Réflexion philosophique d’une travailleuse sociale pour 2006

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Une de nos amies travaillant avec des gens « sans-travail » ou « sans revenu » nous transmet ces réflexions, ce qu’elle voit et ressent depuis 10 ans dans sa fonction de formatrice / accompagnatrice en insertion sociale et professionnelle. [1]

LE CONTEXTE PHILOSOPHIQUE DE l’HISTOIRE

La réflexion est le questionnement permanent qu’une personne doit faire sur sa pratique professionnelle surtout quand cette pratique concerne une transmission de savoirs ou d’un échange en groupe (généralement constitué de 15 personnes) ou dans l’accompagnement de la personne sur un parcours social et/ou professionnel. Cette pratique est le métier de formatrice, accompagnatrice (conseillère) en insertion. [2] Ce métier est apparu en France au début des années 80, à l’arrivée d’un gouvernement socialiste. Ce gouvernement mit en place le premier dispositif de formation professionnelle pour des publics spécifiques en raison du chômage. Ce dispositif fit naître le secteur professionnel de l’insertion sociale et professionnelle. Dans ce contexte socio-économique, la formatrice accompagnatrice doit éduquer - au sens d’educare = accompagner - socialement et professionnellement, tout particulièrement les jeunes (16-25 ans), puis progressivement une grande partie de la classe ouvrière, les sans qualification professionnelle, les personnes de niveau primaire ou analphabètes. [3]

Cette réflexion se veut être une réflexion dans le domaine de la philosophie car elle est « une branche du savoir qui se propose d’étudier les principes et les causes au niveau le plus général et d’étudier les fondements des valeurs morales ainsi que d’organiser les connaissances en un système cohérent ». [4] Par conséquent, le contexte philosophique de l’histoire est d’essayer d’élaborer une théorie de l’histoire, « l’objet d’une théorie de l’histoire est de fournir un instrument d’analyse permettant de définir à la fois les structures d’une société et ses lois de transformation. D’analyser les différentes formes de transition d’une société à une autre. Cet instrument rend possible une certaine provision qui anticipe l’achèvement de processus déjà en cours ». [5] Essayer d’analyser la transition de la société française à une autre société est très ambitieux pour une seule personne, et en si peu de pages. Cependant la formatrice, accompagnatrice (conseillère) en insertion qui essaye de réfléchir à sa pratique peut être à même de voir des changements chez les personnes rencontrées. Ce que nous pouvions constater il y a vingt ans, à savoir que les personnes pouvaient repartir sur un parcours d’apprentissage, ne se constate plus aujourd’hui.

Maintenant, nous observons une impossibilité d’arriver à réaliser un projet de vie ou un retour au travail. Cette impossibilité finit par entraîner des comportements d’isolement, de repli sur soi entraînant un manque de confiance, de peurs, de colères, de frustrations, d’échecs, d’exclusion. « Les conséquences psychiques de l’exclusion [...] plongent [...] les victimes dans une sorte de stupeur ou « neutralité émotionnelle ». Or cette neutralité n’est pas inconnue en psychologie, elle caractérise l’état dit de déconstruction cognitive, qui précède le suicide. [...] D’ailleurs, le sociologue Émile Durkheim n’attribuait-il pas déjà le suicide à des formes d’exclusion sociale ? » [6]

Il semblerait que tous ces comportements soient liés à une même condition, la précarité. Cette précarité structurelle est la conséquence de la gestion de la main-d’œuvre, de l’organisation du travail (les actifs en activité) et de la gestion du chômage (les actifs sans activité). Ces trois éléments découlent de la globalisation. La globalisation, que nous appelons aussi la mondialisation, est un moment de notre histoire. Alors nous pouvons commencer à développer une théorie de l’Histoire en partant de la globalisation. Observons, premièrement le contexte global et politique. Le gouvernement actuel français va petit à petit appliquer l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), négociation de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Les domaines couverts :
L’article 1 de l’AGCS indique que « les services comprennent tous les services de tous les secteur », sauf les services « fournis dans l’exercice du pouvoir gouvernemental ». Ces derniers s’entendent de tout service qui n’est fourni « ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services ».

Pour échapper à l’AGCS, il faut donc que le service soit gratuit et distribué par une seule entité. Appliquée en France, cette définition exclut simplement les fonctions régaliennes (police, armée, justice, banque centrale, état civil) Pour le reste, tout est inclus ! [7]

Nous voyons bien que l’éducation, la formation et la pédagogie sont incluses dans l’accord.

Notons que ni la notion de service public, ni celle de service universel, ni celle de service d’intérêt général n’existent dans l’AGCS. Leurs spécificités (garantie d’accès aux services fondamentaux, égalité de traitement, solidarité et mutualisation, continuité de service, principe de précaution, cohésion sociale, etc. ..) ne sont donc pas reconnues !

La portée de l’accord sur les réglementations des pays membres :
[...] L ’ Article 1 expose que les règles de l’ AGCS s’imposent « aux gouvernements et administrations centrales, régionales et locales ainsi qu’ aux organismes non gouvernementaux qui exercent des pouvoirs délégués » par les pouvoirs publics nationaux, régionaux et locaux. [8]

Les classifications :
L’AGCS s’organise autour de 12 secteurs : services aux entreprises, communication, construction/ingénierie, distribution, éducation, environnement, finances, santé/services sociaux, tourisme, loisirs/culture/transports et autres.

