Gentrification à la Duchère II, le retour des technocrates !

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La première partie de cette interview, avec un militant associatif de ce quartier populaire du 9° arr. de Lyon, ce terminait sur les moyens de pressions au départ lors de la saine « réhabilitation » du quartier… Un euphémisme servant à nos élites locales pour désigner le bannissement des pauvres, qui plus est d’origine « pas d’chez nous », de l’enceinte de notre cité « Patrimoine Mondial de l’UNESCO » (poil au dos). Le lecteur/la lectrice attentif/ve de la propagande municipale aura noté que le thème du logement social est très à la mode depuis les émeutes de l’automne dernier. Lisez cet article comme une réponse du Popouri à tous leurs mensonges éhontés !

[à propos des tentatives forcées de délogement…]

BERTRAND BOSC : Donc, un certain nombre de gens avec qui on est très proche, qui voulaient être les derniers à lâcher, et qui effectivement étaient les derniers à lâcher, ont été épuisé-e-s par ce combat. Sans compter tout ceux / toutes celles qui n’ont pas attendu ce moment-là pour tomber malade, parce que ça les a tellement traumatisé…

LE POPOULIT-BüRO : Est-ce qu’on peut dire que dans le cadre du GTI, vous avez réussi au moins en partie à briser cet isolement qui rend les gens d’autant plus vulnérables aux pressions de la mairie ?

B.B. : Ce qu’on a essayé de faire en tout cas, c’est déjà de mettre la pression pour que la municipalité, le G.P.V. découvrent que c’est important qu’il puisse y avoir un accompagnement. Pour la barre 200 il y avait accompagnement, pour la 260 ensuite et la 210 ça laissait à désirer, il n’y avait rien. Il y avait simplement quelqu’un des H.L.M. qui était plus particulièrement concerné par le dossier. Mais quand on sait que finalement les populations qui sont à la Duchère sont souvent des extrêmes… On a des gens qui sont arrivés il y a quarante ans, du temps de la Guerre d’Algérie… et qui ont quarante ans de plus, ce qui veut dire que ce sont des gens qui ont autour de quatre-vingt ans. Donc des gens qui sont vulnérables, qu’on ne déloge pas comme ça, comme si de rien était. Et toute cette population-là, fragilisée par des statuts, par l’âge, par la santé, n’était pas véritablement prise en compte. Du coup on a vraiment réussi à imposer à la mairie qu’elle mette en place, je dirais, des personnes spécialisées pour l’accompagnement, pour étudier les cas. Une association spécialisée dans le troisième âge, le quatrième âge, a joué un petit peu ce jeu d’interface puisqu’elle a pu mettre à disposition des personnes pour faciliter ces transactions, ces transferts, et l’installation. Puisqu’il ne suffit pas simplement d’obtenir que quelqu’un signe son papier pour qu’on ait réglé le problème. Si on veut être un petit peu humain et pas simplement gestionnaire, il faut pouvoir prendre en compte l’installation de ces personnes, âgées en général, avec leur environnement, avec le site dans lequel elles débarquent. Très souvent on vous montre le nouveau lieu : « Voilà où vous allez vous trouver ; de quelle couleur vous voulez la chambre ? ». Et puis une fois que c’était signé, les gens découvraient qu’il n’y avait pas de poste, qu’il n’y avait pas de boulangerie… Et après il faut vivre avec !

POP’ : On s’attarde sur les détails pour masquer le reste…

B.B. : Donc voilà, ça fait partie d’un ensemble de questions qui ont été extrêmement importantes. Dans cet accompagnement, le G.T.I. a été relativement attentif à la souffrance de ces gens qui étaient déracinés, déstabilisés. On a essayé, par des relations personnelles, de pouvoir faire quelque chose sur l’interassociatif, l’interpersonnel ; et puis sur le plan politique je dirais, obtenir de la part de la municipalité des aménagements à son programme : qu’il y ait un accompagnement adéquat, et qu’il soit financé pour pouvoir faire ces choses proprement. Mais bon, là on est simplement en train de travailler en faveur des gens, mais on fait le jeu par conséquent en même temps du programme du G.P.V.. On ne conteste pas en faisant ça.

