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Pourquoi féminiser notre langage est important

4 compléments

Ce texte fait suite à une newsletter de Grrrnd Zéro -orga de concert dans l’agglomération lyonnaise- lettre diffusée le 16 avril 2017 et dans laquelle s’était glissé un texte développant un point de vue exotisant, sexiste et paternaliste sur la féminisation du langage. Ce texte a provoqué de nombreuses réactions (dont un mail de quelques superféministes) qui ont donné lieu, dans la newsletter suivante, à des excuses ni satisfaisantes ni suffisantes. Suite à tout ça, on s’est rendu.e.s compte à Super féministe qu’on n’avait jamais parlé féminisation du langage. On espère qu’ainsi exposés, les enjeux de la féminisation du langage seront peut être mieux compris, et que ce texte pourra être utile à toutes personnes ou orga désireuses, devant la nécessité de le faire, de modifier leur pratique.

Pas trop de scoops pour commencer : la grammaire française est un outil d’oppression. Elle a été conçue comme telle, pour inférioriser et invisibiliser les femmes et le féminin, tout en confortant la binarité. C’est surtout au 17e siècle et avec l’Académie Française que l’ordre patriarcal a pris possession de la grammaire, dans un projet volontairement sexiste : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle » écrit en 1767 le grammairien Beauzée. Jusqu’à aujourd’hui la grammaire officielle est restée sexiste : le masculin "l’emporte" sur le féminin au pluriel, le masculin est soi-disant "universel" et neutre. Depuis, il est difficile de faire accepter la fin de la masculinisation systématique des noms de métiers (masculinisation qui ne date pourtant que du 17è).

Mais l’idée que l’invisibilisation du féminin dans la langue est un outil central de pouvoir, de limitation, d’oppression masculine n’est pas nouvelle non plus, héhé. Dès 1898 Hubertine Auclert lutte pour une féminisation de la langue française.

La féminisation de nos langues contemporaines ne repose pas sur le postulat (positiviste, rationaliste et mécaniciste) que la langue détermine la société. Elle tient à un ras-le-bol éprouvé par des femmes, mais aussi par des personnes ne se définissant pas dans une conception binaire des sexualités et des genres, d’être invisibilisées dans le langage écrit et parlé. Elle tient au ras-le-bol de ces personnes de s’invisibiliser elles-mêmes dans leurs textes et paroles, et donc de ne pas avoir la visibilité à laquelle elles ont légitimement droit.

En luttant contre la masculinisation du langage et pour sa féminisation, l’objectif est d’éviter que seuls des hommes se sentent concernés par tout énoncé. Il s’agit de tenter de réduire une sociabilité masculine excluante de tout ce qui n’est pas mec-cis [1], souvent imposée de fait. Il s’agit, en s’adressant explicitement à TOUTE personne quelque soit son genre et son sexe, de faire en sorte pour que TOUTE personne puisse se sentir interpellée et concernée, parce que TOUTE personne aura été prise en compte dès le départ et au moment de la rédaction d’un texte. Ne pas reproduire dans le langage la non-mixité des dominants, c’est rendre possible une plus grande mixité sur place en évitant que seuls des hommes se sentent légitimes à être présents. Il s’agit d’amorcer une prise de conscience sur le fait que le soi-disant universalisme de notre langue (mais pas que, et pas que sur le plan du genre) laisse de côté une partie de l’humanité.

L’effort est minime (il suffit de quelques signes) et l’effet peut être important, voire gigantesque. Pour les principes de base voici quelques ressources concrètes à propos de la langue française :

  • Un article de la boîte à outils de Rebellyon publié en 2012 expliquant aux auteur.e.s pourquoi et comment féminiser leurs textes.
  • Et, pour en savoir plus, une collection de ressources toute fraîche réunie par La Quête de la Sainte-Culotte en novembre 2016.

