Récit du mouvement dit « anti-CPE » à Lyon.

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CPE/LEC/2006 5 compléments

Pour se souvenir des bons moments, se remotiver pour la suite et tirer les leçons des erreurs commises...

"Si t’es contre le cpe, tape dans tes mains"...

Le mardi 7 février, première manif à l’appel des centrales syndicales, entre 5 000 et 15 000 personnes, peu d’étudiant-es. À ce moment, les réunions d’information sur le CPE organisées à la fac Lyon II [1] par les syndicats étudiants regroupent péniblement une centaine de personnes, assez vite saoulées par les discours des apprentis tribuns des diverses tendances gauchistes locales (UNEF, FSE – qui rassemble d’assez intéressants spécimens staliniens au sens propre du terme – LO, LCR). L’AG interpro à la fin de la manif est un peu bordélique, mais arrive quand même à tomber d’accord pour appeler à une manif le jeudi.

Le mercredi l’affreux Villepin viole les nobles principes démocratiques qui veulent que ce ne soit pas un type qui décide tout seul de la vie de 60 000 000 d’administré-es, mais 500 délégués du peuple, en utilisant le fameux « 49-3 ». Malheureusement il semble que le peuple lyonnais ne soit pas prêt à prendre les armes pour défendre la république en danger, et seul un millier de personnes manifesteront le jeudi ; au cas où l’esprit des Canuts et de Jean Moulin se serait subitement réveillé [2], la préfecture avait fait suivre le cortège par une quinzaine de véhicules de flics, préfigurant l’important dispositif porcin qui allait être une constante des manifs lyonnaises. Dans le genre « tous ensemble, tous ensemble, ouais ! ouais ! », on notera aussi la présence (timide) du PS et d’un SO relou.

Le rythme manif mardi-jeudi se met gentiment en place, et le 14 il y a à peu près autant de monde que le 9, essentiellement des lycéen-es, quelques étudiant-es, pas forcément les mêmes qui étaient à l’AG UNEF-SUD-FSE du matin à la fac de Bron [3]. Pas vraiment de syndicat sauf la CNT (présente à toutes les manifs). On peut assister à un concours du cortège le plus affligeant qui oppose l’UNEF à sa petite soeur lycéenne : une dizaine de diant-diant semble vraiment (c’est ça le pire) se faire plaisir avec des « si t’es contre le CPE tape dans tes mains », tandis que la FIDL nous a gracieusement envoyé de Paris un camion sono et un Gentil Organisateur qui passe de la soupe à la mode à des lycéen-es qui ne savent pas encore qu’une manif qui déborde est incomparablement plus festive qu’une boîte de nuit.

Le lendemain, mercredi 15, une centaine de personnes se retrouvent devant le rectorat pour « accueillir » le ministre de Robien. Même si la plupart sont encartées et que les flics sont plus nombreux, le principe de l’« action » était intéressant : pas de délégation, on ne veut pas discuter, on veut bloquer...

Le même jour, circule un appel à se rassembler le lendemain matin pour débrayer des lycées. C’est écrit : « si ça ne marche pas cette fois, on recommencera ». Le matin on doit bien être 7 ; on recommencera...

Le jeudi 16 après-midi, même manif que le mardi, puis tout le monde part au ski pendant deux semaines, fin du premier acte (attendez, partez pas, ça a pas l’air terrible jusqu’ici mais après ça s’améliore !).

C’est (re)parti !

On reprend le 7 mars, avec le « temps fort syndical ». 15 000 personnes dans la rue, gros cortège rouge et noir (500 personnes). L’AG qui suit à la bourse du travail désigne un « comité de lutte », et appelle à des « actions dont les modalités restent à déterminer », tout ça autour du mot d’ordre « retrait du CPE ». Dans les jours qui suivent, les AG à la fac de Bron désignent un groupe (par contre je pourrais pas vous dire si c’était une commission, un comité, ou autre organe du genre) chargé de mettre en place une action dite « anti-medef », au sens large, c’est-à-dire qu’elle pouvait frapper les intérêts du patronat où qu’ils se trouvent (bon ok, c’est pas tout à fait comme ça qu’elle a été présentée). Toujours est-il qu’a circulé un appel à occupation d’un « bâtiment symbolique » pour le lundi 13. Les termes de l’appel sont assez intéressants pour illustrer à la fois l’évolution du mouvement et ses différentes tendances : l’action se devait d’être « non-violente », mais se trouvait justifiée par le principe « sans justice, pas de paix » ; les revendications ont été étendues au CNE, à la précarité, au retour du statut de pion dans les collèges et lycées et au soutien aux révoltes populaires de novembre !

