POLICE DE PROXIMITÉ, OU POLICE DU CORPS-À-CORPS

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« Pour moi, la vraie police de proximité, c’est la brigade anti-criminalité (...),
ceux qui sont sur le terrain au moment où les délinquants s’y trouvent » Nicolas Sarkozy

DANS LA NUIT du 20 novembre 2004, suite à
une embrouille rapide entre deux jeunes
dans le 1er arrondissement de Lyon, la BAC
débarque, menotte un des deux, le jette à
terre, et commence à le frapper : coups
de poings, coups de matraques, coups de
pieds dans la tête. Suite aux protestations
de son jeune frère, celui-ci est également
menotté et tabassé pendant 20 minutes, il
est sérieusement blessé à la tête. Une flaque
de sang pourra en témoigner plusieurs jours
durant. Une habitante qui assiste à la scène
depuis sa fenêtre s’indigne « Arrêtez ! Vous
allez les tuer ! Ils sont menottés ! ». Réponse
des flics : « Soit tu descends nous aider, soit
tu fermes ta gueule, connasse ! Rentre chez
toi. » et « Si t’as peur du sang, nous on en
veut du sang ! »

Les deux jeunes sont embarqués au commissariat, où leur cauchemar continue : ils sont
de nouveau frappés, à tour de rôle, par de
nombreux policiers, chacun à leur tour. Les
flics s’échangent les gants et se défoulent sur
ces deux jeunes, pendant une demi-heure.
Ils les traitent de : « sales bougnoules ! sales
arabes de merde ! ta mère la salope ! », tout
en les frappant à coup de pieds, à coup de
poings, à coup de matraques ou en utilisant
des menottes. Ils n’hésitent pas à mettre des
coups de pieds dans la gorge, à tel point que
l’un des deux jeunes a vraiment cru que les
policiers voulaient les tuer. Transfert à Marius
Berliet, nouveau tabassage. L’un des deux est
envoyé pour un traumatisme crânien à l’hôpital, dont il ne sortira que pour être incarcéré
peu de temps après, à la prison St-Joseph.

Quatre ans après,
on reprend les mêmes flics
et on recommence.

À Lyon, ce samedi 5 avril, vers une heure
du matin, Abdel attend le C3 au métro Hôtel
de ville avec deux amis. La BAC débarque,
contrôle. Palpation de sécurité. Le motif ?
Aucun. Les flics veulent procéder à une
deuxième fouille. Abdel objecte qu’ils n’en ont
pas le droit, qu’il faudra l’emmener au poste.
Il est aussitôt jeté à terre, menotté, un flic sur
le dos appuie sur les menottes trop serrées
avec les pieds. Il proteste. C’est là qu’un des
policiers lui plante une sorte de crochet à
trois piques dans le pouce gauche. La plaie
se met à saigner. Abdel est embarqué dans la
voiture, où les policiers le frappent à coups de
poings et l’insultent « connard, voleur ». Abdel
perd plus ou moins connaissance dans la voiture ; à l’arrivée au commissariat, les policiers
le traînent à terre par les menottes, ce qui
lui fait très mal aux poignets. Ils appuient
avec leurs pouces derrière ses oreilles et sa
mâchoire pour l’obliger à se lever. Puis on le
colle la tête contre un mur, on l’insulte. Abdel
proteste devant ces agissements, qu’il qualifie
de racistes. Il se débat pour éviter les coups.
Plusieurs policiers s’acharnent alors sur lui,
à coups de poings, de pieds et de matraques.
Il saigne abondamment de la tête. Un des
policiers l’étrangle avec le coude autour du
cou, il a beaucoup de mal à respirer. À ce
moment-là, un des policiers prend peur et
invite les autres à l’emmener aux urgences,
il est toujours menotté. À l’hôpital, des points
de suture sont posés.