Chaque secteur fait l’objet de définition de sous-secteurs et l’ AGCS identifie aujourd’hui 160 sous-secteurs. Par exemple, le secteur de l’environnement comprend les sous-secteurs suivants : eau, déchets, chasse/pêche, gestion forestière, gestion de la biodiversité, etc.

La classification est un enjeu important car elle permet de « libéraliser sans avoir l’air d’y toucher ». Par exemple, l’exploitation des bases de données de patients ou d’étudiants ne relèvera plus de la santé ou de l’éducation mais du « traitement informatique ». La cantine scolaire sera inscrite dans la rubrique « restauration » et la gestion de 1’hôpital dans la rubrique « management », etc. On voit immédiatement l’intérêt de cette démarche qui permet de contourner habilement les réticences en procédant, comme dans les entreprises, par externalisation de certaines parties du service vers des secteurs déjà engagés ! Autre exemple, le secteur « autres » comprend depuis 1999, à la demande de l’Union Européenne un sous secteur « énergie » en cours de classification, prélude à sa libéralisation mondiale. [9]

L’éducation, la formation, la pédagogie ne sont plus seulement ou ne sont plus du tout définies comme des savoirs mais comme des marchandises. De proche en proche, ce sont les savoirs qui deviennent une marchandise, et ce sera tout le savoir qui deviendra donc marchandise. Certains parlent aujourd’hui de capitalisme cognitif.

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Manif contre l’AGCS à HongKong

L’analyse que laisse la lecture succincte de la présentation de l’AGCS sur l’avenir des services publics européens est pessimiste, mais l’important est bien de voir que nous sommes dans le global et le politique. Et ce n’est pas n’importe quelle politique, c’est une politique libérale : tout ce qui est marchandise pourra se vendre sur un marché mondial. Il pourrait y avoir une autre politique, inspirée par le socialisme. Alors parlons maintenant des tenants de ces deux grandes tendances politiques, les socialistes et les néo-libéraux (ou les capitalistes), pour en arriver au contexte philosophique du travail, à la liberté du choix professionnel et de mouvement.

Les socialistes pensent qu’il faut développer une théorie en disant plus d’État, de collectivisme, de citoyenneté, de répartition des richesses. Cependant, « le lent processus de dépérissement du marxisme assure la victoire éclatante du libéralisme politique : la reconnaissance des libertés individuelles est comme des crans d’arrêt opposés à l’État » et l’auteur de cette phrase précise « que la fin du millénaire est marquée par une puissante résurgence d’interrogation à caractère normatif, centrés sur l’approfondissement du libéral ». [10]

Alors, interrogeons-nous sur le libéralisme. Dans le livre le « Socialisme théorique et sociale démocratie pratique » Eduard Bernstein [11] a décrit, en 1899, que « le libéralisme avait pour mission historique de briser les liens dont l’économie et les institutions du moyen âge ont ligoté le progrès social » [12] et il poursuit « que le libéralisme se soit révélé en premier lieu, sous l’aspect d’un libéralisme bourgeois, cela n’empêche pas, de fait, d’exprimer un principe social général beaucoup plus large dont l’aboutissement sera le socialisme ». [13] Il s’explique en précisant que « le socialisme ne peut pas créer une contrainte nouvelle quelle qu’elle soit. L’individu doit être libre - non pas dans le sens métaphysique comme le rêve les anarchistes, c’est-à-dire libre de tout devoir envers la communauté » [14] ou envers son semblable, si nous retenons la définition de la société par le regard de la condition humaine [15], «  mais libre de toute contrainte économique dans ses mouvements et dans le choix de sa profession ». [16] Et il conclut qu’une « liberté semblable n’est possible pour tous qu’au moyen de l’organisation. Et c’est dans ce sens que l’on peut appeler le socialisme : le libéralisme organisateur ». [17]

Le terme « libéralisme organisateur » mérite que nous nous arrêtions sur cette pensée. Qui dit organisateur dit politique ; or le texte cité appartient à un ouvrage présentant l’histoire des pensées économiques, « les fondateurs ». Nous voyons que l’économie et le politique se confondent souvent. Et c’est sûrement pourquoi les auteurs de ce livre ont retenu cette pensée comme une pensée économique, cela sous-entend aussi que le « libéralisme organisateur » peut être un choix politique. Mais seulement à condition que nous nous soyons mis d’accord sur une définition commune, partagée, de la notion de liberté de choix professionnel et de mouvement comme principes organisateurs de la société.

La notion d’être « libre de toute contrainte économique dans ses mouvements et dans son choix professionnel » devrait interpeller au plus haut point les professionnels de l’éducation et de l’orientation professionnelle. Pour Albert Jacquard [18], la liberté « entraîne l’interrogation sur ce que sera notre avenir, d’où l’angoisse et l’espoir, d’où surtout un désir de rendre cet avenir conforme à nos vœux. Cet état est lié à la capacité des êtres humains à penser demain ». [19] Mais les professionnels de l’éducation et de l’orientation professionnelle constatent le même état pour l’individu, la grande différence est que l’individu tant qu’il est enchaîné dans ses mouvements par la contrainte économique, n’a pas la capacité de penser demain, de faire des projets. Alors si la liberté nous donne la capacité de penser demain, et que cette liberté est liée à la contrainte économique, comme la contrainte économique est liée au travail, réfléchissons philosophiquement ensemble sur cette question : quelle doit être la place du travail dans la société ?

