Easydentic, parce que vous êtes puni !

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Biotechnologies

Lorsqu’on est accueilli en résidence aux Subsistances, lieu culturel à Lyon, pour obtenir la clé de sa chambre il faut passer sans avertissement et sans précaution envers les usagers par un dispositif biométrique, mis en place, ici, pour de banales raisons de praticité et d’efficacité. Il s’agit de donner ses empreintes de l’index droit et gauche, numérisées dans une base de données centrales au poste de sécurité.

EASYDENTIC, PARCE QUE VOUS ÊTES UNIQUE

Lorsqu’on est accueilli en résidence aux Subsistances, lieu culturel à Lyon, pour obtenir la clé de sa chambre il faut passer sans avertissement et sans précaution envers les usagers par un dispositif biométrique, mis en place, ici, pour de banales raisons de praticité et d’efficacité. Il s’agit de donner ses empreintes de l’index droit et gauche, numérisées dans une base de données centrales au poste de sécurité. Dispositif géré par une société privée, sous traitante de la ville de LYON employée pour la sécurité Incendie et contrôler les entrées et sorties du site. Le seul bâtiment équipé de la borne est celui où sont invités les artistes en résidence. Étrangers à la vie continue du lieu, ils sont intermittents, de passage donc. Une caméra complète le dispositif. Un magnifique couloir, 17 chambres, une cuisine commune, un salon, une buanderie. Ainsi, un dispositif biométrique de sécurité, dont l’usage s’est renforcé aux Etats-Unis sous différentes formes après les attentats du 11 Septembre, et qui gagne l’Europe, la France, les lieux culturels, est mis en expérimentation sur un territoire ne présentant pas des caractéristiques nécessitant une telle protection. Mais beaucoup d’usagers réels et potentiels ignorent tout de cette nouvelle forme de contrôle et se trouvent démunis face à son usage.

QUEST-CE QUE LA BIOMÉTRIE ?

La biométrie est une technologie utilisant un grand nombre de données biologiques individuelles afin de les numériser et de les enregistrer dans une base de données. Il s’agit de numériser des informations telles que les empreintes digitales, l’iris, les caractéristiques vocales, etc. Toutes ces informations sont ensuite stockées sous forme de puces électroniques. Le principe est de fournir des documents infalsifiables et permettant une identification extrêmement rapide des individus. Des informations non-biologiques (casier judiciaire, nationalité, etc.), pourront être ajoutées aux informations biologiques et permettront aux autorités d’être informées de l’intrusion d’individus potentiellement dangereux.

POURQUOI IL FAUT LA REFUSER, ICI ET AILLEURS

« Il ne s’agit pas seulement d’une réaction épidermique face à une procédure qui a longtemps été imposée à des criminels et à des accusés politiques. S’il ne s’agissait que de cela, nous pourrions bien sûr accepter moralement de partager, par solidarité, les conditions humiliantes auxquelles sont soumis aujourd’hui tant d’êtres humains. L’essentiel n’est pas là. Le problème excède les limites de la sensibilité personnelle et concerne tout simplement le statut juridico-politique (il serait peut-être plus simple de dire biopolitique) des citoyens dans les Etats prétendus démocratiques où nous vivons. On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. Le fichage électronique des empreintes digitales et de la rétine, le tatouage sous-cutané ainsi que d’autres pratiques du même genre sont des éléments qui contribuent à définir ce seuil. Les raisons de sécurité qui sont invoquées pour les justifier ne doivent pas nous impressionner : elles ne font rien à l’affaire. L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens. Ce qui est en jeu ici n’est rien de moins que la nouvelle relation biopolitique « normale » entre les citoyens et l’Etat. » [1] Aujourd’hui, les autorités et les industriels préparent le terrain pour une diffusion massive de cette technologie : « La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. » Ces préconisations du GIXEL, le lobby des industriels du secteur de l’électronique et du numérique, sont suivies à la lettre : lancement en France du projet INES (carte d’Identité Nationale Sécurisée), contrôles biométriques à l’aéroport de Roissy, diminution des pouvoirs de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avec la loi du 15 juillet 2004, exposition de propagande grand public à la Villette... Et pour familiariser toute la population, on commence par les gamins, comme le conseille le GIXEL : « les méthodes pour faire accepter la biométrie devront être accompagnées d’un effort de convivialité [...] : dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine. » [2] Le meilleur des mondes. Ici, les artistes en résidence. Avec l’approbation de la direction des Subsistances qui ne propose solution alternative pour accéder au bâtiment à celui qui refuse d’utiliser le dispositif.