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Le lundi matin 70 personnes se retrouvent à Bellecour, ainsi qu’une ou deux caméras et un ou deux RG. Ça part en footing sur quelques centaines de mètres, ce qui affole plus les journaleux que les keufs, direction le local de l’UMP rue Herriot. Là un groupe de complices est déjà dans la place [4], donc une partie des joggeur-es peut investir les lieux. Les occupant-es ne savent pas trop quoi faire une fois rentré-es, le choix étant largement restreint par la présence des caméras (journaliste et flic ; journaliste = flic...). Certain-es balancent les affiches de Perben et Sarkozy par les fenêtres – affiches que celleux qui sont resté-es en bas se chargent de brûler, d’autres exproprient une caisse de rouge et des bombes de peintures.

Comme les flics ne semblent pas être prêts à intervenir, et que le groupe d’occupant-es préfère ne pas les attendre, tout le monde se regroupe et défile joyeusement sur quelques centaines de mètres, pour se retrouver place de l’Opéra. La cible la plus proche est alors l’agence ANPE Terreaux, et un conseil improvisé est en train de se mettre d’accord pour aller y faire un tour quand une demi douzaine de voitures de flics débarquent. Là ça va très vite, les condés commencent à encercler, quelques manifestant-es descendent dans une bouche de métro, un keuf cravaté gueule à ses gorilles blindés « arrêtez-les », et tout le monde s’envole vers les pentes de la Croix Rousse, sauf quelques personnes qui se font embarquer, faute de réaction collective et solidaire. Le temps pour les échappé-es de se regrouper et d’envoyer des émissaires à la fac pour rameuter les participant-es à l’AG pour venir soutenir les camarades enfermé-es, et quelques dizaines de personnes se rassemblent devant le commico du premier arrondissement. Les flics s’y attendaient pas, et il n’y a pas de comité d’accueil, ce qui permet à deux trois énervé-es de mettre des coup de lattes dans la porte fermée, avant que quelques keufs sortent et se postent devant l’entrée. « Libérez nos camarades », « les enfants de Cayenne », « l’internationale », « police nationale, milice du capital », les assiégeant-es révisent leurs classiques. Enfin, environ une heure après, une centaine de personnes arrivent de la fac, renforçant la pression. Les « leaders étudiants », qui n’ont évidemment pas participé à l’action, profitent de la présence des journaleux pour accroître leur capital médiatique en donnant des interviews ; les flics prennent des photos depuis les étages et renforcent leur présence devant le bâtiment (il semblerait qu’un troupeau de lardus ait été interrompu dans sa séance de natation pour venir filer un coup de main à leurs collègues). Le secrétaire départemental de FO intervient en faveur de la libération des 8 personnes interpellées, poursuivies pour violence (imaginaire) envers un umpiste, dégradation et vol (le carton de vin). La maire du premier arrondissement vient faire sa belle devant les caméras et s’entretenir avec le condé-en-chef. Finalement, les 8 sont relâché-es au compte goutte, et la plainte pour violence est abandonnée. À ce jour (février 2007), pas de nouvelles de poursuites judiciaires.

"La fac, faut qu’ça rock"

Sentant le mouvement s’intensifier, et après avoir participé au début d’occupation de Bron, un groupe d’une dizaine de personnes décide le lundi soir d’aller occuper Lyon II sur les quais. Rien de bien compliqué en fait : passer deux trois coups de fils, attendre gentiment que le dernier cours de l’amphi choisi se termine, y entrer, et une fois que les derniers étudiants sont sortis, barricader. Là on peut faire la teuf un petit moment, genre boire les bouteilles de l’UMP (pas à la hauteur de ce qu’on pouvait imaginer il faut bien le dire) avec certaines des personnes arrêtées pour fêter leur sortie.

Et ensuite les choses sérieuses commencent avec l’arrivée de la BAC qui tourne autour de la fac, puis du président de l’université. Celui-ci est un peu énervé, d’autant plus qu’il avait négocié avec l’AG qu’il n’y aurait pas d’occupation de nuit, en échange de l’arrêt de la pénalisation des absences et du contrôle continu ; c’est bête les occupant-es n’étaient pas à l’AG...

