Expulsion illégale d’un squat : les familles à la rue ne sont pas des marchandises !

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Lyon

Ce vendredi 26 mars la mairie soit-disant « de gauche » et la préfecture ont collaboré main dans la main pour expulser un squat de personnes sans-abri. En plus de laisser de nombreux-ses personnes à la rue, cette expulsion s’accompagne d’une violente répression policière et judiciaire. Un des camarades expulsé-es est actuellement en prison.

À Lyon chaque jour plus de 1 300 personnes appellent le 115 pour un hébergement d’urgence mais n’obtiennent aucune place et sont laissées dehors par les autorités en toute indifférence. Pourtant à Lyon plus d’un logement sur 20 est vacant. Face à cette politique indécente et meurtrière, des gens s’organisent pour occuper ces bâtiments vides, qu’on compte par centaine à Lyon.

En 2014, pour faire expulser un immeuble squatté, la mairie de Lyon avait décrété un « arrêté de mise en péril », prétextant que le bâtiment était en mauvais état, risquait de s’écrouler, et qu’il fallait expulser les habitant-es pour leur « sécurité » (mettre des gens à la rue, belle conception de la mise en sécurité).

Depuis, des travaux de rénovation ont été faits et l’arrêté péril a été levé en 2019 par la mairie [1] [2]. Le bâtiment, toujours vide depuis cette expulsion, est même laissé ouvert après la rénovation. Cible d’un conflit entre certain-es des coproprio et des bailleurs sociaux, le bâtiment va probablement rester vide et inutilisé pour encore des années.

Mardi 23 mars au soir, un collectif de précaires a réinvesti les lieux en toute discrétion. La loi interdisant (en théorie) d’expulser un squat installé depuis plus de 48 heures sans décision d’un juge, l’occupation a donc été rendue visible deux jours plus tard, vendredi 26 mars au matin.

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Suite à une journée de coups de pression et de violences des keufs, la préfecture a déployé un gros dispositif policier. Après avoir bouclé le quartier, matraqué et gazé de nombreuses personnes venues soutenir l’occupation et apporter à manger, les keufs ont défoncé les portes du bâtiment à coup de disqueuse, bélier et pied de biche. L’expulsion s’est faite après 19 heures, le couvre-feu c’est quand ça les arrange.

Conseil pratique : ne pas donner d’identité aux flics
Au passage, les keufs ont dans un premier temps dit que ce qui posait problème, c’est que les occupant-es n’avaient pas donné leur identité. Iels ont demandé l’identité d’un-e des occupant-es pour pouvoir « dialoguer », menaçant d’expulser et sous-entendant qu’il serait possible de rester s’ils avaient une identité. L’un des occupant-es s’est désigné et leur a donné son identité. Les keufs lui ont alors dit en rigolant que ça ne changeait rien, que c’était juste pour le ficher et qu’il n’y aurait pas de dialogue et quand même une expulsion. Le copain a même du faire un tour au poste après l’expulsion. Dans le futur, on conseille donc aux potes qui voudraient réquisitionner des logements vides de ne lâcher aucune identité aux flics, ça ne donne aucune garantie.

Pour justifier cette expulsion illégale, les flics ont retenu le témoignage d’un-e des proprio du bâtiment qui a affirmé sans preuves ne pas avoir vu d’occupant-es depuis 48h (normal puisque quand on risque une expulsion, on reste discret-es), bien que depuis mardi soir aucun des proprio ne soient entré-es dans l’immeuble pour vérifier.

Les occupant-es avaient en revanche des preuves sérieuses : plusieurs photos datées, dont l’authenticité a été certifiée par huissier électronique [3]. Les flics ont préféré croire sur parole un-e proprio qui n’avait aucune preuve. Deux poids, deux mesures : entre le droit à la propriété et le droit inconditionnel au logement, on sait dans quel camp est la préfecture.

