Trajet décousu dans les transports en commun lyonnais - Grabuge n°0

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Un jeu de l’oie, des entretiens avec des agents d’entretien, un règlement des transports en commun libérés, des nouvelles échevelées où nos sens s’emmêlent dans les couloirs de métro lyonnais, des illustrations à couper le souffle, des histoires de chien, des analyses et des infos inédites... vous trouverez tout ça, et beaucoup plus, dans le n°0 de Grabuge.

Le collectif d’écriture lyonnais Grabuge publie son premier fanzine, fruit d’un an d’ateliers d’écriture fictionnelle, de formations à l’entretien, de réalisations collectives d’illustration et d’édition échevelé.

Dans ce premier numéro de Grabuge, nos fictions et nos articles vous causent des transports en commun lyonnais, de leurs tarifs délirants, de leurs contrôleurs violents, de la chasse aux sans-papiers qui s’y déroule... mais aussi de leurs wagons bardés de pub pour des écoles de management, de rêves de transports en commun idéaux, de poussettes qui se perdent dans les couloirs du métro, et de tant de choses encore. Parce qu’un réseau de transport en commun ça dessine et ça rythme une ville, entre lignes de métro et bus de nuit, entre klaxons et bruits stigmatisants de la poinçonneuse, entre service public, alternative à la bagnole et ségrégation géographique.

Télécharger le fanzine

Grabuge n°0, c’est tout ça et bien d’autres textes plus beaux les uns que les autres ! Alors n’attends plus et télécharge le en cliquant sur la couverture ci-dessous.

PDF - 22 Mo
Grabuge n°0

Le fanzine en pdf c’est bien, mais en papier et en couleur, c’est encore mieux ! Si vous voulez en récupérer un (ou dix, ou vingt), vous pouvez nous écire à grabuge-lyon[at]riseup.net ou venir nous voir lors d’une soirée dont la date sera bientôt révélée, ou encore attendre qu’on en pose un peu partout dans les lieux militants de Lyon.

Grabuge revient

Grabuge ne va en rester là. Il y aura bientôt une version radiophonique de cette première saison, à écouter sur Radio Canut.
Surtout, une nouvelle saison sera lancée très bientôt, lors d’une soirée en grande pompe ! On repart sur un nouveau thème mais sur le même principe : écrire ensemble des textes révolutionnaires et y prendre du plaisir. Plus d’infos très vite sur Rebellyon !

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Extraits écrits et visuels

Treize dans le wagon (fiction)

L’œil de la caméra est précis. Il ne ment pas.

Pourtant, on a du mal à y croire.
L’œil de la caméra dit : le 2 novembre à 20h52 exactement, ils étaient 13 dans le wagon.
13 humains et une poussette. Cette dernière n’a pas été identifiée instantanément. La caméra l’a d’abord prise pour un cercueil, mais cette information ne rentrait pas dans sa base de données. Ça coinçait, ça butait, ça ne voulait pas. Un cercueil ? Connaît pas, cherche encore. Un caddy ? Un cabas ? Un side-car ? Un landau ? Une poussette ? Paf, on y était ! Une poussette seule. Dans un coin du wagon. Une poussette cernée d’un vide gênant, pendant qu’à l’autre bout on se tassait. 13 sardines collées-serrées, telle ment compactes que la caméra enregistre, à 20h53, une seule et même masse. Une masse étrange, une chose informe qui oscille, qui bouge lentement, qui s’exprime par un mouvement de retrait. On se plaque contre la porte la plus éloignée de l’objet non-identifié. La terreur est palpable dans ce mouvement, même la caméra l’aperçoit : le message « system error » clignote en rouge sous l’image. À 23h54, un bras jaillit de la masse. Le bras agite un journal. Il montre. Un indice. Zoom sur le journal. Rubrique Horoscope. L’humain qui a brandi le papier s’agite, désigne. Alors, la masse change de forme. Un morceau se détache. Deux bras, deux jambes et une tête rentrée dans les épaules s’aventure hors du tas, s’avance, hésite, s’approche de la poussette.
L’inconscient, le fou, la caméra a presque envie de sonner l’alarme, que va-t-il se passer ? La tension est à son maximum. L’humain se penche sur l’affaire non-classée en forme de poussette... Mais, juste à cet instant, le wagon s’arrête. La porte s’ouvre, la masse tombe sur le quai avec un bruit mat. Une voix métallique commente, placide : « Gorge de loup ». Il est 20h55, noir à la caméra.

Aucune autre image n’a été enregistrée.

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Des articles de fond en lecture intégrale sur Rebellyon

Une seule passion, l’arrestation : le service de police qui vous traque dans les transports en commun
Dans les TCL circulent de drôles de flics, en recherche permanente de personnes à interpeller. Mais que font les agent·es du SISTC ?

Nouvelles frontières ? Les migrant·es traqué·es dans les bus Paris-Lyon
Les Flixbus et Ouibus sont des cibles privilégiées de la police aux frontières (PAF) qui y piste les sans-papiers, y compris sur les lignes intérieures.