QUELLE EST LA PLACE DU TRAVAIL DANS LA SOCIÉTÉ ?

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Nous pouvons donc déjà affirmer, il me semble, que les sociétés néo-libérales ou capitalistes d’aujourd’hui ne permettent pas aux individus d’être libres de leurs mouvements et de leurs choix professionnels parce qu’elles se sont dotées d’un moyen économique : le travail salarié. Nous entendons par travail salarié celui qui ouvre droit à la couverture sociale (maladie, retraite etc.) Ce moyen est leur instrument d’action. Le travail salarié est le seul moyen admis qui permette aux individus d’être intégrés au régime commun tout au long de leur vie, par l’échange de rémunération ou de traitement leur donnant accès à des choix de vie. Pour avoir accès à la possibilité de choix, il faut forcément avoir un salaire dépassant le SMIC, sinon en dessous c’est la privation voire la survie. Et il faut aussi avoir un salaire régulier, par conséquent un CDI, sinon vous perdez de la crédibilité devant les banques. Mais c’est aussi depuis qu’une majorité de la masse des actifs (travailleurs salariés) ne peuvent plus être tous intégrés dans le régime commun [20] que cette réalité pose la question comment considérer les inactifs, les « inemployables » tels que les handicapés, les chômeurs de longue durée, les jeunes déscolarisés, les bénéficiaires des minima sociaux, les femmes seules avec enfants, mais aussi les mères et pères aux foyers, les retraités, et les étudiants etc. Mais cette réalité pose aussi la question de la fin du travail.

Dans le débat « vers la fin du travail » publié par les Sciences Humaines entre une philosophe et une sociologue, Dominique Méda par son regard de philosophe répond à la sociologue « qu’il ne s’agit en aucune manière d’imaginer une société sans travail, il s’agit de penser une société où le travail n’occuperait pas la place centrale qu’il occupe aujourd’hui et où l’activité productive se développerait concurremment à coté d’autres activités, qui auraient, elles aussi, leur place et leur temps ». [21] Mais Pourquoi ?

En premier lieu, parce que le travail a plusieurs sens. Nous retiendrons la définition du dernier sens (pilier) extrait de l’article « les sept sens du travail » de Gabriel Fragnière, comme sens du mot travail : « toute activité humaine ayant une utilité sociale ». [22]

Le domaine de la formation professionnelle et sociale s’intéresse aussi bien au travail salarié qu’à l’activité qui désigne toutes sortes de savoir-faire ou tâches effectuées en dehors du temps de travail salarié et/ou subordonné. Bien souvent le travail est désigné ou « est assimilé un peu trop vite comme travail et emploi salarié ». [23] Et c’est ce qui fait que l’on oublie qu’« il y a aussi le travail domestique de la ménagère, le travail scolaire de l’élève, le travail bénévole » [24] que l’on désigne sous le nom d’activité. Aujourd’hui, « face à la crise du travail salarié, certains suggèrent de valoriser les activités humaines bénévoles, domestiques, de formation, de loisirs culturels ». [25] Nous pourrions rajouter de loisirs sociaux collectivement organisés, sportifs et éducatifs. « Dans cette perspective, certains annoncent l’émergence d’un nouveau secteur, nommé le quaternaire ou le tiers secteur ou d’autres annoncent une économie à caractère sociale qu’ils nomment l’économie solidaire ou la société pluriactivité ». [26]

Avec cette théorie qui se dessine comme ci-dessus, aujourd’hui la société humaine et occidentale surtout serait en train de se diviser en 4 secteurs :

- 1) le secteur primaire ; il correspond à l’exploitation des ressources naturelles et énergétiques afin d’assurer la survie de l’humain ;

- 2) le secteur secondaire ; il correspond à la transformation des ressources naturelles et énergétiques procurant des biens à l’être humain ;

- 3) le secteur tertiaire qui aujourd’hui est divisé en deux :

* 3.1) le service marchand comprenant le transport, le commerce et la distribution, les services rendus aux organisations et aux personnes ;

* 3.2) le service non-marchand : les services publics de santé, de l’éducation, de la recherche et de la formation et les activités sociales, culturelles, éducatives et sportives etc.

Aujourd’hui, il faudrait admettre un changement concernant le secteur tertiaire :

- soit ce changement regroupe tous les services marchands et non-marchands tel que l’ACGS le programme. Il n’existerait plus aucune division dans le secteur tertiaire ;

- soit ce changement maintient le secteur tertiaire qui ne contiendrait plus que l’organisation du commerce, la distribution, pour être plus précis, les services rendus aux organisations. Et le quatrième secteur correspondrait finalement au secteur social où nous retrouverions les activités de proximité, la gestion de toutes les activités sociales par les aides à la famille et aux personnes seules tout au long de leur vie, plus précisément le droit à la santé, le droit de l’enfant, le droit à l’éducation, à la formation professionnelle et à la recherche, le droit à l’activité sportive, le droit à la culture, le droit au logement et à la mobilité pour maintenir la liberté de mouvement.

