Quand la police parle comme dans les livres

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Le dimanche 20 juillet 2003, nous étions une petite vingtaine de personne assemblé-es sur la place des Terreaux, histoire de rappeler à la face du monde (entier) qu’ il
n’est pas normal que : des teuffeuses et des teuffeurs se fassent massacrer en Bretagne, qu’un manifestant soit tué à Gênes, etc.

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Le rassemblement avait vite tourné à la discussion du genre : « et toi, tu fais quoi cet été ? ». Tant et si bien que, 20 bonnes minutes après que la banderole ait été pliée, nous ne restions plus 8 à 10 personnes, à discuter, par petits groupes de 3\4, au pied des marches de l’hôtel de ville.

Puis, la police débarque. En l’occurrence 4 types, en uniforme plutôt ninja qu’apparat, assez vindicatifs et, nous allons le voir, sûrs de leur bon droit.

Assez peu poliment, ils exigent que nous débarrassions le plancher. Et voici, en résumé, l’échange d’arguments qui s’en suivit :

- « Vous avez pas le droit d’être là », « pourquoi ? », « parceque ». (C’est l’intro, qui fait aussi office de développement, de synthèse et de conclusion. Toute la suite le prouve mais sur le moment nous ne le savions pas).

- « Veuillez circuler, les rassemblements sont interdits sans autorisation préfectorale » (c’est faux d’ailleurs) : je rappelle nous étions plus ou moins 8, divisé-es en petits groupes : un groupe de touriste, présent sur la place, ressemblait plus à un rassemblement politique que nous.

- « Circuler ! », « Pour quelle raison ? Ça n’est pas interdit d’être ici », « Si »,
« Pourquoi ? », « C’est un lieu public, vous ne pouvez pas être ici ». (Jurécraché,
j’invente rien).

- « Votre présence ici relève du code de santé publique ». (Là j’ai cru que c’était une insulte subtile, comme quoi nous étions comme des espèces de microbes nuisibles ). « De la santé publique ?? »,

« Consommation d’alcool, dans un espace public » (une boîte de bière en était la preuve irréfutable). Nous nous retournons alors et, désignant la centaine de personnes attablée aux terrasses des bars de la place : « et elleux, y
sont dans l’illégalité alors ! ? », « Non, ils ont droit : ils consomment ».

Ça, c’était l’argument matraque, (après ils en sont venus aux mains), j’étais sans voix et en colère : j’aurais su,
j’aurais venu avec un dictaphone. Y’aurait pas besoin de lire (par exemple, le popouri n°2, à la page 3), juste d’écouter parler la police avec ses mots et leur(s) idée(s) pour comprendre à fond comment, en fait, elle fonctionne la démo-cratie capitaliste : hors du rôle de citoyen-ne consommatrice/teur, pas d’existence légale.

Et tout ça, sous le regard électronique de 6 caméras de vidéo-surveillance (une dans chaque coin de la place, une en haut des marches, une deuxième dans un coin) et dans l’ indifférence (apparente ?) des individu-es présent-es sur la place : ni colère, ni étonnement, ni approbation, ni curiosité.
Juste la consommation
.

énapetse

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