POP’ : Justement, on a vu tout l’accompagnement et les pressions pour limiter la casse disons. Est-ce qu’il y a un terrain un peu plus confrontatif ou combatif ?

B.B. : Alors, il ne se fait pas de manière très politique. La difficulté c’est qu’effectivement malgré tout on a une mairie, une sensibilité des adjoints (dont un communiste), à gauche… Et puis on voit bien les adjoints un peu coincés entre une politique qui est faite assez loin et une réalité de terrain qui est là. Le compromis n’est pas très évident. Mais on essaie, je dirais, de ne pas trop se laisser distancer affectivement par ce genre de choses pour essayer d’apporter aussi une réflexion politique. Tout à l’heure je parlais du foncier : qu’est-ce que ça veut dire le foncier ? Cela veut dire que si vous piquez des hectares là où vous avez des H.L.M., il va falloir en retrouver ailleurs pour mettre des H.L.M.. Essayez de trouver des hectares pour mettre des H.L.M., vous n’en trouvez pas ! Donc ça veut dire qu’on refoule des gens qui étaient à dix minutes de Bellecour pour les envoyer en exil. Cette réflexion n’est pas véritablement menée à son terme : elle est plus, je dirais dans une perception à caractère plus individuelle. Par exemple prendre en compte cette réalité-là : « Quel exil a été le votre ? Comment vous avez vécu ça ? », comme un élément d’une usurpation de terrains qui sont bien situés, par une moyenne bourgeoisie qui les aura à bas prix.

POP’ : On peut dire que vous essayez de ménager la chèvre et le chou en ayant des contacts avec la mairie pour pouvoir faire pression et pour pouvoir être présents au moment des décisions… Et à la fois de maintenir le contact et un esprit de contestation à la base ?

B.B. : On essaie d’arrondir les angles, mais fondamentalement le problème n’est pas abordé. On arrondit les angles, ce qui n’est pas nul me semble-t-il, reste que le problème de fond est quelque peu esquivé. J’ai conscience de ce raccourci dans notre positionnement au GTI. Il reste que je suis de ceux et celles qui disent : de toute façon, ces constructions il faudra bien qu’elles viennent. On n’a pas les moyens de faire que ce soit autre chose que de la copropriété. Et donc par conséquent la seule chose qu’il nous est aujourd’hui utile de faire c’est aussi de préparer l’avenir. Une population va arriver dans ces nouvelles résidences, il va bien falloir que la mayonnaise essaie de prendre. Cette greffe, il faut qu’elle fonctionne, sinon au lieu d’avoir rénové quelque chose… on aura ghettoisé un petit peu plus, en fait un aura susciter un ghetto à l’intérieur même de la Duchère. C’est ce que je crains beaucoup d’ailleurs. Et je le crains suffisamment pour ne rien faire qui le suscite. Si en effet cette nouvelle population se sent agressée, elle va se replier sur elle-même ; elle va s’enfermer derrière ses caméras, ses fils de fer barbelés… Et elle ne sera pas partie prenante dans la vie du quartier pour lequel on a tant besoin de gens. Le seul intérêt qu’il peut y avoir est un apport humain qui renouvelle un petit peu la vie, je dirais de type associatif. Donc si on loupe ce coche-là, on se condamne à ne connaître qu’une vie de comptoir de type coloniale qui n’a d’existence qu’à travers des opérateurs qui interviennent de l’extérieur.

POP’ : Du coup, de toute façon, il n’y a pas tellement le choix à ce que de nouvelles personnes, de nouvelles classes sociales viennent s’installer à la Duchère…

B.B. : A moins de faire annuler les permis de construire, je ne vois pas trop ce que l’on peut faire ! !

Prochain épisode de la saga de la Duchère dans le prochain numéro du Popouri !

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