Ce quatrième secteur ne peut naître et s’articuler avec les autres que si les peuples déterminent aujourd’hui l’organisation humaine comme une priorité, sans percevoir l’être humain comme une seule rentabilité économique. Cette idée peut être partagée par certains responsables d’entreprises. Par exemple, lors d’un débat de millénaire 3 organisé par la ville de Lyon, en 2001, le PDG de Hewlett Packard Company de l’Isle d’Abeau (Isère) a dit à peu près dans ces termes que la France avait un avantage que les autres pays n’ont pas : en payant ses cotisations sociales patronales l’État, en contrepartie, organise les activités sociales pour que les salariés de son entreprise puissent accéder aux moyens de garde des enfants, de transport, de loisirs, à la culture, à l’éducation... Il comparait avec le Brésil ou le Mexique, lieux où son entreprise doit organiser tous les services sociaux pour son personnel. Cette réflexion mérite un développement plus approfondi sur le rôle du secteur public. Mais restons sur notre sujet, nous pouvons avoir un autre regard possible au sens le plus large, parler du travail comme l’unité de mesure des forces [W], d’un point de vue des sciences physiques l’être humain travaille du moment qu’il est en mouvement, qu’il vient de sortir de son lit.

LE TRAVAIL EST UNE LOI PHYSIQUE QUI S’APPLIQUE À TOUS LES HUMAINS

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Karl Marx a écrit que « le travail est de prime abord un acte qui se pose entre l’homme et la nature » [27], puis il poursuit « les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des matières en leur donnant une force utile à sa vie ; en même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure, et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui sommeillent ». [28] Quand ce corps est en mouvement, il demande à dépenser une énergie visible et invisible.

- Le travail visible désigne « le travail directement productif que l’on peut quantifier et contrôler, accompli dans un lieu précis (un atelier, une chaîne de montage, une classe...) ». [29]

- Le travail invisible est par exemple la réflexion qui inspire la rédaction d’un article, la création d’un spectacle, d’une musique, d’une chanson, et la préparation d’un cours... C’est-à-dire « l’ensemble des transactions informelles nécessaires à l’aboutissement d’un projet ou d’une tâche » [30] à réaliser.

Par cette différenciation entre travail visible et travail invisible, nous pouvons aussi constater que les sociétés libérales ou capitalistes et les états totalitaires accordent une valeur monétaire et morale différenciées au travail visible et invisible. Mais cette différenciation repose sur la pensée judéo-chrétienne d’une conception, celle de « l’âme supérieure au corps ». Cette différence reproduit « l’idée grecque et romaine qui en distinguant le travail manuel (c’est à dire à la peine de l’esclave) de l’activité intellectuelle noble des hommes libres, rattache la notion de travail à une condition humaine inférieure ». [31] Et cette opposition pourrait bien trouver sa source dans la dichotomie platonicienne des lumières de la vérité contre les idées fausses de l’obscurité de la caverne. Et de cette conceptualisation, ne découlerait-il pas des sociétés esclavagistes, colonisatrices, en résumé les prémisses de l’exploitation de l’homme par l’homme ?

D’après Marx, « le travail est ce par quoi l’homme s’émancipe de la nature », par contre, il pense que le travail dans une société capitaliste ou libérale est source d’aliénation [32] parce qu’un « drame s’est produit, elle oppose une partie de l’humanité à une autre, la bourgeoisie et le prolétariat. Ces deux classes expriment la même aliénation, mais la bourgeoisie y a trouvé son avantage, parce qu’elle exerce une puissance sur le prolétariat et il se sent anéanti par cette aliénation. Il y voit son impuissance et la réalité de son existence humaine ». [33] Cette aliénation viendrait alors de la bourgeoisie qui utilise l’obligation de travail : l’emploi salarié [34] comme devoir, comme étant le seul moyen légal permettant de faire partie du régime commun pour bénéficier des avantages de biens et de services tout au long de sa vie.

Ainsi, la formation professionnelle, dans ce contexte, aurait pour but d’aider l’individu à devenir un maillon de la chaîne du travail en échangeant une ou des capacités visibles et /ou invisibles en contrepartie d’une rémunération ou d’un traitement, ou bien, s’il ne peut être un être actif économiquement (« inemployable »), dans ce cas, le formateur a pour but de l’aider à procéder à des démarches administratives pour qu’il entre dans une catégorie institutionnelle lui permettant de percevoir une allocation, une pension ou un revenu minimum (AAH, RMI). Cependant, l’idéal serait de l’aider à tisser autour de lui des activités pour lui permettre un épanouissement personnel qui peut devenir professionnel un jour en accédant à des activités. Pour ce faire, il lui faut des moyens économiques, d’où la naissance de mesures d’État qui donne un statut à l’individu mais encore faut-il rentrer dans un cadre. [35] Néanmoins les activités intellectuelles, sportives et culturelles sont payantes, et ne deviennent donc pas une priorité. Le montant de l’allocation correspond au revenu minimum pour se maintenir en vie. Et cette survie déstabilise l’individu jour après jour car ces allocations ne permettent pas d’avoir une hygiène mentale et corporelle quand on bénéficie du revenu minimum (RMI) ou de l’allocation spécifique de solidarité (ASS).