QUEST-CE QUUN DISPOSITIF ?

« J’appelle dispositif tout ce qui a d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. Foucault a ainsi montré comment dans une société disciplinaire, les dispositifs visent, à travers une série de pratiques et de discours, de savoirs et d’exercices, à la création de corps dociles mais libres qui assument leur identité et leur liberté de sujet dans le processus même de leur assujettissement. Le dispositif est donc, avant tout, une machine qui produit des subjectivations et c’est par quoi il est aussi une machine de gouvernement. » (1) EASYDENTIC, PARCE VOUS ETES UNIQUE c’est le slogan de la société inscrit sur la borne inoffensive à l’entrée du bâtiment.

DISPOSIF ILLEGAL AUX SUBSISTANCES

« Tous les traitements comportant des données biométriques doivent faire l’objet d’une autorisation préalable de la CNIL. Aucun dispositif biométrique n’a fait l’objet d’un « label CNIL » ou d’un agrément a priori. » « Comme elle l’a déjà rappelé à l’occasion des quatre refus d’autorisation délivrés le 12 janvier 2006, la CNIL considère que le traitement, sous une forme automatisée et centralisée, des empreintes digitales ne peut être admis que dans la mesure où des exigences impérieuses en matière de sécurité ou d’ordre public le justifient. » (cnil) C’est le système utilisé actuellement aux Subsistances. A ce jour aucune autorisation de la CNIL n’a été présentée à ceux qui refusent de l’utiliser. Et personne n’a respecté notre droit d’opposition.

LE LABORATOIRE DE CRÉATION ARTISTIQUE : LIEU D’EXPÉRIMENTATION ET DE CONFRONTATION

C’est écrit sur la plaquette de communication des Subsistances. Ici, s’expérimentent des formes nouvelles de l’art, un futur. Des champs de constructions et représentations sensibles. Comment rester indifférent à l’élaboration froide d’un monde dans lequel le corps de chacun deviendra le Pass pour pénétrer les espaces autorisés ? Espaces desquels les intrus, les étrangers, les enfants qui n’ont pas leurs tickets de cantine seront rejetés sans arrangement possible. Comment ne pas penser que dans les gestes les plus banals du quotidien se fabrique le monde auquel par manque d’attention, par peur de la confrontation, nous collaborons ? Comment se pense aujourd’hui notre lien entre le réel et sa représentation ? « L’erreur fondamentale de la « science moderne » - celle qui a engendré tous les désastres que nous subissons aujourd’hui – est de prétendre qu’elle peut étudier et manipuler les êtres vivants, les hommes et leur monde tout comme étudier et manipuler les choses dans ses laboratoires. Or les êtres vivants et les hommes ne peuvent êtres réduits à l’état de choses sans être très gravement mutilés ; sans que leur soient ôtés les capacités qui fondent leur spécificité d’êtres vivants, sensibles et pensant. Ce qui distingue les êtres des choses, c’est cette capacité d’avoir une grande diversité de rapports entre eux et avec le monde qui les entoure, et par là pas seulement subir et s’adapter aux circonstances, mais aussi d’utiliser et de transformer ces circonstances pour vivre à leur manière. En les traitant comme des choses, non seulement on nie l’existence de leur liberté et de leur autonomie, mais surtout on en vient naturellement à vouloir la supprimer, puisqu’elle devient un obstacle à leur manipulation en tant que choses. » [3]

EASYDENTIC, PARCE VOUS ÊTES PUNI !

Notes

[1Giorgio Agamben non au tatouage biométrique et qu’est-ce qu’un dispositif ?

[2cqfd : biométrie à la cantoche

[3Bertrand Louard DESSIDENTS INTRANQUILLES

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