Les écolos et les socialistes, très enclin-es dans les paroles à critiquer le gouvernement sur ses politiques sociales et migratoires criminelles, ont collaboré et facilité l’expulsion. Proposant une « médiation », Sandrine Runel, élue à la mairie du 8e et adjointe à la Métropole à la solidarité et l’inclusion sociale, est venue sur place.

Runel a proposé un relogement dans la soirée des occupant-es, sans préciser où ni pour combien de nuits. Proposition refusée par les occupant-es, car iels avaient des dizaines de numéros de gens à la rue qui avaient également besoin de cet immeuble mais qui n’osaient pas venir pour le moment, notamment des familles qui craignaient pour leurs enfants à cause de la présence des keufs.

Runel a alors proposé que les occupant-es sortent, en échange de quoi elle s’engageait à héberger 5 familles dont on lui donnerait le contact, toujours sans préciser où ni pour combien de temps.

Mme Runel considère-t-elle donc les familles à la rue comme une marchandise ? Aux yeux de la gauche et des écolos, des enfants qui dorment dehors sont-iels uniquement une monnaie d’échange ? Les occupant-es ont répondu que si elle avait les moyens de loger 5 familles, elle devait le faire sans condition (on le rappelle même si ça semble évident : le droit au logement est INCONDITIONNEL). Prétextant le ton agressif des occupant-es, Runel s’est cassée. Personne n’a été relogé. (Il y a un mail en fin d’article si vous avez des plans pour héberger les expulsé-e-s.)

Runel a dit que la mairie allait décréter un nouvel arrêté péril sur l’immeuble, alors que le précédent avait été levé en 2019 suite aux travaux de rénovation. Si la mairie s’était réellement soucié d’un risque à l’intérieur, elle n’aurait pas laissé cet immeuble vide – dont elle fait partie des copropriétaires – ouvert. Cet arrêté péril n’est qu’un prétexte pour faciliter l’expulsion. La mairie a déroulé le tapis rouge aux keufs.

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Devant l’immeuble, des ami-es, des passant-es solidaires, des voisin-es, ont tenté de protester face à l’expulsion. Iels ont été matraqué et gazé par les flics. Une personne solidaire a été embarquée par les flics. L’État est coupable de ces violences, la Métropole et la mairie de Lyon en sont complices. Nous exigeons l’abandon des poursuites contre la personne arrêtée, dont le seul tord est d’avoir manifesté son soutien à des personnes précaires.

Durant l’expulsion du bâtiment, les keufs ont contrôlé l’identité de tou-te-s les occupant-es. Les flics ont laissé partir les personnes blanches et ont embarqué deux personnes noires en les appelant « les sans-papiers ». Pourtant, presque personne n’avaient donné de papiers lors du contrôle. L’un d’eux est ressorti samedi matin après une nuit en garde-à-vue et un passage à la PAF (police aux frontières). L’autre est actuellement en maison d’arrêt. Nous dénonçons ces arrestations racistes et arbitraires et cet acharnement judiciaire, et exigeons la libération immédiate de notre camarade !

P.-S.

Des dizaines de personnes qui dorment actuellement dehors se retrouvent sans solutions suite à cette expulsion. Si vous avez des plans, une chambre de libre pour quelques jours où semaines, n’hésitez pas à nous contacter à : requisitions69@riseup.net

Merci de ne pas saturer la boîte mail avec des conseils inutiles du type « appelez le 115 » ou « demandez à un-e assistant-e social-e » : si on en arrive à tenter le squat comme solution, c’est qu’on a épuisé toutes les possibilités institutionnelles et ça n’a rien donné.

Notes

[1Extrait de la décision de mainlevée de péril (voir ici page 5) :

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[2Confirmation de la mairie qu’en mars 2021 aucune nouvelle interdiction d’habiter n’avait été mise en place :

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[3(Les photos et certificats d’authenticité sont consultables ici. Identifiant : CHEDDAR@FRITESNRV. Mot de passe : clamouralaplage. Ensuite, allez dans le dossier « logement ».
Les photos prouvant la présence dans les lieux :

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et les certificats d’huissier attestant de leur date :

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