S’il nous fallait retenir quelque chose de positif dans toutes ces mesures d’État, c’est que le secteur de l’insertion peut se permettre d’affirmer et de confirmer par ses pratiques qu’il n’y a pas d’âge pour être en situation d’apprendre quel que soit le parcours de chacun. Néanmoins, si nous reconnaissons et admettons l’éducation permanente, elle induirait une nouvelle logique, qui nous permettrait de sortir du cloisonnement : éducation nationale - monde professionnel - retraite. C’est-à-dire qu’il nous faudrait repenser le système social. Il faudrait calculer en France, par exemple, le montant de toutes les aides sociales allouées pour évaluer la redistribution en fixant un bien être ou un salaire ou un revenu social [36] de droit à toutes les personnes tout au long de leur vie non-productive et productive (si salaire il y a, ce salaire serait complémentaire au revenu social) Ce système de salaire fixe éviterait aussi tous les changements de statut qui font basculer le salarié dans le chômage puis du chômage dans l’endettement financier ; Allocations ASSEDIC (ARE, ASS), stagiaire de la formation professionnelle, bénéficiaires du RMI, parent isolé, allocation adulte handicapé etc. Avec un revenu social nous évitons ces changements de statut et nous nous affranchissons d’un arrêt d’activité pour cause de retraite. L’homme serait libre de ses choix professionnels. Il pourrait alterner et décider par lui-même de devenir un membre actif ou inactif pendant le temps nécessaire à son épanouissement individuellement en cherchant à développer ces capacités physiques ou mentales tout au long de sa vie.

Autres conséquences, les conditions de travail et de sécurité au travail s’imposeront d’office et cette liberté imposera à l’offreur d’un travail de traiter correctement le demandeur. Bien sur le demandeur et l’offreur de travail auront leur période d’essai et pourront à tout moment avoir la possibilité de rediscuter le contrat, et en cas de problème les deux parties pourront faire appel à un médiateur (la justice). Ce salaire fixe permettra aussi une liberté nouvelle aux femmes, celles-ci n’étant plus contraintes économiquement à dépendre du salaire du mari, car enfin avec des ressources propres.

LA LIBERTÉ DU CHOIX PROFESSIONNEL

En réalité, le formateur a pour but de permettre l’accès à la liberté du choix professionnel et social tel que Bernstein l‘a défini précédemment, et tout le problème, comme pour Dominique Méda « est de démontrer que toutes les activités sont aussi nécessaires que la production de biens et de services et de réfléchir à leurs articulations ». Dans ce débat elle conclut que « c’est le rôle de la philosophie de dessiner des modèles de sociétés possibles, de le proposer à la réflexion est au débat ». [37]

Mais pour choisir librement son épanouissement individuel, il faut pouvoir :

- 1) comprendre l’organisation de la société, son articulation et ses interdépendances ; c’est une méthode et un outil pédagogique que certains formateurs/conseillers pratiquent en formation ou en accompagnement individuel qu’ils nomment « l’éducation du choix ». [38]

- 2) donner un sens à sa vie ; souvenons-nous que pour Sartre l’existence « est le fait d’être là, de surgir dans le monde et d’avoir à assumer cette présence ». [39] Mais pour assumer cette présence, il importe que l’être humain ne soit pas considéré sur le même registre que les matériaux et le matériel. [40] Mais comment une théorie partant de la liberté humaine peut-elle s’accorder avec une vision considérant la conscience individuelle comme historiquement déterminée par l’économie et le matérialisme [41] ? C’est à partir de « l’Être et le Néant » que Sartre critique le « mythe du matérialiste » ; parce que Sartre est « moniste », il considère que l’âme et le corps ne sont pas séparables comme deux réalités distinctes. [42] Il refuse de faire de la matière la seule réalité, et il revendique pour l’existant humain une particularité irréductible à un simple univers d’objets, et du même coup il exige que soit reconnue une dignité propre à l’Humanité qui serait impossible à justifier tant que nous nous tenons sur le plan des lois mécaniques de la nature [43]. « L’intérêt fondamental de l’existentialisme est de restituer la dignité de l’homme à partir d’une réflexion sans concession sur les conséquences de sa liberté. Il semble que la conception par Sartre d’un sujet humain « non substantiel » c’est-à-dire défini par son projet d’être » donc d’être animé par ses choix de développement personnel, « constitue le point d’ancrage, le plus important ». [44]

Cependant, par expérience, par toutes les rencontres avec les êtres exclus du régime commun, la formatrice, accompagnatrice (conseillère) peut constater que faire partie du système social catégorise, stigmatise (travailleur handicapé, femme isolée, bénéficiaires du RMI, etc.) et entraîne des conséquences psychologiques et comportementales ayant des effets importants sur la pratique de la citoyenneté. Pour Michèle Bernard, Karl Marx en 1843-1844 pense que « l’homme a un double rapport au monde théorique et pratique, l’homme se projette dans le monde et se l’approprie de tout son être (pensée, corps, affectivité) ce qui a conduit Marx à assigner au mouvement de l’histoire une fin psychologique qui est la conquête de son essence de son être universel » [45] et comme Karl Marx conçoit le travail comme « une objectivation de l’homme, et non comme une activité sociale impliquant une certaine division du travail, de rapports sociaux. [...] Du fait que l’homme est représenté comme une essence abstraite et la société comme un ensemble de relations interpersonnelles, le mouvement de l’histoire devient donc une sorte de développement de la nature humaine ». [46] Alors la signification historique du communisme de Karl Marx interprété par Michèle Bernard « est bien l’avènement d’une nouvelle société où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. » [47]

Ce mouvement de l’histoire nous conduira-t-il à modifier les valeurs de la société en admettant le secteur quaternaire pour aboutir au « libéralisme organisateur » tel que l’ont pensé Bernstein et Marx même si l’histoire des idées politiques les a fait diverger ? Il me semble que ces divergences se retrouvent encore dans les différents courants contestataires.