Il est 3 ou 4 heures du matin. Abdel va passer
la nuit à l’hôpital. Les policiers lui rendent
alors sa veste, sa carte bleue et son portable
et partent tout simplement. Ils ne lui auront
jamais signifié la raison du contrôle, ni de son
arrestation, ni bien sûr des coups. Résultat : 4
jours d’ITT, plaie du cuir chevelu suturée,
plaie au niveau du pouce de la main gauche,
douleur au niveau de la face externe du 5e
métatarsien de la main gauche nécessitant un
bilan radiologique complémentaire, douleurs
dorsales, traumatisme psychologique.

Ces exemples dramatiques ne sont pas
des « bavures »
 : il s’agit d’un fonctionnement structurel, et non exceptionnel, de la
police. Ce ne sont pas des « dérives » ou des
« accidents », comme si, à part ça, la police
était respectable. Ils s’inscrivent dans la
lignée des insultes, des humiliations quotidiennes, du mépris, du racisme, des contrôles
à répétition…

Qu’est-ce qu’on fait ?

D’abord partir d’un constat : la moindre
velléité de contester efficacement un ordre
établi, quel qu’il soit, se heurte tôt ou tard à
la police. La police existe au moins sous deux
formes : celle qui s’appuie sur la force physique (qui vous embarque, qui vous enferme,
etc.) et celle qui s’appuie sur la force juridique, sur le droit (celle qui vous juge et vous
condamne). Face à la police donc, un seul
impératif pratique : se donner les moyens de
son impunité. Autrement dit, partir du postulat que nous sommes assez intelligents pour
que personne ne puisse nous dicter notre
façon de vivre et de lutter.

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Que ce soit en manifestation ou dans notre
vie quotidienne, dans des actions ou lors de grèves, la police est toujours présente pour
nous rappeler à l’ordre. Devant cette évidence,
il n’y a que deux solutions : se lamenter et
se calibrer à ce qu’on attend de nous, c’est-à-dire au fond ne faire que contester, et encore,
dans les limites du raisonnable et de l’acceptable ; ou esquisser un pas de coté et réagir
en s’organisant.

Dans l’appareil judiciaire, le principe de la
condamnation est de confronter l’inculpé-e,
et seulement lui ou elle, à sa faute et à la
réparation qui va lui être demandée. Plus
d’action collective ou d’« effets de groupe »
mais seulement un corps et l’énormité de la
peine qui va s’abattre sur lui. Pour combattre
de manière pratique ce principe d’atomisation des solidarités, il est nécessaire d’aider,
y compris financièrement, ceux et celles
qui sont confronté-e-s à l’ordinaire policier.
À Lyon, la Caisse de solidarité a été créée pour répondre à cette nécessité. Un exemple
concret ? Lors des procès après les manifestations qui ont suivies l’élection de Sarkozy,
une partie des frais d’avocats a pu être pris
en charge grâce à de l’argent préalablement
récolté. Des mandats ont pu être envoyés
aux personnes qui avaient été envoyées en
prison, ce qui leur a permis de cantiner un
minimum.

L’intérêt de la lutte contre la répression est
donc, à terme, d’ arriver à tisser des liens
tels que plus personne ne se retrouve
seul et isolé face à la police-justice
. Si
d’emblée nous envisageons notre vie comme
collective au sens où ce qui nous constitue
ne repose pas en nous mais dans la qualité
des attachements qui nous lient aux autres,
alors il faut en tirer les conséquences les
plus immédiates : la question de la répression, c’est-à-dire de ce qui ne peut manquer d’arriver, doit être prise en charge de façon
collective. En clair, il y a un enjeu à créer du
collectif là où, si rien n’est fait, l’inculpé-e
sera laissé-e orphelin-e face à sa sanction.

À chaque fois qu’on est confronté-e à la police
ou à la justice avec un risque de condamnation à la clé, il est donc important de prendre
contact avec la caisse de solidarité. Il peu
s’agir d’une arrestation dans le cadre d’un
mouvement social ou d’une embrouille
ordinaire, une histoire classique d’outrage
et rébellion en bas d’une cage d’escalier, un
contrôle qui se passe mal... Face à la police
il n’y a pas à hésiter : la solidarité est une
arme.

Témoins / Caisse de solidarité : 06.43.08.50.32
antirepressionlyon(at)gmail.com

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