« Le métier de contrôleur·e est par définition un métier de police », entretien avec Jérôme Vial
Bavure, acte isolé, excès de zèle... Les altercations violentes des passager·es avec des contrôleur·es TCL sont médiatisées comme des exceptions à la règle, bien éloignées des pratiques de contrôles quotidiens. Pourtant, comme l’explique un sociologue lyonnais, le contrôle comme action coercitive produit nécessairement une forme de violence.

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Le sachiez-tu ?

#Poignon
En 2017, le premier financeur du Sytral sont les entreprises lyonnaises (publiques et privées) à hauteur de 35 % du budget (via le versement transport). Elles devancent la billetterie (23,5 %) et les collectivités territoriales (20,9 %). L’opérateur publicitaire (Clear Chanel), malgré le fait qu’il nous pollue la vue dans des proportions de plus en plus délirantes, ne contribue qu’aux alentours de 1%.

#Genre
Il y a 41 stations de métro à Lyon. Parmi elles, 18 ont un nom d’homme et 23 un nom de lieu géographique (place, quartier, etc.). Aucune ne porte le nom d’une femme.

La minute zen

La chaîne de TV i-TCL qui diffuse sur 1500 écrans dans les tramways, les trolleybus et les stations des informations sur les signes astrologiques, des brèves actu sur Mickael Youn, des « instatram » ou des annonces de jobdating est gérée par la société Bull Amesys. Cette entreprise a par ailleurs conçu et commercialisé Eagle, un système automatisé d’écoute, de surveillance et d’interception des communications électroniques à l’échelle d’une nation avec comme clients la Libye, le Qatar ou l’Arabie Saoudite.

Flipper le dauphin (fiction)

Je vois ses yeux mais pas son regard, il essaye de ne toucher à rien mais se heurte partout. Des boules de flipper éjectées de leurs orbites, tandis que ses paupières pendent sur le vide. Les globes sanglants rebondissent sur un fauteuil à poils ras, une doudoune, un horoscope, réintègrent leurs cages. La voilà à nouveau captive, yeux grands ouverts.

Voir ailleurs à l’intérieur alors, elle essaie, retourner le faisceau en dedans. Le grès rose, les sapins dans la brume, les rues délabrées. Rien d’idyllique sauf du temps, deux minutes d’arrêt et non dix secondes, descendre d’un train, poser ses pieds sur le goudron rugueux. Un vrai déplacement. Mais je la vois perdre encore, impuissante entre les mille glissières de sécurité, pensées canalisées, instant présent obligatoire. Tous ses sens confisqués. Et puis elle sort, entre dans le dehors. C’est pire dehors.

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« Moi, c’est les sacs verts » (entretien)

Entretien avec Pascal, homme d’entretien sur le parvis de la gare Part-Dieu.

— Ça fait longtemps que vous travaillez ici ?
— Un an.
- – Qu’est-ce que vous faites exactement ?
- – Balayage et piquetage, on est une société privée et on est embauchés par le Grand Lyon. Je travaille de 15h à 21h tous les jours sauf le di manche avec un jour de repos. Une pause de 20 minutes.
- – Vous avez un espace de pause avec des toilettes, pour manger et tout ?
- – Non, on a rien, on mange un casse-croûte, mais j’ai pas le droit d’aller en face. (Pascal nous montre la gare et sa galerie marchande.) Mon secteur s’étend de la gare routière jusqu’à la gare ferroviaire et tout le parvis qu’il y a devant.
- – Et c’est cet endroit, l’arrêt Villette, qui est le plus sale ?
- – Là, en ce moment on peut pas dire que c’est très sale, faut attendre l’été. Les gens vont s’amuser à manger dehors là où il y a la place qui est toute neuve.
- – Et les gens n’utilisent pas trop les poubelles ?
- – Non, non pas beaucoup.
- – Et vous êtes tout seul à travailler sur le secteur ?
- – Là je suis tout seul et y en a deux devant.
- – Vous voyez beaucoup vos collègues ?
- – Je travaille seul toute la journée.
- – Et ça vous plaît ?
- – Non, mais dans un an et demi je suis à la retraite.
- – Ah, super ! Vous avez toujours travaillé dans ce secteur ?
- – Je travaillais dans le plastique avant, et ils ont fermé. Majorette, vous savez, les petites voitures. C’était à Rillieux, ça fait depuis 2002 que l’usine a fermé. Après j’ai enchaîné des petits contrats d’intérim et tout ça.
- – Vous avez une petite anecdote à nous raconter sur votre lieu de travail ?
- – Non pas trop, à part de la bagarre, vous savez... et encore, c’est plutôt des engueulades.
- – Et vous avez des contacts avec les autres entreprises, TCL et les autres sous-traitants ?
- – Oui un peu ; il y a Challancin qui fait le nettoyage des arrêts de bus et de tram. Ils changent les sacs poubelles. Eux, c’est les sacs noirs. Et moi, c’est les sacs verts, mais pas les sacs blancs, ceux-là, c’est du Grand Lyon.

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