LA LIBERTÉ DU MOUVEMENT

Pour permettre la liberté du choix professionnel il faut aussi que chaque être ait la liberté de mouvement, la liberté de se déplacer, ce que nous appelons la mobilité. [48] Aujourd’hui, la population mondiale est séparée ou dirigée par des États avec des frontières qui ont été inventées par l’homme, mais il serait plus judicieux que la population mondiale par cités s’organise en fonction des comportements humains vis-à-vis de leur travail, de leur activité. Ces comportements, nous pouvons les nommer :

- 1) le type sédentaire est celui qui se déplace à l’échelle locale et de temps en temps pendant les vacances et les week-end ;

- 2) le type sédentaire-nomade est celui qui travaille en voyageant et qui possède un ou des pieds-à-terre dans un ou des lieux fixes ;

- 3) le type nomade enfin, concerne les travailleurs sans domiciles fixes ; ils travaillent puis ils bougent. Mais il concerne aussi les ethnies nomades qui sont décimées et posent problèmes entre autres au Mali. Ils ne peuvent plus déplacer leurs troupeaux ou voyager librement (en référence aux gens du voyage) ils sont dans l’obligation de se sédentariser et personne ne les accepte, ils vivent autour des grandes villes dans des bidonvilles. Ces touaregs ont la même image aux yeux des citadins africains que la population Rom aux yeux des européens, comme ces derniers l’ont aussi du Maghreb et des pays arabes en général, aujourd’hui.

De ces comportements ou types découlent un mode de vie différent, parce que « les mobilités apparaissent comme « un principe organisateur » de la vie quotidienne » a écrit Sylvain Allemand de l’Institut pour la ville en mouvement. Il cite Jean-Pierre Orfeuil de l’Institut d’Urbanisme de Paris qui pense que cette valorisation des mobilités correspond à une mutation profonde : ce serait le passage d’une société fondée sur le lien communautaire à une société régie par des relations contractuelles et donc une plus grande autonomie des individus [49]. L’auteur du dossier écrit aussi que « le temps où l’on vivait, travaillait, se distrayait dans un seul et même endroit est révolu, en tous les cas pour la grande majorité de la population ». [50]

Cependant, il y a des exceptions. Une minorité grandissante est interdite de mobilité : les précaires par exemple, ou ceux dont la couleur de peau ne sied pas [51]. Pour l’auteur du dossier « la mobilité est source d’inégalité, parce qu’elle conditionne l’accès à l’emploi, aux loisirs, aux pratiques culturelles. Par ce fait, les mobilités contribuent aussi à renouveler les débats sur les inégalités : selon qu’on habite à la ville ou à la campagne, en périphérie ou au en centre ville, selon sa catégorie sociale à laquelle on appartient, son niveau de revenus... Tout le monde n’a pas accès de la même manière aux lieux de travail, de culture ou de loisirs ». [52]

Alors si nous admettons ces trois types de comportements humains par rapport au travail, pouvons-nous un jour espérer qu’ils deviennent complémentaires et non s’exclurent les uns les autres ? Nous pourrions organiser, pour chacun de ces comportements, leur mouvement quotidien comme nous organisons le transport de marchandises. Tout le monde circulera en fonction de son travail et choisira le moyen le plus adapté et le plus écologique. Il nous faut trouver une décroissance équitable pour sauvegarder nos générations futures et la planète Terre et cette organisation doit être pensée pour le bien être de tous et de chacun :

- en y incluant la règle de l’hospitalité que nous retrouvons dans la philosophie arabe et chez les tribus africaines ; alors tous les migrants de passage ou en cours de régularisation administratives devront avoir accès au gîte et au couvert, aux soins et à l’éducation dans chaque cité.

- en permettant l’accès à l’éducation-formation tout au long de sa vie. Plus précisément, il nous faut reconnaître que nous devons prendre en compte la demande de l’individu, son niveau de connaissance initiale afin de définir avec l’intéressé la durée de l’apprentissage (deux ans au moins pour de l’alphabétisation par exemple) Et cette liberté d’accès permettra à tous les individus curieux d’apprendre des savoirs ou des savoir-faire, de faire leurs propres choix de développement physique et mental. Ce qui donnera ou induira forcément un savoir-être.

Pour conclure, la proposition est de reprendre haut et fort avec la multitude ce rayonnement proposée par Ramon-Luis Acuña, dans toutes les cités du monde au même moment en 2006 ! [53]

« Citoyens du monde cessez de vous entre-tuer !
La paix à un prix, celui du développement de la prospérité matérielle et morale de l’humanité.
Les dividendes de la paix sont le développement » équitable,
« et la liberté qui en découle.
Prôner une culture de la paix,
c’est exiger que les pays assurent un avenir meilleur
en cessant d’investir dans la guerre »
et le tout sécuritaire.
« C’est miser sur l’intelligence et le bien-être de ces citoyens.
C’est offrir une chance d’accéder à de meilleures conditions de vie ».

