Méditerranée centrale : un été plus que meurtrier, encore

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L’été 2020 aura été marqué par des naufrages, des navires de sauvetage saisis par différentes autorités et des actions gouvernementales plus que fascistes. Sans oublier bien sûr les différentes ONG et organisations indépendantes qui ont su se mobiliser malgré les entraves mises en place par l’Union Européenne. Voici un texte qui relate les évènements de l’été.


NB : Cet article a été écrit en amont de l’annonce de Michèle Rubirola, maire de Marseille, ce samedi 29 Août. Elle déclare ainsi que Marseille ouvrira son port aux navires de sauvetages de la flotte civile. Les annonces officielles n’ont pas encore été prononcées.

Août 2020.

Puisqu’il faut des chiffres.

Depuis janvier, plus de 17 000 personnes sont arrivées en Italie ou à Malte par la mer ; 5650 ont été interceptées et renvoyées en Libye et au moins 500 se sont noyées, pour celles qui ont pu être comptées.

La pandémie mondiale sert de nouveau prétexte pour refuser de secourir les personnes en détresse et fermer les ports aux rescapé.e.s.
Ainsi, en pleine crise du Coronavirus, l’Italie, puis Malte, ont déclaré ne plus être en mesure de fournir des « ports sûrs ». Autrement dit, ces deux pays ont annoncé fermer leurs ports aux personnes sauvées en mer. À cette sélection arbitraire des navires autorisés à débarquer, s’est ajoutée une réduction drastique, voire un arrêt des opérations de secours menées par les deux États. Pourtant contraintes de secourir toute embarcation en détresse dans leur zone de recherche et secours, les forces armées maltaises laissent systématiquement dériver pendant des dizaines d’heures les navires surchargés de personnes épuisées, sans eau ni nourriture. Jouant avec ces vies humaines, ils espèrent sans doute que les vents les repoussent dans les eaux libyennes. Lorsque cela ne fonctionne pas, Malte organise des refoulements de ces bateaux vers la Libye. Au mois d’avril, lors d’une de ces opérations illégales, 12 personnes ont perdu la vie, 7 noyées et 5 mortes de soif. Les autres ont été renvoyées dans des centres de détention, en plein enfer libyen.
Lorsque les personnes sont finalement secourues, elles sont parquées sur des navires de quarantaine, véritables centres de détention flottants au large de l’île.

Ces dispositions ne sont pas nouvelles, elles ont déjà été utilisées par le passé et tentent, une fois de plus, de limiter l’action des navires de recherche et de sauvetage issus de la société civile. Au retour des opérations de secours, ceux-ci doivent ainsi patienter des jours voire des semaines avant de recevoir l’autorisation de débarquer leurs passagers, mettant de nouveau en danger les vies des personnes secourues.
En plein milieu du confinement, l’Alan Kurdi, navire de l’association allemande Sea eye, s’est retrouvé en attente d’un port pendant plusieurs jours, avec à son bord 150 personnes, dont une femmes enceinte. D’autre part, début juillet, Océan Viking est resté plus de dix jours dans l’attente d’un port, avec à son bord plusieurs rescapé.e.s dans un état de détresse psychologique grave, pouvant porter atteinte aux autres personnes. Il a fallu que le navire de secours déclare un état d’urgence sanitaire pour que l’Italie accepte de les accueillir. L’urgence sanitaire du Covid 19 n’affecte pas la nécessité de trouver des solutions dignes pour les rescapé.e.s de la Méditerranée, et les États ont la responsabilité juridique de coopérer à la désignation d’un lieu sûr pour les rescapé.e.s.

Aujourd’hui, à l’appui d’arguments consternants, la plupart des navires de sauvetage sont empêchés dans leurs opérations. Que ce soit pour des arrêts techniques imposés, des « irrégularités » ou encore pour non respect des jauges du navire, selon les autorités locales. Il aurait donc fallu laisser des gens en mer, trier les personnes à secourir, pour respecter une réglementation limitant le nombre de passagers à bord du bateau.
Résultat, aucun navire de sauvetage n’a été sur zone jusqu’à cette fin de mois d’août. Les Nations Unies comptent au moins 29 personnes noyées en Méditerranée centrale lors de ces premières semaine d’août. Plusieurs naufrages ont eu lieu au cours du mois. 45 personnes ont ainsi perdu la vie le 16 août dernier, 30 autres personnes deux jours plus tard. Les chiffres gonflent, la tension monte, et les regards se détournent, sans une once de honte.
Heureusement, les associations et ONG de la flotte civile ne perdent pas pied et continuent de chercher des solutions pour intervenir en mer. Sea-Watch et MSF ont réussi à mobiliser un équipage ainsi qu’une équipe médicale sur le nouveau navire Sea Watch 4, en mer depuis le 22 août, avec déjà plus de deux cents personnes secourues à leur bord en à peine 4 jours. Le navire Louise Michel d’une association indépendante est sur zone depuis quelque jours et a commencé les sauvetages dès les premières heures. 219 personnes ont aujourd’hui été secourues par ce bateau.

La suite à lire sur : https://mars-infos.org/mediterranee-centrale-un-ete-plus-5265

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