduites. Ce savoir-faire,
il va suffire de le transplanter en Belgique
et en Roumanie pour faire baisser les
coûts de production. Au mieux la direction
maintiendra une sorte d’usine en carton
pâte en Isère, histoire d’amuser la galerie.
Fin mai les salarié-es sont rentré-es au
chagrin. Cassé-es par l’alternance grève
chômage technique. Sous la pression aussi
des petits chefs, des huissiers au taquet
pour relever la première saute d’humeur
ou les tentatives d’agitation dans les ateliers.
Témoignage d’un assembleur du site
d’Echirolles : « Moi, par rapport aux collègues
assignés j’ai tout de suite dit j’arrête, on
sort tous. Mais directement le contremaître
m’est tombé dessus. Et après quoi… C’est
vrai aussi qu’on est parti fort. Les gens
des bureaux ont mangé. Des insultes, des
pétards, on leur jetait des poubelles à la
gueule, et puis il y a eu les feux devant la
boîte… C’est pour ça qu’ils ont fait venir
les huissiers et tout. Le problème aussi
c’est comment ils sont [dans les bureaux],
quand ils dessinent une nouvelle pièce ils
descendent jamais discuter avec les équipes
pour savoir si ça nous pourrit pas le boulot…
La direction c’est même pas la peine, ils
nous traitent comme des chiens. Moi y a
des chances qu’ils me gardent mais quand
je vais rentrer y aura qu’à voir comment
je vais bosser. C’est fini. Dans tous les cas
c’est fini ».

Alors une victoire ça serait quoi ? « La levée
des sanctions pour les collègues, déjà. Y en
a qui demandent le paiement des jours de
grève, je sais pas… Ce qu’il faudrait c’est
que plus largement ça prenne, que les colères
se regroupent et là un coup d’Etat [il se
marre en disant ça, c’est dit joyeusement],
je déconne pas, il faut tout retourner ».
Il y a eu quelques tentatives de convergences,
comme on dit : des actions communes
avec les étudiant-es en lutte, des ouvriers
de Cater sont allés parler aux AG, des collectifs
d’habitant-es précaires sont venus
du voisinage pour faire tourner la cantine
collective, proposer des coups de main sur
les piquets. Pas de maille ou si peu. Mais
les grévistes de Cater auront quand même
réussi à arracher quelques beaux après-midis,
des petits matins rieurs et incandescents
devant les barricades de pneus. Et la colère
rentrée contre l’usine, contre la galère a
commencé à sortir, à faire son chemin. Un
petit groupe discute tactique sur la fi n de la
dernière journée de grève, après la pétanque,
les coups à boire et les joints qu’on
partage : « bon on retourne là bas, on crame
tout et les jaunes qui veulent pas sortir ils
brûlent aussi ». Tout le monde se marre.
« Non, sérieusement, s’ils veulent pas lâcher
plus on retourne là-bas et on se sert. Tout
le monde repart avec une machine et on
débarque en ville ».

Et nous raserons la ville en passant.

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