La grève de la faim : action en dernier recours...

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En 2001 et 2002, pendant près d’un an et pour la
première fois à Lyon, une centaine de sans papier se sont organiséEs collectivement en vue d’obtenir leur régularisation et pour faire valoir leur droit à vivre dignement
.

D’occupations en expulsions, du Quai Sarrail à l’Hôtel de Nice, ce mouvement rassemblant des personnes en situation irrégulière et des soutiens « en règle » s’est peu à peu épuisé, jusqu’à l’évacuation violente du Musée de la Résistance à l’été 2002. depuis : plus grand chose...

Et en l’absence de mobilisation efficace, la grève de la faim peut bien faire figure d’action en dernier recours : mettre son corps en cause pour forcer l’attention et faire acte de présence, à l’encontre de cette logique policière qui s’applique par excellence à contrôler, réprimer, expulser les corps indésirables des pauvres et des étrangEres, jusqu’à les supprimer purement et simplement (depuis le 31 décembre trois sans papier ont ainsi été assasinéEs par la Police de l’Air et des Frontières, durant leur expulsion du territoire national...).

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Des mouvements de grève de la faim se sont ainsi multipliés à Lyon ces derniers mois : courant mars une grève engagée dans la clandestinité s’est achevée faute de soutien ; le 4 mars, 11 sans papier qui occupaient les locaux d’Agora Divercité mettaient fin à leur action en acceptant les propositions de la Préfecture (voir le popouri d’avril) et le même jour, 6 Algériens entamaient une grève de la faim à l’espace Cavenne (tenue secrète pendant 30 jours) « pour leur régularisation, pour travailler et vivre librement en France ». Dans leur déclaration collective du 31 mars 2003 ces sans papier précisaient : « la grève de la faim c’est notre dernier recours pour attirer l’attention des autorités sur la situation pleine de désespoir que nous vivons depuis plus de deux ans, pour certains d’entre nous sans droit au travail ni droit au logement. Nous fuyons la mort, l’injustice, la corruption, la terreur. En Algérie pas plus qu’en France nous n’avons de place pour mener notre vie tranquillement et librement. Nous avons choisi de venir en France car nous avons cru que c’était une terre d’accueil et que nous y avons des attaches familiales et amicales importantes ».

Très peu soutenus, ces grévistes en sont aujourd’hui à près de 60 jours de jeûne, leur état de santé est critique et ils risquent tous des séquelles physiques irrémédiables...

Le 22 mars, ce sont 25 Kurdes qui entament publiquement une grève de la faim pour réclamer le statut de réfugier politique. Jusqu’à leur installation au CCO Villeurbanne le 1er avril ces sans papier ont été soumis à un harcèlement policier ininterrompu : réveil au milieu de la nuit, garde à vue, matraquages, gazage à la lacrymo... L’intervention des flics dans la nuit du 29 mars s’est soldée par un blessé du côté des sans papier ; le matin du même jour, l’un des grévistes interpellé précédemment et placé en centre de rétention a été expulsé vers la Turquie, pays où sa vie est directement menacée.

Une autre personne arrêtée le 1er avril a échappé quant à elle à l’expulsion, le tribunal administratif ayant annulé son arrêt de reconduite à la frontière, compte tenu précisément « des risques encourus dans son pays d’origine ». Après plus de 35 jours de grève, un collectif assez large s’est constitué (CCO, collectif de soutien aux demandeurs d’asile et sans papier, syndicat de la magistrature, Témoins, Divercité, etc.) et les grévistes ont élaboré et soumis à la préfecture fin avril un protocole stricte fixant les conditions d’arrêt du mouvement : le Préfet doit appeler l’OFPRA ; les grévistes suspendront alors provisoirement leur mouvement à condition :

- 1. que cet organisme donne sa réponse sur les différents dossiers avant 7 jours.
- 2. qu’en cas de refus la commission de réexamen donne sa réponse avant 7 jours.
- 3. qu’en cas de nouveau refus la préfecture s’engage à régulariser les personnes encore déboutées.

Quand la préfecture laisse mourir...

Malgré des tentatives de convergence entre le mouvement des 25 Kurdes et celui des 6 Algériens de la rue Cavenne, le « rapport de forces » ne laisse pas présager un dénouement heureux pour ces grèves répétées. La position de l’Etat français a le mérite d’être claire ; le représentant du préfet, M. Paillet a déclaré que « les gens qui font des grèves de la faim n’obtiendront rien ». Il a reconnu appliquer en cela des directives émanant directement du ministère de l’intérieur : « il faut casser la logique et la dynamique de grèves de la faim ». Tout est bon pour casser le mouvement. Y compris revenir sur ses engagements passés. Les grévistes de l’Eglise Saint André qui avaient obtenu cet automne des récipicés de 6 mois renouvelables s’ils trouvaient du boulot se sont vus refusés finalement ce renouvellement, alors même qu’ils bénéficiaient tous d’un contrat de travail et que l’engagement oral de la préfecture devait être garanti par deux médiateurs...

Ensuite la préfecture fait de son mieux pour laisser pourrir les situations ; contrainte de négocier avec des grévistes kurdes bien entourés (après tout de même de multiples tentatives d’intimidation) elle ne s’embarrasse par contre d’aucun scrupule pour ce qui concerne les sans papier de l’espace Cavenne : dernière proposition, à prendre ou à laisser, « un permis de séjour de trois mois sans droit au travail le temps d’un réexamen des dossiers », là où les grévistes demandent « un récipicé de 6 mois avec droit au travail et renouvelable ». Mais le temps des négociations est terminé et « plus aucun rendez-vous ne sera accordé ». Laisser pourrir, quitte à entraîner ces sans papier dans une logique de grève à mort, ça veut dire laisser mourir. Un des grévistes de la rue Cavenne a été hospitalisé au Vinatier le 10 avril, après avoir perdu l’usage de ses jambes ; il déclarait alors « préférer mourir en grève de la faim en France plutôt qu’égorgé en Algérie ». Il a tenté de se suicider 15 jours plus tard.

Sans doute la préfecture niera avoir la moindre responsabilité en ce qui concerne la mise en danger de ces personnes. De même qu’elle nie toute responsabilité quand des sans papier algériEnnes, kurdes, tchétchènes, etc. « disparaissent » après leur expulsion forcée du territoire...

Il faut croire qu’en train ou en charter, l’assassinat à coup de tampon et avec la conscience propre reste une tradition de notre belle administration française.

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