Menaces d’agression raciste : Lyon 3, finalement normal ou toujours facho ?

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Nouvelle affaire de racisme ce mardi 16 janvier 2024 : Lyon 3 se débarrassera t’elle un jour de ces vieux démons fascistes ? Petite rétrospective des dernières affaires

L’université Jean Moulin Lyon 3 traîne depuis sa création une aura d’université de droite, voire d’extrême droite. Comme sa fac sœur dans ce domaine, Paris-Panthéon-Assas, cette réputation n’est pas fausse. La fac a par son passé eu des rapport indirects, via ses étudiants, et directs, par son personnel, à l’extrême-droite. Une histoire que l’administration de nos jours aimerait laisser derrière elle.

C’est le 16 février dernier qu’une nouvelle fois, cette atmosphère nauséabonde est réapparue : Un étudiant a posté des insultes et menaces en plein groupe tchat de sa promo, envers les maghrébins et maghrébines de l’université. Cela est-il étonnant ?

RAPIDESUMÉ DE L’EXTRÊME-DROITE A LYON 3

Rappelons quelques fait d’armes :

L’université Jean Moulin Lyon 3 a été fondée en 1973 par des profs conservateurs scissionnaires de l’université Lumière Lyon 2, à cause selon eux d’un rapport trop éloigné avec la tendance qu’avait pris Lyon 2 après les événement de mai 68, et ce qu’il en a découlé.
Ces professeurs, dont les fameux Jacque Goudet et André Decocq, tous deux membres de l’UNI et du SAC (ancienne organisation terroriste gaulliste), ont donc voulu créer l’université pour y apposer leur idée de droite radicale, pour pouvoir contrôler un lieu à eux. L’université n’a donc pas été infiltrée par l’extrême-droite, elle a été créée pour ça.

Une des choses les plus connues montrant ce lien est la création de l’IEIE (Institut d’études indo-européennes) en 1981 (par Goudet d’ailleurs). Cet institut, trop suspect, fut auto-dissout en 1998.
Il était accusé par un collectif d’étudiants de l’époque (Hippocampe) d’être le “laboratoire idéologique de l’extrême droite universitaire” et de développer des thèses sur “l’inégalité des races” ; accusation confirmée plus tard dans le fameux Rapport Rousso en 2004, tiré d’une enquête mené par l’Education Nationale par la “commission sur le racisme et le négationnisme à l’université Jean-Moulin-Lyon-III.
Ce Rapport Rousso nous a donné beaucoup d’informations importante sur l’histoire de Lyon 3 et son lien avec l’extrême-droite, trop longue à toute citée.

D’autres affaires ont secoué l’université, comme la complexe Affaire Roques, avec en résumé la thèse négationnistes d’Henri Roques validée par un jury issu en partie de Lyon 3 et de néo-fasciste (Jean-Paul Allard, Jean Haudry, Pierre Vial). L’Affaire Gollnisch en 2004 également, où le professeur de droit a tenu des propos négationnistes sur la Shoah. l’Affaire Plantin, l’Affaire Notin encore, bref.

En 1982 est aussi recruté par l’université Bernard Lugan, historien ouvertement d’extrême-droite, membre du FN et de l’AF (Action Française) faisant la promotion de discours colonialistes sur le Maroc notamment, et ayant aussi d’autres propos et actions odieuses sur l’Afrique en général (il faisait notamment ses cours en tenue de colon..).

Niveau étudiants, des organisations de droite avec des membres radicaux (La Corpo Lyon 3) ou ouvertement d’extrême-droite existaient (Renouveau étudiant, Union de la droite)
Le GUD, syndicat historique néofasciste était bien sûr présent sur la fac (avec un retour dans les années 2010).
Des étudiants fachos individuels existaient bien sûr aussi, et n’hésitaient pas à attaquer ceux qui s’opposaient à eux et leurs idées, étudiants comme professeurs, à l’université ou en dehors, voir chez eux !
Le 14 juin 1987 a notamment lieu l’attaque d’un colloque sur les objections de conscience par une vingtaine d’étudiants skinhead, qui n’autorisaient pas qu’on ose parler de sujet comme cela à l’université. Les conférenciers se sont retrouvés tabassés, avec plusieurs points de sutures.

L’université Lyon III a encore de nombreuses affaires liées à l’extrême-droite, qui seraient trop longues à lister et expliquer en détails ici, j’espère avoir énuméré les principales, qui montrent en quoi ce n’est pas seulement les élèves mais aussi bien l’administration et l’établissement en lui-même qui toléraient, voire étaient d’extrême-droite.

