Témoins – Caisse de solidarité : à quoi ça sert ?

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La Caisse de solidarité, c’est un outil collectif pour faire face ensemble à la répression des luttes sociales et aux violences policières quotidiennes. Il s’agit de gérer la pression policière, partager des vécus et renforcer notre défense face à la justice pour appuyer les luttes. Du coup, la caisse aide toutes les personnes qui font face à la violence des forces de l’ordre et assimilés (vigiles, contrôleurs etc.) sur Lyon et ses alentours.

Témoins – Caisse de solidarité, c’est quoi ?

La Caisse de solidarité, c’est un outil collectif pour faire face ensemble à la répression des luttes sociales et aux violences policières quotidiennes. Il s’agit de gérer la pression policière, partager des vécus et renforcer notre défense face à la justice pour appuyer les luttes. Du coup, la caisse aide toutes les personnes qui font face à la violence des forces de l’ordre et assimilés (vigiles, contrôleurs etc.) sur Lyon et ses alentours.

Comment on s’y prend ?

Pour répondre à ces objectifs, la caisse a créé plusieurs instruments. Un numéro de téléphone permet de nous contacter à tout moment. Des permanences se tiennent deux fois par mois afin de se rencontrer et discuter. C’est souvent l’occasion de « débrieffer », dans un cadre de bienveillance, une garde-à-vue qui s’est mal passée, une arrestation violente.

En cas de poursuites judiciaires, nous donnons des conseils juridiques pour que la personne accusée puisse être actrice de sa défense. Nous l’aidons aussi à trouver un-e avocat-e expérimenté-e en qui on peut avoir confiance et qui remplit son dossier d’aide juridictionnelle, rassemble des preuves ou paie une partie des frais de justice. En prison, la caisse peut envoyer des lettres qui font passer le temps, et des mandats pour permettre de payer des biens de première nécessité. Témoins envoie régulièrement des lettres de protestation à l’Administration Pénitentiaire suite à des tabassages et traitements inhumains dans les taules de Roanne, Corbas et Bourg-en-Bresse. Un compte sert à mutualiser le soutien financier ; pour l’alimenter, de nombreuses personnes font des dons et organisent des évènements (concerts, fêtes, repas etc).

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Voilà donc quelques exemples des activités depuis début 2012 :

Quand des sommes d’argent sont mentionnées, elles regroupent les frais d’avocat-e, les frais de justice, les amendes et les dommages et intérêts. Ça donne une idée des condamnations pour différents types d’affaire. La Caisse n’a pas le droit de payer les amendes et les dommages et intérêts à la place des personnes condamnées. Elle soutient financièrement les personnes qui en font la demande. Suivant les montants en jeu, les thunes de la caisse à ce moment-là et les ressources des personnes, la participation se situe entre 1/3 et 2/3 de la somme totale...

Dans certaines situations, il n’y a que peu de marge de manœuvre : lorsque des personnes font appel à Témoins, les faits sont trop vieux, trop loin de Lyon, les preuves détruites, ou les faits déjà jugés. Quand c’est possible, Témoins donne des conseils juridiques et pour choisir un-e avocat-e, et accompagne les personnes au tribunal. Et, toujours, l’association écoute les personnes, rassure et recueille les témoignages.

D’abord, des ouvertures de squat qui foirent :

Une affaire simple, d’ouverture avortée qui a été suivie de quelques violences, coûte un peu moins de 500 euros en justice... Mais des complications peuvent survenir, avec un-e propriétaire qui demande le remplacement d’une porte de cave d’immeuble par exemple. Là, les coûts explosent et dépassent 2000 euros, avec en prime des Travaux d’Intérêt Général !

Puis, à l’occasion de petites et grandes actions politiques dans la région :

En 2012, un manifestant, emprisonné en 2008 pendant le mouvement lycéen, a fini par être libéré : pendant ces presque 4 années de détention, la caisse lui a envoyé des mandats qui permettent de s’acheter des biens de première nécessité en prison, souvent beaucoup plus chers qu’à l’extérieur. (plus d’infos : articles de rebellyon). Les retombées tardives du mouvement contre la réforme des retraites d’octobre 2010 ont coûté encore quelques menus frais d’avocat-e. De la même manière, des tags en solidarité à la grève de la faim des personnes sans-papiers enfermées au CRA de Saint-Exupéry en 2009 ont donné lieu récemment à un paiement de 200 euros... Du tag aux autocollants sur un lampadaire quelconque, il n’y a pas grande différence aux yeux de la « dégradation de bien public » : coller un sticker aura coûté 150 euros à un propagandiste malchanceux !

On reparle aussi ici du refus de fichage ADN : même si on a la possibilité de refuser de donner son ADN en garde-à-vue, pour plein de bonnes raisons, ça reste un délit, qui donne lieu parfois à un procès. Récemment, la peine a été de 300 euros d’amende et 1 mois de prison avec sursis. Cette fois, c’était le refus de fichage seul. Mais cette condamnation peut aussi être confondue avec plusieurs autres : une personne, arrêtée plusieurs fois sur des actions politiques, des squats et des contre-sommets, a aussi refusé de donner son ADN. L’ensemble a atteint 8000 euros de frais en tous genres !
Témoins et la Caisse de solidarité a aussi mis en place la Legal Team du rassemblement NO-TAV à Lyon le 3 décembre 2012. Il y a eu peu de suites judiciaires. Par contre, on a beaucoup appris sur le fonctionnement des flics ! Tu trouveras plus d’infos ici : Sommet franco-italien : retour sur les dispositifs policiers du lundi 3 décembre.