Valérie BAUDOT

BIBLIOGRAPHIE

Cette bibliographie inclut les références du premier texte lisible sur le site AC ! Rhône

- Albert Jacquard, « Petite philosophie », Poche, 1997.
- André Guigot, « Sartre et l’Existentialisme », Milan, 2000.
- Antoinette Lorenzi, Catherine Salès, Rémi Fontaine, « Enquête sur le revenu minimum d’insertion », Corpur, 1990.
- Benjamin Spector, « La société », Flammarion, 2000.
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- Jean-Pierre Orfeuil, « L’évolution de la mobilité quotidienne », Inrets, Synthèse, N° 37, 2001.
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- Karl Marx, « Le capital », Éditions Sociales, Paris, 1967.
Laurent Geffroy « Garantir le Revenu, Histoire et actualité d’une utopie concrète », Mauss, 2002.
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- Sylvain Allemand, « Les enjeux des mobilités quotidiennes », in Sciences humaines, n°117, juin 2001.
- Yasmina Benguigui, « Mémoires d’immigrés », reportage.
Remerciements à François Menduni.

Notes

[2La notion d’insertion pour Robert Castel désigne « un mode original d’intervention et qui se donne avec le contrat une méthodologie : construire un projet qui engage la double responsabilité de l’allocataire et de la communauté » ; Robert Castel, « Les métamorphoses de la question sociale », Fayard, 1995.

[3Pour en savoir plus sur le contexte professionnel qui justifie la naissance du métier de formatrice, d’accompagnatrice (conseillère) en insertion, un texte plus détaillé est présenté sur le site de l’association d’AC ! Rhône (Agir Ensemble Contre le Chômage et la Précarité)

[4Définition extraite du Grand Dictionnaire Encyclopédique Hachette, 1992.

[5Michèle Bernard, « Le Marxisme et l’Histoire », Éditions Sociales, 1979.

[6J.M. Twenge, K.R. Catanese et R.F. Bauneister « social exclusion and the deconstructed state :Time perception, lethargy, lack of emotion and self awareness,” Journal of Personality and Social Psychology, vol. LXXXV, September 2003, in Sciences Humaines n° 147, mars 2004, page 14

[7attac rhône (Association pour la Taxation des Transactions financières pour l’Aide au Citoyens), « L’A.G.C.S, c’est quoi ? », 2003, page 2/12.

[8Id., page 2/12

[9attac rhône, op. cit., page 3/12.

[10Les références de cet article du Monde Diplomatique ont été perdues car je mène cette réflexion au coup par coup quand j’ai un moment pour écrire. Ce travail est souvent entrecoupé par les tâches quotidiennes (mère au foyer) par mon implication citoyenne dans mon environnement proche, et par mon travail de salariée.

[11Bernstein est à l’origine, avec Kautsky, du courant social-démocrate. Bernstein et Kautsky vont tout deux donner une expression théorique au courant social-démocrate en avançant l’idée d’une transition socialiste douce et progressive qui caractérise le révisionnisme par rapport au marxisme standard. Ils vont abandonner les notions de « luttes des classes » et surtout l’idée « d’une dictature du prolétariat. »

[12Ouvrage collectif, « Histoire des pensées économiques, les fondateurs », Sirey, 1998, page 270.

[13Ouvrage collectif, « Histoire des pensées économiques, les fondateurs », Sirey, 1998, page 270.

[14Id., page 270.

[15La définition de la société de Benjamin Spector « renvoie plutôt à une dimension de la condition humaine, à l’homme dans ses relations avec ses semblable » ; Benjamin Spector, « La société », Flammarion, 2000, page 11.

[16Ouvrage collectif, « Histoire des pensées économiques, les fondateurs », Édition Sirey, 1998, page 270.

[17Id., page 270.

[18Albert Jacquard est un généticien, mais c’est aussi un militant pour le Droit Au Logement (DAL).

[19Interviews d’Albert Jacquard devant des lycéens en cours de philosophie sur la notion de liberté, « Petite philosophie à l’usage des non philosophes », Poche, 1997.

[20Se référer à la définition sur le taylorisme dans « Sciences humaines », n°78, décembre 1997, page 34.

[21Débat entre Dominique Méda (philosophe qui a publié « Le travail, une valeur en voie de disparition », Aubier, 1995) et Dominique Schnapper (sociologue qui a publié « Contre la fin du travail », Gallimard, 1994) sur le thème « Vers la fin du travail ? », in « Sciences humaines » n°78, décembre 1997, page 31.

[22Gabriel Fragnière, « Les sept sens du travail », in Futuribles, n°115, Novembre 1987.

[23Gabriel Fragnière, « Les sept sens du travail », in Futuribles, n°115, Novembre 1987.

[24Explique la philosophe Dominique Méda. sur le thème « Vers la fin du travail ? », in « Sciences humaines », n°78, décembre 1997, page 31.

[25« Le travail en question », in « Sciences Humaines », n°78, décembre 1997, page 29.

[26Id., page 29.

[27Karl Marx, « Le capital », Éditions sociales, Paris, 1967, page 180.

[28Id., page 180.

[29« Le travail en question », in Sciences Humaines », n°78, décembre 1997, page 29.

[30Id., page 29.

[31Gabriel Fragnière, « Les sept sens du travail », In Futuribles, n°115, Novembre 1987.

[32« Le travail en question », « Sciences Humaines », n°78, décembre 1997, page 29.

[33Michèle Bernard, « Marxisme et l’Histoire », Editions Sociales, 1979, page 31.