ET MAINTENANT ?

Mais tout cela n’est pas de l’histoire ancienne. L’extrême-droite est encore bien présente à la fac, malgré ce que voudrait faire croire l’administration, qui aimerait bien se débarrasser de cette réputation fasciste au-dessus d’elle. Pour prouver cela, voici un petit exemple de ce qu’il s’est passé, rien que depuis 2022.

PRÉSENCE DE L’EXTRÊME-DROITE

Des organisation d’extrême-droite, aux propos ouvertement xénophobes, et faisant la promotion d’idées racistes, lgbtophobes, existent officiellement dans la fac comme l’UNI (Union nationale inter-universitaire) ou La Cocarde Etudiante (scission de 2015 de l’UNI encore plus à droite). Ces deux organisations mènent comme dit plus haut des campagnes “anti-gauche” et font de leur priorité la lutte contre le wokisme a l’université.
Les associations apolitiques La Force et La Corpo Lyon 3 sont aussi accusées par de nombreuses personnes d’avoir des membres d’anciens groupes cités plus haut, cherchant à se refaire une place dans l’université de manière plus discrète.

D’autres organisations extérieures sont présentes sur le campus, avec d’ailleurs souvent des membres en commun avec l’ organisation étudiantes de droite. C’est le cas de Génération Z, l’orga de jeunesse de Reconquêtes ! (Eric Zemmour), Lyon Populaire (nationalistes-révolutionnaires) ou Les Remparts, groupe néofasciste identitaire lyonnais, héritier direct de Génération Identitaire, dissous il y a 3 ans.

Comme dit ici, il y a donc de nombreux étudiants d’extrême-droite dans la fac, le plus connu est le fameux Sinisha Milinov, étudiant en L2 histoire, ancien porte-parole de la Cocarde Etudiante Lyon, puis de Les Remparts. Ce militant néofasciste est l’un des plus connus, il avait été condamné par la police en 2023 pour organisation d’une manifestation interdite, la “Lugdunum Suum” en octobre 2022. Ce n’est pas le seul évidemment, en octobre 2022, en pleine affaire Lola, les murs d’affichage de l’université avaient été recouverts d’affiches représentant la petite fille et la phrase “Justice pour Lola”, utilisée par l’extrême-droite spécifiquement, affirmant que la jeune victime avait été tuée a cause de sa couleur de peau. Cela ne peut être mis en place en peu de temps qu’ avec un minimum de présence de militants de droites pour cela.

AGRESSIONS FASCISTES

Le 28 mars 2023, en plein mouvement contre la réforme des retraites, les étudiants de Lyon 3 décident de bloquer leur fac en soutien au mouvement, une première depuis les années 80. Le blocage aurait pu se passer tranquillement, si, aux alentours de 7h du matin, un groupe d’une dizaine de jeunes fasciste, dont leur fameux chef Sinisha Milinov, tente d’attaquer les étudiants à coup de barre de fer et de point coqués. L’histoire aurait pu mal se finir, mais les étudiants, soutenus par des membres de la Jeunes Garde présents justement si débordement, ont réussi à repousser les fascistes, qui ont sur le coup abandonné leur chef, qui a perdu son iphone et quelques dents dans la bataille. Cette débâcle de l’extrême-droite a sans surprise quelques heures après été relayée sur les réseaux-sociaux, et certains politiciens notamment Eric Zemmour n’ont pas hésité à soutenir les pestes brunes en les montrant comme étant les victimes attaqué par les gauchistes.

En Octobre 2023, Solidaires Etudiant.e.s Lyon (SESL) a organisé une semaine antifasciste à Lyon 3, du 16 au 20 octobre. Une diffusion d’un documentaire sur l’antifascisme le lundi, une réunion d’information sur l’extrême-droite à Lyon 3 le mercredi, et une table ronde avec le MQU (association lgbt de la fac) sur l’extrême-droite et les lgbtophobie. Une proposition chargée, dans un lieu qui il y a encore quelques années n’aurait jamais toléré de telles initiatives en son centre.
Et ça n’a pas loupé. Mercredi s’est donc déroulée une présentation de l’histoire de l’extrême-droite lyon 3, animé par un militant SESL et un membre du personnel de la fac militant FSU. La séance s’est bien déroulée, ce qui a permis de terminer l’évènement un quart d’heure avant la fin. Heureusement que cela s’est terminé plus tôt, car c’est autour de l’heure prévu initialement de fin que son venus plusieurs militants fascistes (autour d’une dizaine voir plus), habillés tout en noir (certains avec des vêtements avec des croix celtique du GUD) et cagoulés, mais qui ont heureusement trouvé une salle vide. On se demande quel genre de malheur aurait pu se passer si les quelques personnes venues écouter la présentation se retrouvaient coincées dans une salle bloquée par plus de 10 fascistes.
Dégoutés de n’avoir trouvé personne, les fachos ont quand même pris une photo (où ils font notamment plusieurs signes nazis) dans la salle vide, pour la poster ensuite en ligne pour leur propagande.