Voyant que cet argument (la menace ne sera d’ailleurs pas mise à exécution) n’a pas l’air de les convaincre, Puech (le président), commence à parler d’intervention des forces de l’ordre, mais se ravise finalement quand les occupant-es récupèrent des barrières de chantier pour monter des barricades. À la retraite quelques jours plus tard, il n’a visiblement pas envie de finir son mandat avec l’assaut de sa fac assiégée. Donc il finit par se barrer, expliquant que si le lendemain des dégradations sont constatées il virera tout le monde (mais à force de pas tenir ses promesses de répression il est de moins en moins crédible).

Du coup pendant la nuit ça discute de la suite à donner à l’occupation, ça renforce les barricades devant les portes de l’amphi avec le mobilier des salles de cours, et ça prépare l’accueil des étudiant-es le lendemain. Une grande banderole festive « la fac, faut qu’ça rock » sur la façade et une plus agressive « si tu cherches un emploi stable, la police recrute » dans le patio sont déployées, et une pancarte à l’entrée de l’amphi indique que les occupant-es se reconnaissent dans la tendance « ni cpe, ni cdi » du mouvement.

Pendant la nuit il a semblé que c’était une bonne idée d’occuper « l’amphi le plus classe de Lyon » (Laprade pour les connaisseur-es), mais au matin il s’est avéré que dans l’amphi le plus classe de Lyon, c’est les étudiant-es les plus abruti-es et les plus bourgeois-es de Lyon qui ont cours. A part quelques un-es qui semblent intéressé-es par la transformation de leur salle de cours en dortoir, cuisine et lieu d’activité (projection prévue l’après-midi), la grande majorité est clairement hostile (même une connasse avec un sac « che guevara »). Matinée éprouvante pour les occupant-es : se taper des discussions stériles avec des fils et filles de bourges au réveil après deux heures de sommeil c’est pas la joie, heureusement qu’il y a leur gueule déconfite devant l’impossibilité d’aller en cours (l’horreur !), et quelques perles dans la conversation (« La misère ça se vit tout seul. Moi j’ai d’la thune et j’vous emmerde »).

L’après midi du mardi 14 a lieu une AG sur les quais, mais celle-ci est investie par les étudiant-es vénères que leur amphi soit occupé, et l’UNI peut même s’y faire applaudir, sans que ça ne choque outre mesure ceux et celles qui sont sensé-es être là pour organiser une lutte. L’AG (environ 300 personnes) vote donc la fin de l’occupation de l’amphi, dont les protagonistes partent dégouté-es, après avoir essayer de botter le cul d’un mec de l’UNI pour se défouler. Pour parfaire son ridicule, l’AG vote aussi le « blocage filtrant » (un an après j’ai toujours pas compris en quoi ça pouvait bien consister) et un appel à la grève des IATOS (tiens j’aimerais bien voir la réactions des diant-diant-es si les IATOS les appelaient à faire grève en solidarité, nan mais y doutent de rien...).

Le point positif c’est que le matin l’AG de Bron a voté le blocage avec occupation, sûrement boostée par la prise de Laprade. En plus l’administration déclare la fermeture administrative des campus de Bron et des quais, sans qu’on sache exactement à quoi c’est dû : une nana qui se serait blessée en essayant de franchir une barricade à Bron, l’occupation sauvage des quais ou les rumeurs de débrayage par la manif lycéenne de l’après-midi...

Dans les lycées, ça swing grave

Chouette manif d’ailleurs, puisque la FIDL et l’UNEF, qui y avait appelé initialement ont finalement renoncé à y participer, du coup il y avait quand même environ 150 personnes, essentiellement des lycéen-nes, sans SO et sans trop de flics. Donc ça part de Bellecour bien dynamique, sans parcours déposé à la pref’, ce qui permet d’aller débrayer un premier lycée (Récamier à Perrache). Pas de casse à l’intérieur, il faut dire que y’a pas mal de caméra et d’appareil photo journalistico-policiers.

Ça repart sur Ampère Bourse, sauf que là l’administration a fermé la porte d’entrée. Qu’à cela ne tienne, les manifestant-es attendront l’heure de la sortie. Mais l’administration a prévu le truc : elle se sert du sas d’entrée, que les manifestant-es investissent aussitôt la porte ouverte. Après avoir pété une caméra de surveillance et mis deux trois coups de pied dans la deuxième porte, la solution vient d’un lycéen habile qui avec son couteau suisse l’ouvre en douceur. Donc ça part joyeusement en courant dans les couloirs, ne tenant pas compte des récriminations des proviseurs et CPE du lycée. A bout d’un moment, après avoir fait le tour de toute les salles [5], le mot passe que l’administration veut enfermer les manifestant-es à l’intérieur en attente des flics. Une porte arrière donnant sur les quais a permis à tout le monde de se barrer avant, à ma connaissance.

