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« Oh non monsieur je suis pas en colère, c’est juste que hors de moi y a l’air de faire soleil » - R. Desjardin.

Sans-papier, demandeuses et demandeurs d’asile, sans droit

Le 4 mars, après 60 jours de grève de la faim, les 11 sans papier qui occupaient les locaux de l’association Diver Cité ont mis fin à leur action. Au prix pour certainEs de séquelles physiques graves, les grévistes ont obtenu de la Préfecture les engagements suivants : une régularisation au titre du regroupement familial ; 6 autorisations provisoires de séjour de 6 mois renouvelables avec droit au travail pour permettre un réexamen des dossiers ; enfin pour 4 grévistes dont les demandes d’asile étaient en cours, la Préfecture s’est engagée à ce qu’une décision soit rendue dans les 4 mois, avec réexamen dans le cas d’un refus...

Espérons que ces démarches aboutiront à la régularisation de toutes ces personnes... surtout que de manière générale, la situation à Lyon semble s’être considérablement durcie pour ce qui concerne l’ensemble des sans papier et demandeurs/euses d’asile. Depuis le 28 février l’Espace Caven est fermé. Ce lieu qui accueillait entre 300 et 400 demandeurs/euses d’asile chaque jour pour leur assurer un repas n’a pas bénéficié en effet de sa subvention 2003, suite à un refus de la Mairie Centrale.

Des actions de protestation ont été entreprises... sans résultat jusqu’à présent. Et pendant ce temps les expulsions d’étrangers et d’étrangères en situation irrégulière se multiplient jour après jour (Sarkozy a annoncé le 26 mars qu’un charter devait partir de Paris toutes les semaines... et ça ne risque pas de s’arranger en Rhône Alpes non plus), ne soulevant visiblement que peu d’objection parmi les bon-nes citoyen-nes de cette ville... Une exception peut être avec l’histoire de la famille Nahdi. Le 24 février Bachir Nahdi s’est rendu à la Préfecture pour « prendre des nouvelles de son dossier », et en espérant bénéficier des « régularisations au cas par cas » promises par Sarkozy aux
« familles sans problème »... Il est immédiatement arrêté. Suivent les arrestations de Lila, Nada et Aimsane Nahdi (respectivement agéEs de 7 et 1 an) et toute la famille est conduite en centre de rétention.

En réaction, des habitantEs du quartier (La Duchère) se sont mobiliséEs durant tout le mois de mars ; les actions de solidarité engagées par ce collectif ont permis jusqu’à présent d’arracher à la Préfecture « un délai de 3 mois avant le départ de la famille vers l’Algérie ». L’expulsion reste donc à l’ordre du jour et d’autant plus qu’on peut craindre un affaiblissement du soutien pour la fin juin : il y aura alors moins de monde et la police pourra faire sereinement son travail... Cible privilégiée du harcèlement policier, souvent dépourvuEs de droit au travail, vivant parfois dans des locaux insalubres sans eau ni électricité, nombre de sans papier et demandeurs/euses d’asile en sont réduitEs à des conditions d’existence proprement invivables. Et en l’absence de mobilisation efficace, la grève de la faim peut bien faire figure alors d’action en dernier recours... Plusieurs de ces mouvements ont été engagés courants mars dans la clandestinité.

Et le 22 mars, 25 Kurdes ont publiquement entamé une grève de la faim en vue de leur régularisation (en écho à l’action déjà engagée à Montpellier par 102 autres sans papier d’origine kurde). A ce jour, ils continuent à occuper la Place Raspail (7e arr), malgré un harcèlement policier ininterrompu : réveil au milieu de la nuit, garde à vue, matraquages, gazage à la lacrymo... L’intervention des flics dans la nuit du 29 mars s’est soldée par un blessé du côté des sans papier en jeûne depuis 7 jours ; le matin du même jour, l’un des grévistes interpellé précédemment et placé en centre de rétention a été expulsé vers la Turquie, pays où sa vie est directement menacée.