Et des violences spécifiques faites aux femmes...
Trop souvent les violences sexuelles sont dénoncées longtemps après les faits et ne font l’objet d’aucune poursuite judiciaire. Celles perpétrées par les flics ne font pas exception.
Témoins a recueilli un témoignage d’humiliations et d’agression sexuelle par la police nationale contre une femme en garde-à-vue dans une ville du sud de la France. Une autre femme, droguée à son insu, a vécu un viol par la police nationale lors d’une garde-à-vue dans un commissariat d’Île-de-France. Ce n’est pas la première fois que de tels actes sont posés par des flics : Les policiers aussi sont des hommes, la preuve : ils violent des filles

Ensuite, de multiples violences policières qui ont donné lieu ou non à la condamnation des personnes tabassées.

Mettons que...

Un grand bruit me réveille au petit matin. «  Perquisition ! » Les flics n’ont pas frappé, ou bourré de la veille, j’ai pas entendu la sonnette ! En tout cas, ma porte n’a pas aimé les coups de bélier : 70 euros pour ma pomme. Ils trouvent rien, se barrent bredouille. J’suis de mauvaise humeur, tant pis. Je descends chercher mon pain, et croise une patrouille de la BAC ; passablement énervée, j’leur dis quelques mots bien sentis. Ni une ni deux, « outrage et rébellion  » et garde-à-vue. A ma sortie, l’avocat me demande 500 euros. En sortant du commico, j’grimpe dans un bus pour le trajet du retour. Pas de thunes pour le ticket, le conducteur m’embrouille et la police municipale rapplique. Le jugement tombera un peu plus tard, 1 an ferme pour violences contre les flics.

Ouf, la maison, enfin. Il est midi déjà, j’me pointe au supermarché local qui décide de fermer sous mon nez. Là, c’est la panique, les flics diront que les parents et les poussettes allaient partir en émeute... J’insiste pour rentrer, mais la Nationale venue en renfort ne veut rien entendre. J’ai bien dû les insulter, mais j’les ai pas frappé. Ce qui est sûr, c’est que les 4 coups de Taser m’ont bien sonné. J’suis encore dans le pâté quand le juge me condamne à payer 800 euros de dommages et intérêts aux flics qui m’ont tabassé.

L’après-midi commence et le soleil pointe le bout de son nez. Un saut dans la Piscine du Rhône pour me relaxer. Oh oui ! J’monte sur mon scooter jusqu’à la piscine. En chemin, des flics remarquent que je n’ai pas de casque et m’arrêtent. J’suis pas seule dans la rue, et tout le voisinage proteste... et enfin, j’arrive à la piscine. Juste avant le plongeon tant attendu, j’me fais brancher par les vigiles et la police municipale, sur les dents tout l’été. L’embrouille monte, je donne un coup, un deuxième. Le procès est à venir... Le scooter c’est mort, j’rentre à pied à la maison. La rue semble déserte, une voiture de flics est toute seule : le coup de pied bien placé dans le rétroviseur sera ma petite vengeance du jour. C’est sans compter sur la patrouille qui déboule : 600 euros.

En sortant de garde-à-vue, je me pose à l’arrêt de bus. Je crache par terre. Les condés passaient à ce moment-là, ils diront qu’ils n’ont pas aimé mon regard. Ils me collent un « outrage et rébellion », et dénoncent des violences à leur encontre. J’suis défigurée, mais le juge s’en tape. Plus de 2000 euros d’un coup !

Ce soir, il me faut du bon son pour terminer la journée. J’prends la voiture en direction de la boîte de nuit du coin, même pas bourré. Au feu rouge les flics me stoppent : ils disent qu’il y a plein de petits problèmes sur ma caisse, me menacent de multiples amendes, mais j’me laisse pas faire. Ils me tutoient, j’leur renvoie la pareille. Ils détestent ça, les insultes fusent, et c’est un «  outrage et rébellion » pour la modique somme de 400 euros.

La soirée se passe, il est temps de rentrer. Là, c’est au rond-point qu’ils arrêtent ma bagnole. Ils me parlent du feu arrière, mais le ton monte tellement vite que j’comprends même pas pourquoi. Ils me tabassent sur le bas-côté et remettent ça en garde-à-vue. J’m’en sors avec plusieurs mois d’ITT et une plainte pour violences contre les flics. Je proteste, porte plainte... mais à la place, c’est le procureur qui porte plainte contre moi. Presque 10000 euros de frais et plusieurs mois de prison avec sursis.

Finalement rien de mieux qu’une bonne soirée à la maison ! Les potes arrivent, pizza-communard. Le djembé fait des siennes pendant quelques minutes, puis tout le monde va se coucher. C’est dans l’appart’ endormi que résonnent les coups sur la porte. J’me lève ouvrir en panique, passablement éméchée, et me voilà braquée par un flashball et poussée à terre. J’me fais copieusement insulter et j’comprends que plus tôt dans la soirée on m’a accusé de tapage nocturne. 2 plaintes sont déposées contre moi !
La suite dans le prochain épisode...

Vous êtes directement concerné.e par les violences policières ou la répression des mouvements sociaux ?
Vous vous sentez solidaires des personnes condamnées en donnant un coup de main, ou en faisant un don ?

Ça se passe...
Les 1er et 3e jeudi de chaque mois à 19h à La Luttine, 91 Rue Montesquieu
Par téléphone, au 06.43.08.50.32
Par mail, à caissedesolidarite [at] riseup.net

Face à la police, face à la justice, face à la prison,
il s’agit toujours de briser l’isolement pour faire bouger les murs
en attendant de les détruire...

Lire aussi :
Appel à participer à une caisse de solidarité contre la répression

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