Pendant ce temps, l’AG de l’IEP se prononce pour le retrait du CPE et du CNE...

Fac occupée, fac libérée

Le mercredi 15 mars, Lyon II est donc fermée administrativement, mais les étudiant-es négocient avec la présidence la réouverture pour pouvoir occuper. Cette dernière accepte à condition qu’un seul amphi soit occupé la nuit, l’amphi Cassin, isolé des autres bâtiments, et laisse les bâtiments stratégiques fermés (BU, cafeteria, resto U, salles informatiques).

Du coup le soir quelques dizaines de personnes dorment sur place, et sont rejoints par 200 autres au matin, pour bloquer totalement ce campus réputé imblocable. Finalement, cadenas, mobilier, poubelles et sabotage auront raison de l’architecture préventive de ceux qui dans les années soixante-dix croyaient avoir trouvé la réponse aux mouvements étudiants. Une seule entrée est laissée libre pour permettre d’assister aux activités (projection, bouffe, débats...).

Il y a peu de tensions avec les anti-bloqueurs, une partie des étudiant-es venu-es pour aller en cours rejoignant l’occupation et une autre promettant de revenir aux manifs. Les seules oppositions sont le débloquage d’un amphi, vite rebloqué, par des étudiant-es de l’IUT et un feu de poubelle déclenché par des militants de l’UNI (!). Suite à ces quelques incidents, un service de sécu est mis en place, et les « patrouilles anti-uni » et les checkpoints où des gens tapent le carton donnent un petit côté « guerilla sud-américaine » assez sympathique, manquent plus que les casquettes militaires et les kalachnikovs. Sinon, les activités à l’intérieur c’est les diverses commissions, les films, les débats, un training « comportement en manif », et quelques guitares avec leur chevelu.

Ce jeudi 16 les lycéen-nes de Sembat à Vénissieux débrayent, et viennent rendre une visite à la fac occupée à Bron. L’UNEF panique, prévient la sécurité de la fac pour des soi-disant bris de rétro sur le parking, et celle-ci appelle les flics pour des voitures en feu ! Les condés rappliquent en nombre, (4 voitures, 5 camions, plus deux BAC), et l’occasion est à nouveau manquée de créer de véritables liens entre les lycéen-nes dynamiques et les étudiant-es structuré-es. Alors qu’il semblerait que seules deux chaises cassées soit « à déplorer », l’AG diant-diante (1000 personnes) votera quand même une motion dénonçant la casse (et se prononcera contre la violence en manif)...

La reconduite du blocage est aussi votée, ainsi que la négociation (avec la CGT ?) pour obtenir des trains gratuit pour aller à la manif centrale à Paris, la demande de réouverture des bâtiments fermés par l’administration, l’affirmation du soutien réciproque avec l’AG des personnels de la fac, le débrayage de Lyon III, et le fait que le mouvement continuera même en cas de retrait du CPE.
Le même jour l’AG de l’IEP vote le blocage, mais la présidence décide d’une fermeture administrative.

Syndicats gestionnaires : "des fanions, pas des réunions"

La manif de l’après-midi rassemble 8000 personnes, et un certain nombre d’étudiant-es ont décidé de former un cortège « ni cpe ni cdi » (« le CPE on s’en fout, on veut plus de patron du tout »), juste devant celui de la CNT. À nouveau les flics sont massivement de sortie, encadrant les cortèges lycéen et « anar » avec des rangées de civils.

Dans cette manif, comme dans d’autres, FO joue la récup’ à fond, distribuant allègrement drapeaux et autocollants, heureusement vite détournés (la plupart des autoc’ sont collés après avoir déchiré la mention FO et certain-es lycéen-nes ne gardent que l’anse des drapeaux !).

A l’arrivée place Guichard, la bourse du travail est fermée par la CGT par craintes de débordements, donc pas d’AG post-manif. Du coup des lycéen-nes continuent la manif pour aller bloquer le tram. Illes se font vite encercler par les keufs et le SO de l’UNEF empêche le reste des manifestant-es de les rejoindre et de les soutenir !