Notons que ces fachos ont partagé en même temps que la photo une vidéo où un jeune homme présenté comme antifa se faisait agresser, en disant que cela a eu lieu juste après. Cette histoire est fausse, la vidéo ayant été filmée il y a plusieurs mois, dans un métro qui n’est pas proche de l’université. Cela a été fait car, dépité de n’avoir trouvé personne ce soir là, les fachos se devaient de faire continuer leur agenda de peur et de menace constante en ligne envers leur détracteurs pour essayer de ne pas perdre en crédibilité, et de se présenter plus là qu’ils ne le sont. Pur propagande.

Dans ces deux attaques fasciste, l’administration a bien sûr condamné les faits et d’après elle entamé une enquête et déposé un dépôt de plainte pour l’histoire d’octobre. Mais n’oublions pas que le président Carpano a minimisé la violence d’extrême-droite en dénonçant la violence des deux côtés pour l’attaque de mars. S’attaquer à l’extrême-droite, c’est déjà la nommer correctement et ne pas la mettre sur le même plan que ceux qui luttent contre eux.

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ACTES RACISTE

En mars 2022, l’association étudiante maintenant apolitique La Corpo Lyon 3 s’est faite épingler par rapport à son Bal de fin d’année annuel où elle avait décidé d’exclure et de blacklister certains étudiants de l’événement. Jugés indésirables, ils auraient reçu des cartons de non-invitation. Des accusations de racisme planent sur la sélection des personnes non-invitées, qui est normalement ouvert à tous. l’événement s’est fait interdire par le président Carpano, parlant de pratiques “indéfendables, inacceptables” et “discriminantes”.

Depuis 2022, et un rapport de l’UNEF envoyé à la l’administration, des étudiantes avaient témoigné avoir vu des camarades avec des photos d’Hitler en fond d’écran de leurs ordinateurs. Certains étudiants auraient également reçu des images de drapeau nazi sur leur téléphone. Des croix-gammés et autres référence au 3e reich sont tagués dans les toilettes. La fac de droit est assez connue pour être remplie de ce genre de phénomène (même si évidemment cela ne se limite pas à elle), encore en 2024.
D’autres ont témoigné des remarques et actes islamophobe envers les étudiantes portant le voile. C’était notamment la goutte de trop le 4 avril 2022, lorsqu’un étudiant a mis une écharpe autour de son visage dans un amphithéâtre pour se moquer d’une femme voilée assise près de lui. La personne à l’origine de cette moquerie raciste a été signalée comme faisant partie de la Cocarde Etudiante.
L’université avait indiqué le 18 avril avoir saisi la justice après des « accusations graves de racisme et de discrimination au sein d’une promotion du département d’histoire de sa faculté des lettres et civilisations ».

Le 16 janvier 2024, un étudiant d’extrême-droite, colleur d’affiche de la Cocarde Etudiante d’ailleurs, a soudainement décidé d’insulter dans son groupe de promo messenger de L2 IAE, en insultant les maghrébins de ”bougnoule”, et se revendiquant de la “vraie France”, pas celle qui “part en couille a cause des arabes”. Un autre message fait lui référence à de possibles armes ou objets dissimulés dans son sac pour on-ne-sait quel projet, mais très probablement pour agresser des personnes arabes. Les informations, dont notamment le numéro et le prénom de cet étudiant ont été remontées à l’administration.

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LYON 3, TOUJOURS TERREAU FERTILE DE LA DROITE RADICALE ?