Cette langue nouvelle que nous inventons et que nous nous approprions au jour le jour accompagne nos luttes, et ne saurait être tenue pour seul moyen ou comme un moyen permettant à lui seul de mener à bien toutes nos luttes. Les combats féministes et queer ne commencent pas par le langage et ils n’y finissent pas : par contre, l’évolution du langage est une étape que nous considérons comme indispensable. La réflexion pour une langue féministe et non-oppressive est une démarche politique générale. Elle contribue à changer ce monde patriarcal dont nous ne voulons pas. Chacun.e peut participer au mouvement, en commençant par soi-même : être à l’écoute, respecter les luttes féministes et queer, apprendre aux côtés de celles et ceux qui luttent et sont les principal.e.s concerné.e.s, ne jamais croire savoir mieux qu’illes ce qui est bon pour illes, ne pas reformuler ou déformer leurs prises de paroles.

Un travail sur le comportement de chacun.e, lors de toute interaction, est également nécessaire. Les écrits de Corinne Monnet le montrent bien et ce court guide transmis par les Panthères Roses de Montréal est d’une aide précieuse pour changer.

Pour aller plus avant dans une évolution proféministe, une ressource éclairante sur l’engagement des hommes dans le féminisme, c’est cadeau [2].

Superféministe

Superfeministe est un collectif de militant-e-s du Planning Familial du Rhône.

Pour mieux nous connaître rendez-vous sur notre blog.
Pour nous contacter, apporter des compléments ou commentaires à ce texte, nous rencontrer et pourquoi pas nous rejoindre dans la lutte, c’est possible via notre adresse mail : superfeministe@gmail.com .

P.-S.

L’illustration de ce texte est issue d’une bande-dessinée qui traite de l’écriture inclusive et que l’on vous recommande chaudement.

Notes

[1Mec cis = homme cisgenre. Personne de genre masculin dont l’expression de genre correspond globalement aux critères en vigueur attribués à l’homme dans nos sociétés.

[2Tissot, Sylvie. « Léo Thiers-Vidal : Rupture anarchiste et trahison pro-féministe, Alban Jacquemart : Les hommes dans les mouvements féministes. Socio-histoire d’un engagement improbable », Nouvelles Questions Féministes, vol. vol. 35, no. 1, 2016, pp. 170-175.

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  • Le 15 mai à 21:47, par superfeminsite

    En effet, mea-culpa, on va réviser ça.

  • Le 15 mai à 19:45, par flora

    une interview de la linguiste féministe dont parlait grnd zero :
    https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2007-3-page-102.htm

  • Le 15 mai à 19:37, par flora

    la première newsletter de grnd zero m’avait saoulée mais la deuxième était plus intéressante même si je suis pas d’accord sur tout. On dirait que ce texte répond juste à la première sans prendre en compte la deuxième. des féministes défendent un langage inclusif sans féminisation totale, grnd zero donnait les deux point de vue mais vous faites comme si les féministes qui défendent un langage inclusif avec une autre approche n’existaient pas.

  • Le 14 mai à 17:19, par

    Quand vous faites des textes qui réclament la féminisation des textes comme moyen d’inclusion, c’est pas la peine de prétendre le faire au nom des queer. Si on refuse de s’identifier dans des genres binaires c’est sûrement pas pour qu’on propose comme moyen de nous inclure de genré encore plus le langage. Que des personnes qui se revendiquent meuf en est mare d’avoir l’impression de pas existé parce que la langue est machiste ok. Mais pas la peine de nous embarquer dans votre délire de féminisation. Je ne me reconnais pas dans la binarité de genre, je ne vois pas pourquoi je devrais me sentir inclue par la pleine reconnaissance de la binarité de genre.... surtout de le faire en embarquant dans votre plan un texte qui s’appelle à la base : " Sexisme de la langue française et écriture inclusive : ressources " en faisant mine d’ignorer la différence entre écriture inclusive et féminisation

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