Ça bouge à Lyon2, ça frémit ailleurs

Le vendredi le blocage de Bron tient bon, une centaine de personnes y ont dormi, 300 les rejoignent le matin.

Lyon1 commence à bouger, un peu : un communiqué annonce que « Le président soutient inconditionnellement le mouvement. Les étudiants sont dispensés de TD pendant les AG et manifs. » (!).

A Lyon3 , un comité de mobilisation est formé, et il y a des barrages filtrant à l’entrée de la fac... tenus par la sécu... (dans ce cas là je vois bien ce que c’est un barrage filtrant par contre). Pour donner une idée de l’état de la mobilisation dans cette fac, il suffit de dire que là-bas l’UNEF est quasi clandestine car considérée comme subversive, les moyens d’action qui lui reste sont de proposer le port d’un « brassard anti-CPE »...

L’AG de Lyon2 est toujours aussi schizophrène, elle vote en vrac :
- le fait que des délégués de syndicats patronaux puissent assister aux AG, si réciprocité !
- une motion « anti-bureaucrate » (rotation de la tribune)
- le démarchage des syndicats cheminots pour les trains pour Paris et une demande d’aide financière à la mairie.
- un appel aux lycéens et banlieusards pour les manifs.
- le maintien du SO (de justesse après l’attitude du SO UNEF le jeudi, l’AG lui demande quand même des excuses...)

La première vitrine, la première grenade, la première barricade...

La manif du samedi 18 mars est la plus grosse à Lyon jusqu’ici, avec environ 25 000 participant-es (dont un millier dans le cortège rouge et noir).

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Mais c’est surtout l’après manif qui est particulier : juste à l’arrivée place Bellecour, laissant à peine le temps aux syndicats de remballer leur matos (alors qu’une AG devait se tenir en plein air avec la sono de la cégèt’), avait lieu une manifestation de nationalistes turcs contre la reconnaissance du génocide arménien. Environ 5000 personnes, avec des drapeaux turcs et français et des pancartes négationnistes, faisant le signe du mouvement fasciste turc des « loups gris », se massent sur le centre de la place. Plusieurs centaines de manifestant-es « anti-CPE » expriment leur hostilité, et un important cordon d’une bonne centaine de gardes mobiles s’interpose entre les deux.

La tension monte, les nationalistes turcs tentent plusieurs fois de charger les contre-manifestant-es, mais sont retenus par leur impressionnant SO (c’est pas très agréable d’être protéger par un SO et des flics, mais il faut bien avouer que sans ça on se serait fait rétamer). Finalement les mobiles repoussent les contre-manifestant-es à coup de lacrymo pour permettre aux fascistes de défiler (en parlant de fascistes, un petit groupe de spécimens locaux se trimbalait aussi dans le coin, attendant on sait pas trop quoi).

La contre manif suit le parcours dans des rues parallèles, pour arriver aux Terreaux, où la tension monte encore d’un cran : les nationalistes balancent les chaises des terrasses, une vitrine tombe, des petits groupes de lascars du quartier et de manifestant-es du matin commencent à monter une barricade sommaire rue Romarin, profitant de l’occas’ pour affronter les flics, et ils sont soutenus par certain-es habitant-es qui leur ouvrent les portes des traboules pour leur permettre de se barrer lors des charges de gardes mobiles. Plusieurs personnes se feront tout de même arrêtées côté « anti-CPE », accusées d’avoir balancer une barrière de chantier sur les keufs. Devant le caractère manifestement arbitraire de l’arrestation de deux d’entre elles, et la mobilisation de quelques personnes venues chercher de leurs nouvelles au commico, elles sortiront après une nuit de garde-à-v’ et avec une convocation en maison de justice pour octobre, où elles seront condamnées à une amende de quelques centaines d’euros.

Première manif qui déborde à Lyon, même si c’est dans des conditions particulières.

P.-S.

Pour la suite : 2e partie, c’est par ici.

Notes

[1Pour situer grossièrement le paysage universitaire lyonnais, Lyon I c’est le sciences dures (et c’est apolitique), Lyon II les sciences humaines (apolitique de gauche) et Lyon III le droit et les langues (apolitique de droite et politisée d’extrême droite).

[2Bon, si vous le permettez, je vais abandonner là le style citoyenniste révolutionnaire...

[3Le campus de Lyon II est divisé entre un partie en centre ville (les quais) et une autre en banlieue lyonnaise, à Bron.

