CITS DE LA VIE À L’INTÉRIEUR DE LA PRISON POUR MINEURS DE MEYZIEU

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Suite aux rencontres avec les familles, nous livrons un récit fait
de bribes de discussions sur le fonctionnement de l’établissement.

Les prisonniers sont une cinquantaine en ce
moment pour soixante places disponibles. Ils
sont répartis dans sept unités de vie, ou blocs.
Pendant son incarcération, un détenu évolue
dans les différents blocs, du plus strict au plus
souple, s’il se comporte docilement. (« De
toute façon, à l’intérieur, ça fonctionne qu’à la
carotte. ») Dans le « bloc renforcé », les détenus
passent le plus clair de leur temps en cellule,
avec quelques heures d’école obligatoire et une
sortie quotidienne dans la cour. Dans le bloc le
plus tranquille, ils ont des cours de neuf heures
à midi et de quatorze heures à seize heures
trente, le reste de leur temps étant occupé
dans des salles d’activité ou au gymnase avec
des éducs, et ils ne rejoignent leurs cellules
que le soir à l’extinction des feux.

Punition dans la punition

« Mon fils est resté plusieurs semaines au
mitard, en caleçon. Il a attrapé une bronchite,
j’ai dû m’engueuler avec le personnel pour
qu’on l’en retire. »

Dans l’EPM, tout fonctionne autour de la punition. La plupart des détenus sont passés au
mitard à un moment ou à un autre. Le mitard
est une cellule d’isolement sans lumière du
jour, éloignée de la vie des autres. Le puni a
une promenade par jour, seul. Normalement,
il a quand même le droit de voir sa famille au
moins une fois par semaine. « Il y a un gosse
qui y est resté neuf semaines, là dedans. »

Le versant éducatif

Les emplois du temps sont faits de manière à
reproduire en milieu fermé le rythme maison-école. Ils avaient imaginé un rythme intensif de cours et d’activités, mais ils ont dû le
revoir : trop intensif, il a été considéré comme
l’un des facteurs qui menaient aux constantes
rebellions.

Les cours sont assurés par des professeurs de
l’Education Nationale qui acceptent docilement de venir exercer à l’intérieur. En dehors
des cours, les activités et la vie quotidienne
sont encadrées par des éducateurs et par des
matons. Les éducs sont sensés assurer un suivi
des détenus. « Chaque fois que je suis venue
voir mon fils, c’était un éducateur différent à
qui j’avais affaire. » Les éducs semblent être
autour de quatorze, soit deux par unité de vie.
Apparemment, ils ne restent pas longtemps
dans l’établissement, ils démissionnent vite.

Repas et cantinage

Les repas sont pris collectivement dans chaque
bloc. Les détenus ne sont pas autorisés à avoir
de quoi se faire à manger dans leurs cellules. Très peu de cantinage, et uniquement des
sucreries. « Mon fils a toujours faim. Je l’ai vu
perdre du poids au fur et à mesure des semaines et ce ne sont pas les bonbons qui peuvent
le remplir. » Bien évidement, il est interdit de
fumer, et les seules personnes qui pourraient
faire passer des cigarettes sont les éducs.

Des détenuEs ?

À un moment, des filles ont été placées à
l’EPM. Mais suite à un incident (deux détenues auraient « agressé » une surveillante, seule la
version de l’administration est connue), on a
préféré renvoyer les quelques filles à la prison
pour femmes de Montluc. De toute façon, il
semble qu’elles occupaient à trop peu nombreuses (trois ou quatre) une unité de vie, et
bloquaient trop d’espace et de personnel au
goût de la direction.

Les visites

Les familles sont autorisées à rendre deux visites par semaine pendant la période de préventive, et trois pendant la peine proprement dite.
Pour les frères et soeurs, une seule visite par
mois est possible. Ces visites se font les mercredis et les week-end, et durent une heure.
Elles sont difficiles à obtenir, et l’administration
prétexte couramment le manque d’un papier
administratif pour les supprimer, très souvent
lorsque le détenu est au mitard. Cela met les
familles dans un climat de tension : elles ne
sont jamais sûres à l’avance de pouvoir voir
leurs proches.

Bien sûr, les visiteurs doivent vider leurs
poches à l’entrée, et il est interdit d’apporter quoi que ce soit. Les parloirs sont quatre
espaces dans une même pièce, séparés par
des paravents, qui ne garantissent pas vraiment une intimité aux conversations. « Cette
dame vient de se faire virer parce qu’elle avait
apporté un carambar à son fils de treize ans. »
« Certains matons ne se gênent pas pour écouter les conversations et s’imposer dedans. »

C’est en particulier pour le « maintien des liens
familiaux » que l’EPM de Meyzieu est censé
être un site pilote. Pourtant, les familles doivent attendre l’heure du parloir dehors sur
le parking, quel que soit le temps. Avec, au
mieux, un abri à vélos pour s’abriter. On nous
a aussi raconté que le directeur, un jour de
colère, était venu insulter une famille en plein
parloir.

D’après les personnes que nous avons rencontrées, ce sont les plus jeunes, les treize
ou quatorze ans, pour qui c’est le plus dur. Ce
sont eux qui galèrent le plus pour se plier aux
règles de l’établissement. Régulièrement ont
lieu des tentatives de suicide : absorption de
javel, incendie de matelas, pendaison... « Ils
font ça pour être transférés en psychiatrie,
pour pouvoir se retrouver avec des adultes.
Comme ça ils peuvent fumer, aussi. »

Un garçon de 14 ans a été arrêté le 9 janvier 2008. Après trois jours de garde à vue, il
est incarcéré en préventive à la prison pour
mineurs. Un mois et demi est passé et sa mère
n’a toujours pas pu le rencontrer au parloir.
Elle a pourtant à plusieurs reprises fait des
démarches administratives et s’est faite aider
par le service d’éducateurs de la commune où
elle habite. Le samedi 2 février, elle se rend
en personne à la prison pour savoir quand elle
pourra rendre visite à son enfant. Malgré cette
nouvelle démarche, rien n’a encore abouti.

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