[34« L’emploi salarié est de création relativement récente : il se développa à partir du XIX siècle avec l’instauration progressive du contrat de travail, la mensualisation de la rémunération et la système de protection sociale (État providence) ». « Le travail en question », in « Sciences Humaines », n°78, Décembre 1997, page 29.

[35Je prendrai ma propre expérience comme exemple. J’avais signé en 1997 un Contrat Initiative Emploi avec un employeur. Ce contrat était une mesure permettant aux employeurs d’avoir une défiscalisation sur les charges sociales patronales et une indemnisation mensuelle à condition de remplir certains critères. Grâce à cette mesure j’ai transformé un CDD de six mois en un CDI. Ce contrat permettait d’accéder à une aide financière pour payer le coût d’une formation sur une durée d’heure définie de 400 heures, pris sur le temps de travail. Ce qui permettait plus facilement de mener en même temps : le travail salarié, les cours universitaires et la vie familiale et citoyenne. Mais le texte de loi disait, ou l’interprétation par la Région de ce texte a été, qu’il ne pouvait pas permettre ma formation qualifiante (Sciences de l’Éducation, niveau licence) car le financement de formation était prévu pour une adaptation au poste travail mais non à un diplôme qui permettait d’acquérir le niveau théorique demandé. Ce dossier fut rejeté sans avoir été examiné. Ma demande était hors cadre. Et nombreuses sont les personnes que nous rencontrons qui ne peuvent pas obtenir leur financement de formation parce que leurs demandes sortent de l’ordinaire et des cadres institutionnels définis par des orientations d’État (mesures aidées et les secteurs « en tension »), subventionnées par les administrations régionales, départementales et territoriales (de la cité).

[36L’économiste et sociologue Bernard FRIOT, professeur à Nanterre, démontre que donner un salaire à tous est économiquement viable et possible aujourd’hui. Mais pour ce faire, il faudrait rehausser la part du salaire dans le PIB de + 10%, parce que ces 10% de la part du salaire dans le PIB ont été perdus en vingt ans au profit de la part des bénéfices des entreprises.

[37« Vers la fin du travail ? », in « Sciences humaines », n’78, décembre 1997, page 31.

[38Les formateurs peuvent s’approprier la méthode canadienne en suivant la formation d’Aide au Développement Vocationnel et Personnel (ADVP) Cette méthode permet aux élèves, dès la classe de sixième, de comprendre comment la société, disons plutôt les humains en sont arrivés à la création des professions en lien avec le savoir théorique, et à organiser le travail en créant des interdépendances.

[39André Guigot, « Sartre et l’Existentialisme », Milan, 2000, page 59. André Guigot est philosophe.

[40Dans le bâtiment nous pouvons apprendre à gérer un budget de chantier en calculant l’équivalence entre le coût de la main-d’œuvre, le coût des matériaux nécessaires à la construction et le coût du matériel utilisé. C’est-à-dire que les 3 M (main-d’œuvre, matériaux, matériel) doivent être équilibrés et équivalents.

[41« Le matérialisme et une doctrine critiquée par l’existentialisme, affirmant que la réalité est seulement composée de matière ». André Guigot, « Sartre et l’Existentialisme », Milan, page 59.

[42« Faire comme si l’ensemble des significations et des relations naturelles existait par lui-même, indépendamment de l’homme, est une illusion d’optique : croyant atteindre l’objectivité, le matérialiste oublie son propre travail d’interprétation qui suppose toujours une conscience ». « Les reproches que Sartre a fait au matérialisme ne sont pas d’ordre moral mais philosophique ». André Guigot, « Sartre et l’Existentialisme », Milan, page 37.

[43Id., page 57.

[44d., page 57.

[45Michèle Bernard, « Le Marxisme et l’Histoire », Éditions Sociales, 1979, page 30.

[46Id., page 51.

[47Id., page 51.

[48« En un sens étroit, le mot mobilité désigne un déplacement ; en un sens plus large, il correspond au temps passé hors de chez soi. Il convient de distinguer la mobilité mécanique (au moyen de transport) et la mobilité physique (à pied) La mobilité n’empêche pas l’immobilité. En effet, on peut être mobile tout en restant assis de longues heures.[...]. À certains égards, nos aïeux étaient plus mobiles que nos contemporains : le paysan l’était plus que l’employé assis de longues heures ». Sylvain Allemand, « Les enjeux des mobilités quotidiennes », « Sciences Humaines », n°117, juin 2001, page 49.

[49Jean-Pierre Orfeuil, « L’évolution de la mobilité quotidienne », Inrets, Synthèse, juin 2001, page 37.

[50Sylvain Allemand, « Les enjeux des mobilités quotidiennes », « Sciences Humaines », n°117, juin 2001, page 47.

[51Je parle du faciès.

[52L’auteur fait référence à une « enquête de l’Observatoire des banlieues de la Sorgem qui montre que pour certains jeunes en grandes difficultés, les déplacements hors de leur territoire familier sont sources de peurs qui limitent leur capacité à utiliser les transports publics ». Sylvain Allemand, « Les enjeux des mobilités quotidiennes », in « Sciences humaines », n° 117, juin 2001, page 49.

[53Ramon-Luis Acuña (écrivain et journaliste), « Pour une culture de paix », in Le Monde Diplomatique, novembre 1999, page 32.

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