Une bonne nouvelle pour finir (peut-être) :

Le 13 mars, le TGI a autorisé les Roms occupant une villa abandonnée rue des Docks (9e arr) à prendre possession des lieux jusqu’en 2005 ; cet arrêt constitue aux yeux de leur avocate « une grande première en matière de droit au logement ; dans ce cas en effet et pour la première fois le droit au logement a pris le pas sur le droit à la propriété »... La Courly, propriétaire de la villa désaffectée, avait requis l’expulsion immédiate et a fait appel de cette décision du TGI. Son actuel président, G. Collomb, menace : « les gens ne doivent pas se lancer dans des procédés de desperados sinon c’est par la force qu’on réglera les choses » (Le Progrès 18/03). Et il ajoute bizarrement « craindre une fascisation de la société française » ; M. le maire n’avait pas besoin de se lancer dans une telle explication de texte : sa politique sécuritaire et xénophobe parle d’elle même.

La police tue

Depuis le 31 décembre 2002, deux sans papier ont « trouvé la mort », assassinés par la Police de l’Air et des Frontières au cours de leur expulsion forcée du territoire national. Courant février c’est au tour d’un jeune voleur de mobylette : il est abattu par deux gendarmes alors qu’il prenait la fuite, sans avoir menacé d’aucune façon les « forces de l’ordre »... Et les semaines qui précèdent viennent de démontrer que le meurtre légal a cours également en Rhône Alpes. Le 10 mars, lors d’une enquête sur une tentative de cambriolage aux environs de Feurs (42), Aurélien Billotet a été tué par un gendarme d’un coup de fusil à pompe.

Le jeune homme de 24 ans était alors encadré par 4 gendarmes, il n’était pas armé et venait libérer ses chiens sur la demande des forces de l’ordre... Le 13 mars, dans le 9e arrondissement de Lyon, Nicolas Billotet est abattu par la police alors qu’il tente de prendre la fuite « au volant d’une voiture d’origine douteuse ». Selon le procureur de la république « on s’orienterait vers un cas de légitime défense » (le Progrès du 15/03) ; Nicolas Billotet n’était pas armé ; il a été touché à la tête, au torse et aux jambes par les coups de feu des agents du Groupe d’Appui de Police de Proximité (« proximité » ici ça veut sans doute dire que de près ils visent mieux...).

Ces bavures, frappent systématiquement des individuEs appartenant aux classes populaires ; elles sont à nos yeux une expression, parmi les plus violentes, de la banalisation de l’état d’exception qu’on nous vend de temps à autres en termes de lutte contre l’insécurité. Mais face à cette logique policière (qui s’applique à délimiter, contrôler et réprimer les corps indésirables des pauvres, des étrangEres, des prostituéEs, des « jeunes issuEs de l’immigration », des sauvageonnEs, etc.), des formes de résistance s’ébauchent quand même.

En voilà quelques exemplaires : le 3 mars une dizaine de jeunes ont pris a parti une patrouille de police à Villeurbanne ; après un rapide échange jets de pierre contre lacrymogènes les policiers ont dû dégager.

Le 15 mars s’est tenu à Lyon le « Karnaval des libertés » ; cet événement a offert l’occasion aux participantEs de se réapproprier un peu la ville à l’encontre des logiques sécuritaires et répressives, et des politiques de contrôle social. Débats, théâtre, musiques, projections... le karnaval a été plutôt festif et pas trop offensif.

Le 20 mars, un contrôle d’identité suivi de fouille a été interrompu par un attroupement de riverains, rue des Martyrs de la Résistance ; entre les agents de la BAC et les habitantEs « le ton semble être monté rapidement » (Progrès 21/03) et le véhicule de police a essuyé plusieurs jets de pierre ; après l’arrivée des renforts un jeune a été interpellé en flagrant délit et placé en garde à vue.
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