[4... grâce à un subtil stratagème qui a consisté à prendre un rendez-vous bidon, malheureusement ça n’aura été subtil qu’à moitié, puisque c’était sous un vrai nom, la personne se fera plus tard convoquer au commico.

[5... et même de la bibliothèque, où un prof s’était réfugié en panique ; après avoir défoncé la porte, les assaillant-es ont fait marche arrière, déçu-es, pensant certainement trouver quelque chose de plus intéressant que des bouquins scolaires à piller.

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  • Le 22 mars 2007 à 08:38, par e

    1) je n’étais pas présent à la fac lors de la visite des lycéens

    2) cf. réponse à zombifex ci-dessous

    3) je n’ai jamais prétendu être objectif. (et ce que je reproche aux mass media n’est pas leur parti pris mais leur prétention à ne pas en avoir)

    4) ce récit ne cherche pas à dire la Vérité sur le mouvement anti-cpe, mais à retranscrire l’atmosphère, l’agitation, la dynamique du printemps 2006. notamment pour qu’on attende pas dix ans pour relancer ce genre de truc... mais peut-être que pour certain-e-s il est plus important de compter le nombre exact de vitre brisées...

    5) toutes précisions et corrections sont les bienvenues...(si jamais le récit sort en brochure elles seront intégrées).

  • Le 21 mars 2007 à 18:31

    C’est dingue d’être aussi peu objectif. Je demande à l’auteur-e de l’article s’ille était là lors de la visite des lycéen-ne-s. On reproche aux mass médias leur parti pris et leur vision déformée des faits.
    On pourrait pas éviter de dire n’importe quoi aussi ?
    Les lycéen-ne-s se ont balancé un extincteur du 2e étage, pété des portes et fait des trous dans les cloisons. A ca on peut ajouter des remarques sexistes bien trash. Et c’était qu’une quinzaine de mecs, pas l’ensemble du groupe. Après que ce soit jugé bien ou mal on s’en fout, mais ne relate pas que les faits qui t’arrangent.
    Pareil pour l’Unef qui prévient la sécu...tu la tiens d’où cette info ?

  • Le 1er mars 2007 à 11:35

    Le groupe n’avait pas étè désigné par l’AG, mais c’était auto-désigné (non, mais ! pas besoin d’autorisation pour agir).
    Aucun rendez vous n’avait étè pris, et la personne qui a étè convoquée au comici, c’était pour la simple et bonne raison qu’un des jeunes UMP était dans sa classe au collège, l’a reconnu et a donc donné aux keufs le seul nom qu’il avait...

  • Le 26 février 2007 à 13:45, par e

    sur le truc du couteau suisse, il me semblait bien aussi que c’était pas vraiment ça, mais je dois bien avouer que j’ai trouvé que l’enjeu était pas suffisamment important pour faire une véritable enquête d’investigation journalistique pour être 100 % sûr...

    comme pour plein d’autres trucs dans le récit, il y a des approximations, du fait que certains trucs m’ont été rapporté, que j’en ai oublié d’autres, qu’il y a des choses que j’ignore (comme cette histoire de diandian contre la jonction avec les lycéen-nes ce jour là, même si ça ne m’étonne pas ; ou ces débats sur « l’action structurante hors des réseaux syndicaux », ce qui a l’air plutôt chouette comme ça mais je vois pas (plus) trop bien à quoi ça fait référence), etc.

    maintenant, si certain-es trouvent que cet article en l’état ne sert à rien, y z’ont qu’à pas le lire hein... ou apporté des compléments, c’est cool.

    au fait, je suis aussi impliqué dans un « projet collectif » de retour sur le mouvement, dans lequel seront abordés plus en profondeur les enjeux politiques et où on ne se permettra bien évidemment aucune confusion entre pince et couteau suisse...

    bientôt sur vos écrans...

  • Le 25 février 2007 à 21:14, par zombifex

    C etait pas le couteau suisse du lycéen , c était la pince de son pote .....elle était la pour ca .... et rien sur les diandiants qui ont ce jours la tout fait pour empéché une union lycéen diandian quand les lycéen semblait vouloir profité de l ocasion pour se joindre a la fac , rien sur le fait qu il y est eu un long debat sur l utilité d une action structurante hors des réseau syndicaux , plutot qu une inutile vossifération devant des lycées fermé .....

    étonant de publié cet article quand des travaux coolectif sont en cours
    Surtout au regard des aproximation ,

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