L’élection en 2012 de Jacques Comby à la présidence de l’université a permis de commencer le début de la tentative de la nouvelle administration de se débarrasser de sa vieille école. Travail que le Rapport Rousso avait déjà bien entamé à l’époque. L’élection de Eric Carpano en 2020 continue sur cette lancée, comparé aux anciennes présidentes, nous pouvons bien sûr affirmer la continuité de ce changement anti “vieille garde”, qui prend plus au sérieux le problème de l’extrême-droite en son sein (plainte, dépôt, enquête contre les phénomènes raciste et fascistes, etc.. ; chose qui n’aurait jamais eu lieu avant). L’autorisation d’une semaine antifasciste n’aurait très probablement jamais pu se faire 10 à 20 ans en arrière. Nous pouvons donc noter un progrès dans ce sens.

Notons une chose également, en 2007 est publié la loi LRU ou loi Pécresse sur l’autonomie des universités dans les domaines budgétaires et de gestion de leurs ressources humaines. Épargnons les détails, cette loi avait pour objectif de permettre à l’ université de mieux réussir, mais dans la gestion des budgets, notamment l’augmentation liée à l’ancienneté par exemple fut mal calculée, ce qui fait que petit à petit le budget total de l’université est en danger de plus en plus.
C’est notamment pour cela que des projets de fusion d’université sont mis en place pour régler cela avec une vision libérale. C’est sur cette promesse de NE PAS fusionner que fut élu de peu Éric Carpano en 2020, et avec lui une vision plus neuve de l’université. Mais la “vieille-garde”, qui aimerait bien ce modèle de fusion, et qui aimait déjà la loi sur l’autonomie dans des buts d’intérêts personnels, reste présente à l’université. Les nouvelles élections au conseil d’administration en 2024 sont donc à surveiller, car s’il y a réussite de la vieille garde, c’est donc le retour : du projet de fusion (échoué en 2016), mais avec aussi donc un retour aussi en arrière de la vision de l’université (encore plus libérale), en ce qui y est de la lutte contre l’extrême-droite également.

Néanmoins, début 2024, nous pouvons déjà confirmer que Lyon 3 n’est toujours pas une université comme les autres, malgré ce que voudrait faire paraître l’administration, qui elle au moins n’est plus composée de membres de la droite radicale, même si des présence de membres réticents à des progrès sociaux à l’université sont présents, notamment dans le syndicat UNSA Lyon 3.

Le président Éric Carpano a déjà dénoncé dans le passé “l’extrémisme”, et dit se battre contre toute idéologie qui propage la haine à l’université, mettant d’ailleurs les événements du 28 mars sur pieds d’égalité, entre le blocage et l’attaque par les fasciste. Malgré ces progrès pour Lyon 3 par rapport à son histoire, l’administration doit s’engager encore plus dans cette lutte et ne plus se contenter du minimum. Les organisations étudiantes de gauche, elles, sont bien au courant du problème et essayent de combattre ce phénomène, mais à leur échelle, et avec une université qui laisse passer autant de choses, volontairement ou non, compliqué de gagner.

Notons qu’aux élections du Crous de février 2024, les syndicats étudiants n’ont pas réussi à s’unir dans une liste commune. Pire, alors que d’autres ont réussit dans leur université, à Lyon, mis à part Solidaire Étudiant.e.s qui a retiré sa liste, l’UNEF et l’UE (Union Étudiante) ont décidé de faire liste séparé (l’UE qui n’était d’ailleurs pas présent jusque là à Lyon, mis à part à l’ENS Lyon, mais qui surgit par surprise pour les élections). Ces deux listes ont appelé à voter pour elles contre les listes d’extrême-droite, mais n’arrivent pas à s’unir pour proposer une liste commune pour centraliser les votes face aux listes de la Cocarde et de l’UNI. Mis à part SESL donc, nous observons donc que le carriérisme et la bureaucratie hypocrite de l’UNEF et l’UE sont toujours problématiques, et gênent concrètement la lutte contre l’extrême-droite.

Dans l’atmosphère fascisante qui monte dans le pays, un vote RN de plus en plus décomplexé, un centre qui applique des lois d’extrême-droite et une gauche divisée et peu nombreuse, ce genre d’événements cité plus tôt risque évidemment de continuer impunément malheureusement. Continuons à dénoncer ces fascistes, leurs propos inadmissibles, cette administration molle, et tenons nous prêt.e.s, nous, étudiants et étudiantes, travailleurs et travailleuses, car la suite, au niveau du pays comme de Lyon 3, ne risque pas de s’améliorer.

un étudiant pas content de Lyon 3

P.-S.

Merci à Amina, Phillipe et François pour leur aide

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